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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2402856

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2402856

jeudi 13 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2402856
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen a rejeté la requête de M. D... contestant le refus du département du Calvados de lui délivrer la carte mobilité inclusion mention « stationnement pour personnes handicapées ». Le tribunal a estimé que les éléments médicaux fournis par le requérant, notamment des douleurs aux membres inférieurs et une limitation de la marche à 200 mètres, ne démontraient pas une réduction importante et durable de sa capacité de déplacement à pied au sens de l'article L. 241-3 du code de l'action sociale et des familles. La simple possession antérieure de la carte ou l'obtention d'une autre mention de la carte mobilité inclusion ne suffisent pas à établir le droit à la mention « stationnement ». La décision du président du conseil départemental a donc été confirmée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 octobre 2024, M. A... D... demande au tribunal d’annuler la décision du 4 octobre 2024 par laquelle le président du conseil départemental du Calvados a rejeté son recours administratif préalable dirigé contre la décision du 24 mai 2024 refusant de lui délivrer la carte mobilité inclusion mention « stationnement pour personnes handicapées ».

Il soutient que :
- son état de santé doit lui permettre de se voir délivrer la carte de stationnement ;
- il bénéficiait précédemment de la carte de stationnement et son état de santé ne s’est pas amélioré ;
- il a obtenu, en juin 2023, la carte mobilité inclusion pour les files d’attente, transport.

Par des mémoires enregistrés le 10 janvier 2025 et le 11 septembre 2025, le département du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que sa décision est fondée.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- l’arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d’autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l’action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Macaud ;
- et les observations de Mme C..., représentant le département du Calvados.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. M. A... D... a demandé, le 27 janvier 2023, auprès de la maison départementale des personnes handicapées du Calvados, le renouvellement de la carte mobilité inclusion mention « stationnement pour personnes handicapées », demande qui a été rejetée par une décision du 24 mai 2024 au motif que son handicap n’entraîne pas systématiquement une réduction importante et durable de sa capacité et de son autonomie de déplacement à pied et ne lui impose pas d’être accompagné par une tierce personne ou de recourir à certaines aides techniques lors de tous ses déplacements à l’extérieur. M. D... a formé le recours administratif préalable obligatoire prévu par l’article R. 241-17-1 du code de l’action sociale et des familles le 15 juin 2024 et, par la décision attaquée du 4 octobre 2024, le président du conseil départemental du Calvados a rejeté ce recours au motif qu’il n’apportait pas d’élément nouveau de nature à remettre en cause la décision initiale.

2. D’une part, aux termes du I de l’article L. 241-3 du code de l’action sociale et des familles : « La carte « mobilité inclusion » destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l’appréciation sur le fondement du 3° du I de l’article L. 241-6, de la commission mentionnée à l’article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. (…) 3° La mention « stationnement pour personnes handicapées » est attribuée à toute personne atteinte d'un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu'elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements ». Aux termes du IV de l’article R. 241-12-1 du même code : « Pour l’attribution de la mention « stationnement pour personnes handicapées », un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d'appréciation d'une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l'extérieur. ».

3. D’autre part, l’annexe à l’arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d'autonomie dans le déplacement individuel prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l’action sociale et des familles prévoit que : « 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied : La capacité et l’autonomie de déplacement à pied s’apprécient à partir de l’activité relative aux déplacements à l’extérieur. Une réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : – la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; – ou la personne a systématiquement recours à l’une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : – une aide humaine ; – une prothèse de membre inférieur – une canne ou tous autres appareillages manipulés à l’aide d’un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; – un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d’attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu’elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; – ou la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie (…) ».

4. Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant la délivrance d’une carte mobilité inclusion portant la mention « stationnement pour personnes handicapées », il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu’à sa qualité de juge de plein contentieux de l’aide et de l’action sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d’examiner si cette délivrance est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l’une et l’autres parties à la date de sa propre décision, le handicap du demandeur justifie que lui soit délivrée une telle carte.

