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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2403160

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2403160

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2403160
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL CHRISTOPHE LAUNAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en production de pièce complémentaire, enregistrés les 28 novembre et 15 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Launay, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Calvados a rejeté sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer le titre de séjour sollicité jusqu'à ce qu'il soit statué sur son recours au fond, ou de statuer de nouveau sur sa situation et, en toute hypothèse, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler pendant l'instruction et ce, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 75 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- la situation d'urgence est présumée en cas de refus de renouvellement de titre de séjour ;

- il travaille régulièrement pour le compte de la société Samsic Emploi dans le cadre de missions d'intérim ;

- le directeur régional de la société Samsic Emploi atteste qu'il réalisait des missions d'intérim pour le compte de la société Levillain depuis le 4 juin 2024 ; la prolongation de sa mission, qui était envisagée, ne pourra pas se concrétiser faute de titre de séjour valable ;

- en l'absence de renouvellement de son titre de séjour, il fait l'objet d'une décision de cessation d'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- il a obtenu un premier titre de séjour portant la mention vie privée et familiale, valable du 26 mai 2023 au 25 mai 2024, en sa qualité de conjoint de ressortissante française et de père d'un enfant français ; dès lors, le préfet aurait dû saisir au préalable la commission du titre de séjour ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le requérant a obtenu via la plateforme ANEF le renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction, qui l'autorise à travailler ; ainsi, sa demande de titre de séjour est toujours en cours d'instruction ; en l'absence de décision de refus d'admission au séjour, la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, l'attestation de prolongation d'instruction autorise M. B à travailler ; il ne produit aucun élément concret concernant l'incidence de la décision attaquée sur sa situation ; dès lors, la condition d'urgence n'est pas remplie.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 28 novembre 2024 sous le n° 2403161 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision implicite du préfet du Calvados rejetant sa demande de titre de séjour.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Lounis, greffier d'audience, M. C a lu son rapport et entendu les observations :

- de Me Launay, représentant le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Le préfet du Calvados n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien, est entré en France le 25 août 2022 muni d'un visa de long séjour en qualité de conjoint de français. Il a obtenu en cette qualité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable jusqu'au 25 mai 2024. M. B a sollicité en ligne le 5 mars 2024 via la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) le renouvellement de son titre de séjour. Par la présente requête, M. B demande la suspension de l'exécution de la décision implicite qui serait née du silence gardé sur sa demande de titre de séjour.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Calvados :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

3. En vertu de l'article R.* 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé par l'autorité préfectorale sur les demandes de titre de séjour vaut décision implicite de rejet. Selon le premier alinéa de l'article R. 432-2 de ce code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ". Par ailleurs, en vertu de l'article R. 431-15-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger qui sollicite au moyen du téléservice mentionné à l'article R. 431-2 du même code la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a le droit, s'il a déposé un dossier complet, d'obtenir une attestation de prolongation d'instruction de sa demande qui lui permet de justifier de la régularité de son séjour pendant la durée précisée sur cette attestation. En vertu de l'article R. 431-15-2 du même code, l'attestation de prolongation de l'instruction d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité sur le territoire de la France métropolitaine dans le cadre de la réglementation en vigueur.

4. Il résulte de l'instruction que plusieurs attestations de prolongation d'instruction successives ont été délivrées à M. B depuis le dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Le requérant, qui bénéficiait d'une prolongation d'instruction jusqu'au 16 novembre 2024, a obtenu une nouvelle prolongation d'instruction jusqu'au 1er mars 2025. Ainsi, le préfet, qui n'a pas gardé le silence sur la demande de M. B pendant un délai de quatre mois, ne peut pas être regardé, en application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme lui ayant opposé une décision implicite de rejet de sa demande d'admission au séjour. Dès lors, la fin de non-recevoir doit être accueillie et les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées comme étant irrecevables.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que le requérant demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Calvados.

Fait à Caen, le 17 décembre 2024.

Le juge des référés,

Signé

F. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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