lundi 2 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2403021 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET STREAM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 et 27 novembre 2024, M. C B, représenté par Me Croix et Me Hébert, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du préfet de la région Normandie du 30 octobre 2024 prononçant la suspension automatique et immédiate de la licence européenne de pêche du navire " Atlas " pour une durée de deux mois ainsi que la suspension immédiate de son titre de commandement pour tout navire de pêche et pour une durée d'un mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 500 euros au titre des frais de l'instance.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision le prive de toute activité du 6 novembre 2024 au 6 décembre 2024 et prive le navire de toute activité du 6 novembre 2024 au 6 janvier 2025 et ce, au plus fort de la campagne de pêche de la coquille Saint-Jacques ; sur le plan financier, les conséquences de la suspension mettent en péril son armement ; outre une perte de chiffre d'affaires, il ne sera pas en mesure de faire face à ses charges fixes ; en outre, il a exposé des frais importants pour l'entretien de son navire ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que :
• il n'a pas bénéficié de l'information prévue par les dispositions de l'article
R. 946-17 du code rural et de la pêche maritime avant l'adoption de la décision de suspension de ses titres de commandement et de la licence européenne du navire " Atlas " ; les décisions de sanction n° 1723/2021, 99/2023 et 1182/2024 ne précisent pas le nombre total de points grevant la licence du navire ainsi que le titre de commandement et n'ayant pas fait l'objet d'une suppression au moment de leur adoption ;
• le principe du contradictoire a été méconnu ; l'administration a violé le principe communautaire du droit à être entendu préalable à l'adoption de la décision, qui présente un caractère individuel et extrêmement dommageable ; il aurait dû être entendu pour formuler ses observations au sens de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
• l'autorité administrative ne lui a pas notifié son droit au silence ; les décisions de sanction administrative prévues par le livre IX du code rural et de la pêche maritime, y compris les décisions de suspension, présentent les caractéristiques des actes à " caractère pénal " au sens de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne et de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
• la décision prononçant la suspension du titre de commandement et de la licence européenne méconnait les dispositions de l'article R. 946-18 du code rural et de la pêche maritime et celles de l'article 92 du règlement européen n° 1224/2009 ; le seuil de points grevant tant son titre de commandement que la licence européenne de son navire est inférieur à dix.
Par un mémoire, enregistré le 26 novembre 2024, le préfet de la région Normandie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- l'urgence n'est pas établie ; le requérant ne raisonne qu'en terme de charges et ne démontre pas les pertes de revenus ou baisse de chiffre d'affaires ; en outre, la décision s'explique par la commission de plusieurs infractions graves ;
- il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que :
• M. B avait connaissance des points de pénalité dont il était tributaire ; les points attribués lui ont été notifiés lors des précédentes décisions ; en tout état de cause, aucun texte ne prévoit la nullité de la décision en cas de manquement à cette obligation d'information ;
• le requérant, qui a reçu une notification de procédure de sanction administrative le 26 avril 2024, a été entendu avant l'adoption de la décision de sanction administrative du
30 octobre 2024 n° 1182/2024 ; cette décision et la notification 325/2024 du 30 octobre 2024 qu'il attaque sont indissociables ; il ne s'agit pas d'une suspension prononcée au titre de l'article
L. 946-1 du code rural et de la pêche maritime mais d'une suspension automatique de la licence prévue par le droit communautaire lorsqu'un certain seuil de points est atteint ;
• le droit au silence s'applique uniquement aux sanctions pénales, ce qui n'est pas le cas des sanctions en cause ;
• au vu des décisions 1182/2024, 1723/2021 et 99/2023, le seuil des dix-huit points prévu par la règlementation européenne est bien atteint.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 13 novembre 2024 sous le numéro 2403022 par laquelle
M. C B demande l'annulation de la décision du 30 octobre 2024.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- le règlement n° 1005/2008 du Conseil du 29 septembre 2008 ;
- le règlement n° 1224/2009 du Conseil du 20 novembre 2009 ;
- le règlement d'exécution n° 404/2011 de la Commission du 8 avril 2011 ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 28 novembre 2024 à 15 heures 30, en présence de Mme Bloyet, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Macaud,
- les observations de Me Hébert, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en insistant sur le fait que :
- l'automaticité de la suspension de la licence n'implique pas immédiateté de cette suspension ; l'administration pourrait entendre le marin avant de suspendre la licence pour éviter une suspension illégale ;
- l'urgence est caractérisée ; les conditions sont très dures pour son équipage ;
- et les observations de M. A, représentant le préfet de la région Normandie, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en précisant que :
- M. B ne produit pas d'éléments établissant que la décision remet en cause la pérennité de son entreprise ; en outre, de nombreux navires recherchent des marins ;
- en application de l'article L. 946-5 du code rural et de la pêche maritime, il a été avisé des faits relevés à son encontre et a pu faire valoir ses observations avant le prononcé des sanctions ayant donné lieu à l'attribution de points de pénalité.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
2. Par une décision du 30 octobre 2024 n° 1182/2024, le préfet de la région Normandie a prononcé à l'encontre de M. C B, patron du navire " Atlas ", une sanction administrative consistant, notamment, en l'attribution de huit points de pénalité en sa qualité d'armateur et huit points en sa qualité de capitaine du navire. Le courrier de notification de cette décision du 30 octobre 2024 informe M. B que, du fait des décisions n° 1723/2021, 99/2023 et 1182/2024 lui attribuant respectivement 6, 7 et 8 points de pénalité en qualité de patron, il avait atteint le seuil de dix-huit points de pénalité provoquant la suspension immédiate de son titre de commandement pour tout navire de pêche et pour une durée d'un mois ainsi que la suspension automatique et immédiate de la licence européenne de pêche du navire " Atlas " pour une durée de deux mois. M. B demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision prononçant la suspension de son titre de commandement et de sa licence européenne de pêche.
