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Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2403107

mardi 3 novembre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2403107
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL CHRISTOPHE LAUNAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 novembre 2024 et le 25 juin 2026, Mme B... T..., représentée par Me Launay, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 25 septembre 2024 par laquelle le maire de la commune de Les Monts d'Aunay a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la réalisation d’une réhabilitation, extension mesurée d’une habitation et surélévation des façades ;

2°) d’enjoindre au maire de Les Monts d'Aunay de lui délivrer le permis de construire sollicité, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Les Monts d'Aunay la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’un vice de procédure dès lors que la commune de Les Monts d’Aunay a procédé au retrait du permis de construire tacite du 7 juillet 2024 sans respect de la procédure contradictoire, en méconnaissance de l’article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- son projet ne méconnaît pas l’article L. 111-11 du code de l'urbanisme ;
- il ne méconnaît pas l’article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- il ne méconnaît pas les articles N.3 et N.4 du règlement du plan local d'urbanisme,
- la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires enregistrés le 2 juillet 2025 et le 8 octobre 2026, la commune de Les Monts d'Aunay, représentée par Me Désert, conclut au rejet de la requête et ce que soit mise à la charge de Mme T... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Fanget,
- les conclusions de Mme Remigy, rapporteure publique,
- et les observations de Me Launay, représentant Mme T..., et de Me Désert, représentant la commune de Les Monts d'Aunay.


Considérant ce qui suit :

1. Mme B... T... a déposé, le 22 mars 2024, une demande de permis de construire pour réaliser une réhabilitation ainsi qu’une extension mesurée d’une habitation et la surélévation des façades, complétée le 7 mai 2024. Par un arrêté du 29 mai 2024, le maire de la commune de Les Monts d'Aunay a refusé de délivrer le permis sollicité. Mme T... a formé un recours gracieux contre cette décision le 24 juillet 2024. Par un arrêté du 25 septembre 2024, dont Mme T... demande l’annulation, le maire a retiré son arrêté du 29 mai 2024 et a opposé un nouveau refus à la demande du permis de construire sollicité.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 424-2 du code de l’urbanisme : « Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction. (…) ». Aux termes de l’article L. 243-3 du code des relations entre le public et l’administration : « L’administration ne peut retirer un acte réglementaire ou un acte non réglementaire non créateur de droits que s'il est illégal et si le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant son édiction ».

3. Lorsque d’une part, des dispositions législatives ou réglementaires ont prévu que le silence gardé par l’autorité administrative sur une demande d’autorisation fait naître, à l’expiration du délai imparti à l’administration pour statuer, une décision implicite d’acceptation de la demande et que, d’autre part, la décision prise dans ce délai, qu’elle accorde ou qu’elle refuse expressément l’autorisation sollicitée est, soit légalement rapportée par l’autorité compétente, soit annulée pour excès de pouvoir par le juge, cette décision expresse d’octroi ou de refus disparait rétroactivement. Cette disparition ne rend pas le demandeur titulaire d’une autorisation tacite. En revanche, elle oblige en principe l’autorité administrative à procéder à une nouvelle instruction de la demande dont cette autorité reste saisie.

4. En l’espèce, il ressort de l’arrêté contesté que le maire de Les Monts d'Aunay a retiré l’arrêté du 29 mai 2024 refusant de délivrer un permis de construire à Mme T.... Du seul fait de ce retrait, l’administration se trouvait à nouveau saisie de la demande de Mme T... déposée le 22 mars 2024, qu’elle a expressément refusée par la décision du 25 septembre 2024. Par suite, dès lors qu’aucune autorisation tacite de construire n’a pu intervenir au profit de la requérante, le moyen tiré de l’absence de respect de la procédure contradictoire préalable prévue par l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration, doit être écarté comme inopérant.

5. En second lieu, une décision rejetant une demande d’autorisation d’urbanisme pour plusieurs motifs ne peut être annulée par le juge de l’excès de pouvoir à raison de son illégalité interne, réserve faite du détournement de pouvoir, que si chacun des motifs qui pourraient suffire à la justifier sont entachés d’illégalité. En outre, en application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, le tribunal administratif saisi doit, lorsqu’il annule une telle décision de refus, se prononcer sur l’ensemble des moyens de la demande qu’il estime susceptibles de fonder cette annulation, qu’ils portent d’ailleurs sur la légalité externe ou sur la légalité interne de la décision. En revanche, lorsqu’il juge que l’un ou certains seulement des motifs de la décision de refus en litige sont de nature à la justifier légalement, le tribunal administratif peut rejeter la demande tendant à son annulation sans être tenu de se prononcer sur les moyens de cette demande qui ne se rapportent pas à la légalité de ces motifs de refus.

6. Pour refuser de délivrer le permis de construire sollicité par Mme T..., le maire de Les Monts d'Aunay s’est fondé sur plusieurs motifs tirés de ce que le projet méconnaissait les articles L. 111- 11 et R.111-1 du code de l'urbanisme ainsi que les articles N.3 et N.4 du plan local d'urbanisme.

7. Aux termes de l’article L. 111-11 du code de l'urbanisme : « Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l’aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d’eau, d’assainissement ou de distribution d’électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d’aménager ne peut être accordé si l’autorité compétente n’est pas en mesure d’indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quelle concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies (...) ».

8. Il résulte de ces dispositions qu’un permis de construire doit être refusé lorsque, d’une part, des travaux d’extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics de distribution d’eau, d’assainissement ou d’électricité sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d’autre part, que l’autorité compétente n’est pas en mesure d’indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

9. En l’espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport de visite du 4 août 2022 relatif au constat d’insalubrité de la maison d’habitation de Mme T..., dont la réhabilitation et l’extension fait l’objet du permis en litige, que ce logement est dépourvu d’un raccordement en eau potable sur le réseau et n’est alimenté que par l’eau d’un puits, lui-même non contrôlé, et qui se trouvait à sec lors de la visite de contrôle. Interrogé sur le projet en litige, le président du syndicat d’adduction en eau potable du Pré-Bocage a indiqué dans son courrier du 22 avril 2024 que ses services n’étaient pas en mesure d’apporter une qualité sanitaire d’eau satisfaisante pour les travaux projetés de réhabilitation de l’habitation existante de Mme T..., en raison de l’important volume journalier, équivalent à au moins 530 litres, que nécessiterait le renouvellement du chlore dans la canalisation la plus proche, et qui se situe à 440 mètres du projet. Au regard de ces éléments qui ne sont pas utilement contestés par la requérante, ce motif était, à lui seul, de nature à justifier le refus du permis de construire sollicité.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la légalité des autres motifs de refus, que les conclusions à fin d’annulation de la décision du 25 septembre 2024 présentées par Mme T... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Les Monts d'Aunay, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la requérante au titre des frais d’instance.

12. En revanche, dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme T... la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Les Monts d'Aunay en application des mêmes dispositions.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme T... est rejetée.

Article 2 : Mme T... versera à la commune de Les Monts d'Aunay la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... T... et à la commune de Les Monts d'Aunay.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2026 à laquelle siégeaient :
- Mme Rouland-Boyer, présidente,
- Mme Fanget, conseillère,
- Mme Kremp-Sanchez, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2026.

La rapporteure,

SIGNÉ

L. FANGET


La présidente,

SIGNÉ

H. ROULAND-BOYER

La greffière,


SIGNÉ

E. BLOYET


La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,



E. Bloyet