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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2402829

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2402829

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2402829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCHÂLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 et 29 octobre 2024, Mme E G, Mme J I, M. C H, Mme D A et les autres occupants sans droit ni titre des locaux situés 4 C chemin de Rocques à Lisieux, représentés par Me Châles, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de les admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 16 octobre 2024 par lequel le préfet du Calvados les a mis en demeure d'évacuer les lieux qu'ils occupent dans un délai maximum de sept jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme G et autres soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dès lors que celle-ci est entachée d'erreurs de fait et fait une inexacte application des dispositions de l'article 38 de la loi du 5 mars 2007 instituant un droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale, faute pour le local en cause d'être à usage d'habitation, faute pour M. F d'en être le propriétaire, et faute d'effraction et de menaces, est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle a procédé au retrait d'une décision implicite de rejet de la demande de mise en demeure sans que ne soit respectée la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, et est entachée d'une erreur de droit, faute pour le préfet d'avoir pris en compte la situation personnelle ou familiale des occupants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2024, M. B F et la société Creadimm Développement, représentés par Me Hourmant, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'il n'existe pas de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'il n'existe pas de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Caen a désigné M. Marchand, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 octobre 2024 en présence de M. Lounis, greffier :

- le rapport de M. Marchand ;

- les observations de Me Châles, avocate de Mme G et autres ;

- les observations de la représentante du préfet du Calvados ;

- et les observations de Me Hourmant, avocat de M. F et de la société Creadimm Développement.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G et autres, occupants sans droit ni titre de locaux situés sur le territoire de la commune de Lisieux, demandent, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 16 octobre 2024 par lequel le préfet du Calvados les a, en application de l'article 38 de la loi du 5 mars 2007 instituant un droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale, mis en demeure d'évacuer les lieux dans un délai maximum de sept jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il ressort des attestations de dépôt de demande d'aide juridictionnelle que seules Mme G et Mme A ont sollicité son bénéfice. Par suite, s'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, l'admission provisoire de ces dernières au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il n'y a en revanche pas lieu de prononcer la même mesure à l'égard des autres requérants.

Sur les conclusions à fin de suspension :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

5. Aux termes de l'article 38 de la loi du 5 mars 2007 instituant un droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale : " En cas d'introduction et de maintien dans le domicile d'autrui, qu'il s'agisse ou non de sa résidence principale ou dans un local à usage d'habitation, à l'aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou de contrainte, la personne dont le domicile est ainsi occupé, toute personne agissant dans l'intérêt et pour le compte de celle-ci ou le propriétaire du local occupé peut demander au représentant de l'Etat dans le département de mettre en demeure l'occupant de quitter les lieux, après avoir déposé plainte, fait la preuve que le logement constitue son domicile ou sa propriété et fait constater l'occupation illicite par un officier de police judiciaire, par le maire ou par un commissaire de justice. () ".

6. Les moyens tirés de ce que la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait et fait une inexacte application des dispositions de l'article 38 de la loi du 5 mars 2007 instituant un droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale, faute pour le local en cause d'être à usage d'habitation, faute pour M. F d'en être le propriétaire, et faute d'effraction et de menaces, est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle a procédé au retrait d'une décision implicite de rejet de la demande de mise en demeure sans que ne soit respectée la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, et est entachée d'une erreur de droit, faute pour le préfet d'avoir pris en compte la situation personnelle ou familiale des occupants, ne sont pas propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité. Il s'ensuit que les conclusions à fin de suspension de la requête doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence.

Sur les frais de l'instance :

7. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme que M. F et la société Creadimm Développement demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

Sur l'application de l'article R. 522-13 du code de justice administrative :

8. Aux termes de l'article R. 522-13 du code de justice administrative : " L'ordonnance prend effet à partir du jour où la partie qui doit s'y conformer en reçoit notification. / Toutefois, le juge des référés peut décider qu'elle sera exécutoire aussitôt qu'elle aura été rendue. () ".

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de décider que la présente ordonnance est immédiatement exécutoire.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme E G et Mme D A sont admises au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les autres requérants ne sont pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 3 : La requête de Mme G et autres est rejetée.

Article 4 : Les conclusions de M. F et de la société Creadimm Développement présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance est immédiatement exécutoire.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E G, première dénommée pour les requérants, au ministre de l'intérieur, à Me Châles et à M. B F, premier dénommé pour les autres défendeurs.

Copie en sera transmise au préfet du Calvados et au bureau de l'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Fait à Caen, le 29 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé

A. Marchand

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

le greffier,

J. Lounis

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