3. Aux termes de l'article 91 du règlement n° 1224/2009 du 20 novembre 2009 : " Les États membres prennent des mesures immédiates afin d'empêcher les capitaines de navires de pêche ou d'autres personnes physiques et des personnes morales pris en flagrant délit d'infraction grave au sens de l'article 42 du règlement (CE) n° 1005/2008 de poursuivre leur activité illégale. " et aux termes de l'article 92 de ce même règlement : " 1. Les États membres appliquent un système de points pour les infractions graves visées à l'article 42, paragraphe 1, point a), du règlement (CE) n° 1005/2008 sur la base duquel le titulaire d'une licence de pêche se voit attribuer le nombre de points approprié s'il commet une infraction aux règles de la politique commune de la pêche. / 2. Lorsqu'une personne physique a commis une infraction grave aux règles de la politique commune de la pêche ou qu'une personne morale est reconnue responsable d'une telle infraction, un nombre de points approprié est attribué au titulaire de la licence de pêche. (). Celui-ci peut introduire un recours conformément à la législation nationale. / 3. Lorsque le nombre total de points est égal ou supérieur à un certain nombre de points, la licence de pêche est automatiquement suspendue pour une période minimale de deux mois. ". En outre, aux termes de l'article 129 du règlement n° 404/2011 du 8 avril 2011 : " L'accumulation de 18, 36, 54 ou 72 points par le titulaire d'une licence de pêche déclenche automatiquement la première, deuxième, troisième ou quatrième suspension de la licence de pêche pour les périodes de référence concernées, visées à l'article 92, paragraphe 3, du règlement de contrôle / 2. L'accumulation de 90 points par le titulaire de la licence de pêche déclenche automatiquement le retrait définitif de la licence " et aux termes de l'article 130 de ce règlement : " 1. Si une licence de pêche a été suspendue ou retirée définitivement conformément à l'article 129 du présent règlement, l'autorité compétente de l'État membre du pavillon informe immédiatement le titulaire de la licence de pêche que sa licence a été suspendue ou retirée définitivement. / 2. Lors de la réception des informations visées au paragraphe 1, le titulaire de la licence de pêche veille à ce que l'activité de pêche du navire concerné cesse immédiatement. () ".
4. En outre, aux termes de l'article L. 946-1 du code rural et de la pêche maritime : " Indépendamment des sanctions pénales qui peuvent être prononcées, les manquements à la réglementation prévue par les dispositions du présent livre, les règlements de l'Union européenne pris au titre de la politique commune de la pêche et les textes pris pour leur application, y compris les manquements aux obligations déclaratives et de surveillance par satellite qu'ils prévoient, et par les engagements internationaux de la France peuvent donner lieu à l'application par l'autorité administrative d'une ou plusieurs des sanctions suivantes : 1° Une amende administrative () 2° La suspension ou le retrait de toute licence ou autorisation de pêche ou titre permettant l'exercice du commandement d'un navire délivré en application de la réglementation ou du permis de mise en exploitation ; 3° L'attribution au titulaire de licence de pêche ou au capitaine du navire de points dans les conditions prévues à l'article 92 du règlement (CE) n° 1224 / 2009 du 20 novembre 2009 et l'inscription au registre national des infractions à la pêche maritime ; () ". Aux termes de l'article R. 946-17 du même code : " Le titulaire de la licence de pêche ou le capitaine de navire de pêche ayant fait l'objet d'une attribution de points et d'une inscription au registre national des infractions à la pêche maritime est informé du nombre de points attribués ainsi que du nombre total de points attribués et n'ayant pas encore fait l'objet d'une suppression. " et aux termes de l'article R. 946-18 de ce code : " () Le ou les titres de commandement, en tant qu'ils permettent le commandement d'un navire de pêche, sont suspendus pour une période minimale de : / 1° Un mois lorsque le nombre total de points atteint ou dépasse dix-huit points () ".
5. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par M. B n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'urgence, que M. B n'est pas fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision prononçant la suspension automatique et immédiate de la licence européenne de pêche du navire " Atlas " ainsi que la suspension immédiate de son titre de commandement pour tout navire de pêche. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions relatives aux frais de l'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et à la ministre du partenariat avec les territoires et de la décentralisation.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la région Normandie.
Fait à Caen, le 2 décembre 2024.
La juge des référés,
SIGNÉ
A. MACAUD
La République mande et ordonne à la ministre du partenariat avec les territoires et de la décentralisation en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. Bloyet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026