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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2403061

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2403061

vendredi 17 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2403061
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantAARPI CONCORDANCE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18, 26 et 29 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Balouka, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner au préfet du Calvados, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de se prononcer, sans délai à compter de l'ordonnance de référé à intervenir, et au plus tard avant l'expiration du délai de l'attestation de prolongation d'instruction, sur sa demande de titre de séjour ;

2°) d'ordonner au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a déposé sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français le 12 décembre 2023 ;

- son attestation de prolongation d'instruction expire le 3 janvier 2025 ;

- les périodes sans justificatif de séjour l'ont empêché de travailler ;

- aucun démarche administrative ne peut être entreprise avec la présentation d'une attestation de prolongation d'instruction ;

- dès lors, la condition d'urgence est remplie ;

- il attend depuis onze mois la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français alors que son dossier est complet ;

- il a relancé à plusieurs reprises la préfecture et a subi des retards dans la délivrance de son récépissé ;

- par un jugement du 17 mai 2024, le juge des enfants lui a accordé un droit de visite médiatisé auprès de son enfant français ; ce juge note à plusieurs reprises la volonté M. B d'établir un lien avec son fils et des démarches qu'il a régulièrement entreprises pour faire valoir ses droits paternels ; lorsque la mère de l'enfant le lui a permis, il a pu voir son fils, remettre de l'argent à la mère et lui acheter des vêtements et cadeaux ;

- l'absence de décision du préfet justifie en l'espèce la saisine du juge des référés.

Par des mémoires en défense, enregistré les 20 novembre, 27 novembre et 2 décembre 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le requérant a pu travailler en intérim ;

- la délivrance de l'autorisation de prolongation d'instruction atteste de ce que la demande est en cours d'instruction ;

- le requérant n'établit pas avoir exercé son droit de visite médiatisé, ni avoir versé la pension alimentaire prévue par le jugement du 16 avril 2024 ;

- la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse dans la mesure où le requérant ne justifie pas remplir les conditions requises pour l'octroi du titre sollicité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Saisi sur ce fondement d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

2. Il résulte de l'instruction que M. B, de nationalité albanaise, a obtenu une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'enfant français, valable du 14 février 2023 au 13 février 2024. Il a sollicité le 12 décembre 2023 le renouvellement de son titre de séjour et obtenu des attestations successives de prolongation d'instruction, la dernière en date expirant le 3 janvier 2025. Il ressort du jugement rendu le 16 avril 2024 par le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Caen que l'enquête sociale a relevé que les conditions matérielles, éducatives et affectives de l'enfant de M. B étaient particulièrement inquiétantes. Un signalement des services éducatifs du 20 février 2024 décrit la mère de l'enfant comme très dégradée physiquement et en voie de clochardisation. Ce jugement, selon lequel les carences éducatives et l'attitude fuyante de la mère justifient que M. B soit associé aux décisions essentielles pour le devenir de l'enfant, a décidé que l'autorité parentale serait désormais exercée conjointement et a prévu des droits de visite médiatisée à l'égard de son fils. Selon l'attestation établie le 18 octobre 2024 par le service d'accompagnement de la famille et de l'enfant, M. B était présent à la visite médiatisée organisée avec son fils le 1er octobre 2024 et lui a acheté des vêtements. Par ailleurs, ainsi que le relève le préfet dans ses écrits en défense, la demande d'admission au séjour de M. B est en cours d'instruction. Compte tenu de ces éléments, la demande du requérant, qui revêt un caractère urgent et présente un caractère utile, doit être regardée comme ne se heurtant à aucune contestation sérieuse.

3. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de délivrer à M. B, le temps de l'instruction de sa demande, un récépissé de demande de titre de séjour ou une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros à verser à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet du Calvados de délivrer à M. B, le temps de l'instruction de sa demande, un récépissé de demande de titre de séjour ou une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : l'Etat versera à M. B une somme de 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Calvados.

Fait à Caen, le 17 janvier 2025.

Le juge des référés,

Signé

F. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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