lundi 28 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2402833 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | OLSUFIEV |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 23 octobre 2024 à 14h26 et le 25 octobre 2024, M. C B, représenté par Me Olsufiev, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre la décision du 21 octobre 2024 par laquelle le maire de Mortagne-au-Perche a refusé de louer une salle communale pour la réunion de la deuxième séance de l'université citoyenne du pays ornais ;
2°) d'enjoindre au maire de Mortagne-au-Perche de lui louer la salle des fêtes communale pour le 15 novembre 2024 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée concerne une prochaine séance de l'Université populaire du pays ornais programmée le 15 novembre 2024 ;
- la date rapprochée de cette séance et les nécessités préparatoires de ladite séance (impression d'affiches et flyers, communication pour informer et inviter le public) caractérisent l'urgence ;
- compte tenu de l'emploi du temps chargé de l'intervenant, un report n'est pas envisageable ;
- le refus de la mairie de mettre à disposition une salle communale pour la tenue d'une réunion pédagogique constitue une atteinte grave à la liberté fondamentale de réunion et d'expression telles que définies aux articles 10 et 11 de la convention européenne des droits de l'homme ;
- l'université citoyenne est un projet d'éducation politique, visant à renforcer l'engagement citoyen et la compréhension des enjeux démocratiques ;
- la décision de refus porte atteinte de manière grave tant à la liberté d'expression, de réunion et d'association, qu'à la liberté d'expression des courants de pensée et d'opinion reconnue comme liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ;
- cette décision méconnaît les règles applicables à la mise à dispositions des locaux communaux ; l'utilisation d'un local communal par une association, en application de l'article L. 2144-3 du code général des collectivités territoriales est de droit, sauf considérations liées à l'ordre public ou au fonctionnement des services ; le refus opposé par la mairie, qui se fonde sur des considérations relatives à la prétendue nature politique des évènements organisés par l'université citoyenne, est illégal et constitue une discrimination.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
2. Lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure particulière instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cette disposition soient remplies, qu'une mesure visant à la sauvegarde d'une liberté fondamentale soit prise dans les quarante-huit heures. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement la gravité des troubles invoqués par le requérant pour caractériser la situation d'urgence, au vu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et compte tenu des justifications apportées par le requérant et par l'administration.
3. Le requérant soutient qu'il a mis en place, avec le soutien d'un collectif informel de citoyens de l'Orne, une université citoyenne qui prend la forme d'un rendez-vous mensuel avec des universitaires invités pour l'occasion, et qu'une première séance a été organisée le 11 octobre 2024 dans la salle communale des Poulies à Mortagne-au-Perche. Il expose que la secrétaire de mairie lui a confirmé la disponibilité de la salle des fêtes le 15 novembre 2024 pour la deuxième séance qui a pour thème " Le clientélisme au concret ", avec pour intervenant principal un spécialiste incontesté du sujet en France. Toutefois, si le requérant invoque une contrainte d'organisation liée à l'emploi du temps chargé de cet intervenant, il ne l'établit pas. Il ne ressort pas des pièces versées au dossier et il n'est d'ailleurs pas allégué que cette université citoyenne se trouve dans l'impossibilité d'organiser la réunion envisagée dans d'autres locaux que ceux dont la commune refuse la mise à disposition. Dans ces conditions, et compte tenu de la date fixée pour la prochaine séance de cette université citoyenne, les circonstances invoquées par le requérant ne permettent pas de caractériser une situation d'urgence de nature à justifier l'intervention du juge des référés dans les très brefs délais prévus par l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de rejeter l'ensemble des conclusions de M. B selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B.
Fait à Caen, le 28 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé
F. A
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef
D. Dubost
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