5. Il résulte des dispositions précitées que l’obtention de la carte mobilité inclusion portant la mention « stationnement pour personnes handicapées » est subordonnée à la démonstration d’une réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied correspondant à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et pouvant se retrouver chez des personnes présentant, notamment, un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales. Tel est le cas lorsque la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ou a systématiquement recours à une des aides mentionnées pour ses déplacements extérieurs. Il appartient à la personne qui présente devant le juge administratif des conclusions à fin d’annulation d’une décision lui refusant la délivrance d’une carte mobilité inclusion portant la mention « stationnement pour personnes handicapées » d’établir, par tous moyens et notamment par la production au tribunal de justificatifs médicaux, même s’ils avaient déjà été produits au cours de l’instruction de la demande par l’administration, qu’elle est atteinte d’un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied.

6. En l’espèce, M. D... souffre de lombalgies associées à une radiculalgie type L5 bilatérale. Il expose avoir déjà subi trois interventions pour une hernie et une opération du cœur avec double pontage en 2019 et précise que le traitement par infiltration et la rééducation ne lui ont pas permis d’améliorer son état de santé. Il résulte du certificat médical annexé à sa demande, établi le 25 janvier 2023 par son médecin traitant, que son état de santé est resté stable par rapport à sa précédente demande qui datait de l’année 2021 et qui avait donné lieu à la délivrance de la carte de stationnement jusqu’au 4 juin 2023. S’agissant de l’utilisation des aides techniques, le même certificat médical mentionne l’utilisation d’une canne en intérieur et en extérieur, sans préciser la fréquence d’utilisation, constate un besoin de pauses ainsi qu’un ralentissement moteur et relève l’absence de besoin d’accompagnement pour les déplacements extérieurs. Si le médecin indique que M. D... marche et se déplace avec une aide humaine, cette situation n’est corroborée par aucun autre élément médical, le certificat médical ne faisant pas état, par ailleurs, d’un périmètre de marche limité. En outre, le médecin du service de neurochirurgie, dans une lettre de liaison qui fait état de l’intervention du 23 février 2023, évoque la disparition des douleurs radiculaires et la reprise d’une autonomie de marche correcte. Si la consultation médicale du 16 août 2024 évoque une récidive des symptômes avec des lombalgies associées à une radiculalgie et une réduction du périmètre de marche à environ 100 mètres, exacerbés lorsque la marche est rapide, ces éléments correspondent au propre ressenti de l’intéressé et non à l’avis médical du médecin. En outre, le document post-opératoire de l’intervention du 27 février 2025 indique que M. D... « a repris une autonomie de marche satisfaisante ». De même, le certificat médical du Docteur B..., daté du 26 août 2025, se borne à reprendre les dires de M. D... lequel évalue son périmètre de marche à 80 mètres, sans prendre position, lui-même, sur ce périmètre de marche. Enfin, le compte rendu médical du 27 août 2025, rédigé par un médecin spécialiste en maladie vasculaire, comporte la simple mention, non circonstanciée, d’une « claudication du membre inférieur droit avec un périmètre de marche de 100 mètres » et n’est donc pas suffisamment probant pour établir que M. D... remplirait les conditions pour se voir délivrer la carte en raison de son périmètre de marche. Dans ces conditions, M. D... n’établit pas qu’il souffrirait d’une déficience physique ayant pour effet de réduire de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied sur une distance inférieure à 200 mètres, ni qu’il aurait l’obligation de recourir systématiquement pour ses déplacements extérieurs à une aide humaine, un appareillage, un véhicule pour personnes handicapées ou une oxygénothérapie. Enfin, la circonstance qu’il a pu bénéficier de cette carte de stationnement par le passé, et qu’il s’est vu attribuer la carte mobilité inclusion « priorité » qui repose sur des critères d’attribution différents, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, et sans remettre en cause les difficultés liées à son état de santé, il n’y a pas lieu de reconnaître à M. D... le droit à la carte mobilité inclusion mention « stationnement pour personnes handicapées ».

7. Il résulte de ce qui précède que M. D... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision du 4 octobre 2024 refusant la délivrance d’une carte mobilité inclusion portant la mention « stationnement pour personnes handicapées ». Le présent jugement ne fait pas obstacle à ce que M. D... dépose, auprès du département du Calvados, une nouvelle demande, accompagnée de toutes les pièces médicales justificatives permettant d’apprécier sa mobilité pédestre et sa perte d'autonomie dans le déplacement individuel.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... D... et au département du Calvados.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2025.


La magistrate désignée,

SIGNÉ

A. MACAUD
La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET


La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme
La greffière,


E. Bloyet

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