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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2403036

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2403036

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2403036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET STREAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 27 novembre 2024, M. C B, représenté par Me Croix et Me Hébert, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du préfet de la région Normandie n° 1182/2024 du

30 octobre 2024 lui attribuant huit points de pénalité en sa qualité de capitaine du navire " Atlas " et huit points en tant que titulaire de la licence de pêche et lui infligeant une amende administrative de 3 500 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 500 euros au titre des frais de l'instance.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision conduit à l'accumulation de vingt-et-un points sur la licence européenne et les titres de commandement, qui ont été suspendus par le préfet ; or, cette suspension le prive de toute activité du 6 novembre 2024 au 6 décembre 2024 et prive le navire de toute activité du 6 novembre 2024 au 6 janvier 2025 et ce, au plus fort de la campagne de pêche de la coquille Saint-Jacques ; sur le plan financier, les conséquences de la suspension mettent en péril son armement ; outre une perte de chiffre d'affaires, il ne sera pas en mesure de faire face à ses charges fixes ; en outre, il a exposé des frais importants pour l'entretien de son navire ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que :

• l'autorité administrative ne lui a pas notifié son droit au silence et a ainsi méconnu les droits de la défense ; les décisions de sanction administrative prévues par le livre IX du code rural et de la pêche maritime présentent les caractéristiques des actes à " caractère pénal " au sens de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne ;

• les coquilles Saint-Jacques présentes à bord du navire n'ont fait l'objet d'aucune pesée selon le procès-verbal de transport ; c'est sur la seule foi des affirmations des militaires de la brigade de gendarmerie maritime de Dieppe qu'il a reconnu avoir capturé 2 090 kilogrammes de coquilles, soit 100 kilogrammes hors-quota ; à défaut de procès-verbal de pesée, il est impossible de déterminer le total des captures à bord du navire " Atlas " et la quantité de captures prises en sur-quota, pour autant que tel soit le cas ;

• la décision ne caractérise pas la gravité des infractions qui lui sont imputées ; l'autorité administrative ne démontre pas que l'infraction de pêche de produits de la pêche maritime et de l'aquaculture marine en quantité ou en poids supérieurs à ceux autorisés aurait été commise dans les circonstances mentionnées à l'article R. 946-10 du code rural et de la pêche maritime ; elle ne démontre pas non plus que l'infraction de non-respect des obligations d'enregistrement et de communication des données requises dans le cadre du système de surveillance des navires de pêche maritime aurait été commise dans les circonstances mentionnées à l'article R. 946-5 du code rural et de la pêche maritime ; enfin, il conteste avoir commis ces infractions et il lui est d'ailleurs reproché un sur-quota égal à 100 kilogrammes et non supérieur à cette quantité ;

• l'administration ne l'a pas informé du nombre total de points attribués et n'ayant pas encore fait l'objet d'une suppression, obligation prescrite à l'article R. 946-17 du code rural et de la pêche maritime.

Par un mémoire, enregistré le 26 novembre 2024, le préfet de la région Normandie conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas établie ; le requérant ne raisonne qu'en terme de charges et ne démontre pas les pertes de revenus ou baisse de chiffre d'affaires ; en outre, la décision s'explique par la commission de plusieurs infractions graves ;

- il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que :

• il est possible de mettre un certain poids de coquilles bien précis sur les sacs utilisés par les marins ; les gendarmes ont découvert sept sacs remplis et l'addition de la valeur démontre un poids de 100 kilogrammes ; M. B a reconnu avoir dissimulé les sept sacs de coquilles Saint-Jacques car il savait être en sur-quota ; en outre, l'absence de pesée ne remet pas en cause l'infraction de dissimulation et de non-respect des obligations d'enregistrement et de communication des données requises dans le cadre du système de surveillance des navires de pêche maritime ;

• les points de pénalités ont été attribués pour l'infraction de dissimulation et de non-respect des obligations déclaratives ; la gravité de ces infractions est caractérisée ; l'infraction de pêches de produits de la pêche maritime et de l'aquaculture marine en quantité ou en poids supérieurs à ceux autorisés n'a pas donné lieu à l'attribution de points de pénalité ;

• la décision 1182/2024 et le courrier de notification précisent le nombre de points attribués à M. B.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 13 novembre 2024 sous le numéro 2403014 par laquelle

M. C B demande l'annulation de la décision du 30 octobre 2024.

Vu :

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- le règlement n° 1005/2008 du Conseil du 29 septembre 2008 ;

- le règlement n° 1224/2009 du Conseil du 20 novembre 2009 ;

- le règlement d'exécution n° 404/2011 de la Commission du 8 avril 2011 ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 28 novembre 2024 à 15 heures 30, en présence de Mme Bloyet, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Macaud ;

- les observations de Me Hébert, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en insistant sur le fait que :

- il aurait dû être informé de son droit au silence dès lors que les sanctions prononcées ont un caractère répressif ;

- sans pesée des sacs, il ne peut être établi qu'il existe un sur-quota et l'infraction pour non-respect des obligations déclaratives n'a plus lieu d'être ; de plus, il ne lui est pas reproché d'avoir un sur-quota supérieur à 100 kilogrammes ; ce n'est pas parce qu'il a reconnu l'infraction qu'il l'a commise ;

