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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2403099

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2403099

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2403099
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantHOURMANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2024, M. C A, représenté par Me Hourmant, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Calvados a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- l'absence de réponse à sa demande de renouvellement, puis à sa nouvelle demande de titre de séjour, lui a fait perdre à deux reprises l'opportunité de poursuivre une activité professionnelle ;

- il a été mis fin à son contrat de travail de façon anticipée le 22 septembre 2023, faute de renouvellement de son récépissé.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- en l'absence de réponse à sa demande de communication des motifs de la décision de rejet, celle-ci est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Le préfet du Calvados, à qui la requête a été communiquée le 25 novembre 2024, n'a pas présenté d'observations en défense.

M. A a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 16 octobre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 30 octobre 2024 sous le n° 2402892 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision implicite du préfet du Calvados rejetant sa demande de titre de séjour.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bénis, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu les observations :

- de Me Hourmant, représentant le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- de M. A.

Le préfet du Calvados n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

M. A a déposé une note en délibéré, qui a été enregistrée le 6 décembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, de nationalité sénégalaise, était titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire ", valable jusqu'au 22 mars 2023. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et obtenu le 14 février 2023 un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 22 septembre 2023. M. A a déposé le 11 mars 2024 une nouvelle demande de titre de séjour pour activité solidaire. Le requérant demande la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé sur sa demande d'admission au séjour.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

4. Il résulte de l'instruction qu'il a été mis fin au contrat de travail à durée déterminée de M. A de façon anticipée en raison de l'absence de renouvellement de son récépissé. Dès lors, il doit être regardé comme justifiant d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle et donc, de l'urgence qui s'attache à ce que soit prononcée une mesure en référé sans attendre le jugement au fond.

En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

5. En vertu de l'article R.* 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé par l'autorité préfectorale sur les demandes de titre de séjour vaut décision implicite de rejet. Selon le premier alinéa de l'article R. 432-2 de ce code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 232-4 du même code dispose : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

6. Il résulte de l'instruction que M. A a adressé aux services de la préfecture du Calvados un pli recommandé avec avis de réception, qui a été reçu le 11 mars 2024. Il n'est pas contesté que ce pli contenait une demande de délivrance de titre de séjour. Le requérant a sollicité, par une lettre que les services de la préfecture ont reçue le 2 août 2024, la communication des motifs de la décision implicite de refus née du silence gardé par l'autorité préfectorale sur sa demande de titre de séjour. M. A fait valoir, sans être contredit par le préfet qui n'a pas présenté de mémoire en défense, que cette demande de communication de motifs est restée sans réponse. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision implicite du préfet du Calvados refusant l'admission au séjour de M. A.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de délivrer à M. A un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision et ce, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

9. M. A a été admis à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Hourmant renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Hourmant de la somme de 500 euros.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite du préfet du Calvados refusant l'admission au séjour de M. A est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Calvados de délivrer à M. A un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision et ce, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Sous réserve que Me Hourmant renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Hourmant une somme de 500 euros sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Me Hourmant et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Calvados.

Fait à Caen, le 9 décembre 2024.

Le juge des référés,

Signé

F. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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