- l'urgence est caractérisée ; les conditions sont très dures pour son équipage ;

- et les observations de M. A, représentant le préfet de la région Normandie, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en précisant que :

- M. B ne produit pas d'éléments établissant que la décision remet en cause la pérennité de son entreprise ; en outre, de nombreux navires recherchent des marins ;

- l'infraction pour dissimulation est établie et justifie les cinq points de pénalité attribués ; il en va de même pour les trois points de pénalité pour non-respect des obligations d'enregistrement ; l'infraction de pêche de produit de la pêche maritime en quantité ou poids supérieurs à ceux autorisés n'a pas donné lieu à des points de pénalités.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. Il résulte de l'instruction que, le 13 décembre 2023, les agents de la brigade nautique de la gendarmerie départementale de Dieppe ont procédé à un contrôle des pêches à la débarque du navire de pêche " Atlas " dont M. C B est le capitaine et l'armateur. M. B a débarqué 1 990 kilogrammes de coquilles Saint-Jacques et les a déclarés sur son journal de pêche électronique. Les agents de contrôle ont toutefois découvert, dans les cales du navire, sept sacs de coquilles Saint-Jacques dissimulés sous une trappe. Les agents de la gendarmerie ont dressé, le 18 décembre 2023, un procès-verbal pour dissimulation, aux agents chargés de la police de la pêche, de captures, engins ou documents détenus à bord d'un navire de pêche maritime, pour également l'infraction de pêche de produits de la pêche maritime et de l'aquaculture marine en quantité ou en poids supérieurs à ceux autorisés et, enfin, pour l'infraction de non-respect des obligations d'enregistrement et de communication des données requises dans le cadre du système de surveillance des navires de pêche maritime. Selon les constatations de la gendarmerie, le poids des sacs de coquilles Saint-Jacques pêchés en sur-quota était de 100 kilogrammes. Par la décision attaquée du 30 octobre 2024 n° 1182/2024, le préfet de la région Normandie a infligé à M. B une amende administrative de 3 500 euros et lui a attribué huit points de pénalité en sa qualité de capitaine de navire et huit points de pénalité en sa qualité d'armateur. M. B demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision.

3. Aux termes de l'article L. 946-1 du code rural et de la pêche maritime : " Indépendamment des sanctions pénales qui peuvent être prononcées, les manquements à la réglementation prévue par les dispositions du présent livre, les règlements de l'Union européenne pris au titre de la politique commune de la pêche et les textes pris pour leur application, y compris les manquements aux obligations déclaratives et de surveillance par satellite qu'ils prévoient, et par les engagements internationaux de la France peuvent donner lieu à l'application par l'autorité administrative d'une ou plusieurs des sanctions suivantes : 1° Une amende administrative () 2° La suspension ou le retrait de toute licence ou autorisation de pêche ou titre permettant l'exercice du commandement d'un navire délivré en application de la réglementation ou du permis de mise en exploitation ; 3° L'attribution au titulaire de licence de pêche ou au capitaine du navire de points dans les conditions prévues à l'article 92 du règlement (CE) n° 1224 / 2009 du 20 novembre 2009 et l'inscription au registre national des infractions à la pêche maritime ; () ".

En ce qui concerne l'amende administrative de 3 500 euros :

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Eu égard au chiffre d'affaires de l'entreprise de M. C B, soit une moyenne annuelle de 1 250 305 euros sur les années 2021 à 2023, et alors même que M. B aurait des charges fixes importantes et exposé des frais pour l'entretien de son navire, il ne résulte pas de l'instruction que le paiement de l'amende d'un montant de 3 500 euros porterait atteinte, de manière grave et immédiate, à la situation du requérant et de son équipage. Dans ces conditions, M. B ne justifie pas de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision du

30 octobre 2024 en tant qu'elle lui inflige une amende administrative.

En ce qui concerne l'attribution de points de pénalité :

6. Par la décision attaquée, le préfet de la région Normandie a attribué à M. B, en sa qualité de capitaine du navire, cinq points de pénalité au titre de l'infraction de dissimulation, aux agents chargés de la police de la pêche, de captures, engins ou documents détenus à bord d'un navire de pêche maritime et cinq points de pénalités pour cette même infraction en sa qualité de titulaire de la licence de pêche. La décision attaquée lui attribue également, pour l'infraction de non-respect des obligations d'enregistrement et de communication des données requises dans le cadre du système de surveillance des navires de pêche maritime, trois points de pénalité en sa qualité de capitaine et trois points en sa qualité de titulaire de la licence de pêche, aucun point de pénalité ne lui étant attribué au titre de l'infraction de pêche de produits de la pêche maritime et de l'aquaculture marine en quantité ou en poids supérieurs à ceux autorisés.

7. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par M. B n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision du 30 octobre 2024 n° 1182/2024. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et à la ministre du partenariat avec les territoires et de la décentralisation.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la région Normandie.

Fait à Caen, le 2 décembre 2024.

La juge des référés,

SIGNÉ

A. MACAUD

La République mande et ordonne à la ministre du partenariat avec les territoires et de la décentralisation en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. Bloyet

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