mardi 17 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2403232 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Autres délais-Etrangers-3 |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2403232 les 3 et 13 décembre 2024, Mme A D, représentée par Me Hourmant, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé de son transfert aux autorités néerlandaises pour l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui remettre une attestation de demande d'asile ainsi que l'imprimé mentionné à l'article R. 531-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros hors taxes à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué n'est pas motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;
- il méconnaît les dispositions des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas établi que lui auraient été remis le guide du demandeur d'asile et les brochures d'informations A et B dans une langue qu'elle comprend, ni qu'elle aurait bénéficié d'un entretien avec un interprète dans les conditions prévues par ces dispositions, ni que l'entretien aurait été mené par un agent qualifié de la préfecture ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale en France dès lors que son fils majeur, C, bénéficie de la protection subsidiaire qui lui a été accordée par la Cour nationale du droit d'asile, et que son état de santé nécessite la présence de son fils à ses côtés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête n'est pas recevable dès lors qu'elle n'est pas signée ;
- les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2403233 les 3 et 13 décembre 2024, M. B E, représenté par Me Hourmant, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé de son transfert aux autorités néerlandaises pour l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui remettre une attestation de demande d'asile ainsi que l'imprimé mentionné à l'article R. 531-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros hors taxes à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat.
M. E soulève les mêmes moyens que son épouse dans la requête n° 2403232.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête pour les mêmes motifs que ceux exposés sous le n° 2403232.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- le traité sur l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Sénécal, première conseillère, pour statuer sur les demandes relevant de la procédure prévue aux articles L. 922-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sénécal,
- et les observations de Me Houmant, représentant Mme D et M. E, présents, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes, soulève un moyen supplémentaire tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et fait valoir que la demande d'asile des requérants a été rejetée par les autorités néerlandaises, qu'ils seront nécessairement renvoyés en Somalie, alors même que leur fils majeur, C, bénéficie de la protection subsidiaire, accordée par la Cour nationale du droit d'asile en raison de la situation sécuritaire en Somalie et du même risque de menace encouru. Mme D et M. E, originaires de la même région seront exposés aux mêmes risques pour leur vie. En outre, ils sont malades et ont besoin de l'aide de leur fils C, présent à l'audience, qui indique vouloir et pouvoir les prendre en charge.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D et M. B E, ressortissants somaliens, respectivement nés le 1er juin 1965 et le 7 mars 1960 à Qoryooley (Somalie), déclarent être mariés et être entrés irrégulièrement en France. Le 27 août 2024, ils ont déposé une demande d'asile auprès des services de la préfecture du Calvados. La consultation du fichier Eurodac, consécutive au relevé de leurs empreintes digitales, a relevé qu'ils ont sollicité l'asile aux Pays-Bas le 11 août 2022. Les autorités néerlandaises ont été saisies, le 16 octobre 2024, d'une demande de reprise en charge en application de l'article 18-1 d du règlement UE 604/2013. Les autorités néerlandaises ont accepté la demande par une décision expresse datée du 22 octobre 2024. Par deux arrêtés du 26 novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé leur transfert aux autorités néerlandaises, responsables de l'examen de leur demande d'asile.
Par les requêtes susvisées, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un même jugement, Mme D et M. E demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme D et de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les requêtes :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative () ".
5. La décision attaquée vise la convention de Genève du 28 juillet 1951, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les règlements européens applicables, à savoir le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, le règlement n° 604/2013 du Conseil du 26 juin 2013 et le règlement (Conseil d'Etat) n° 1560/2003 modifié de la Commission du 2 septembre 2003, ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne, par ailleurs, les éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative s'est fondée pour estimer que l'examen des demandes présentées devant elle relevaient de la responsabilité d'un autre Etat membre, à savoir, notamment, que les requérants, entrés irrégulièrement sur le territoire français, ont présenté le 11 août 2022 une demande d'asile aux Pays-Bas, que la consultation du fichier Eurodac a relevé qu'ils ont sollicité l'asile aux Pays-Bas le 11 août 2022 et que les autorités néerlandaises saisies, le 16 octobre 2024, d'une demande de reprise en charge, ont accepté la demande par une décision expresse datée du 22 octobre 2024. Elle indique également que si les requérants ont déclaré souffrir d'une pathologie, ils ne l'établissent pas et ne démontrent pas qu'un transfert aux autorités néerlandaises entraînerait pour eux un risque réel et avéré d'une détérioration significative et irrémédiable de leur état de santé. Enfin, elle précise que les requérants ont déclaré avoir deux enfants mineurs non présents sur le territoire français et deux enfants majeurs dont l'un présent en France, avec lequel le préfet estime qu'il n'est établi ni la réalité du lien familial ni l'effectivité des relations entretenues avant leur entrée récente en France. La décision attaquée est ainsi suffisamment motivée au sens et pour l'application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit, par suite, être écarté.
6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Seine-Maritime n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation des requérants avant de décider de leur transfert aux autorités néerlandaises, responsables de leur demande d'asile. Le moyen tiré de l'absence d'examen particulier doit, par suite, être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre [] / b) des critères de détermination de l'État membre responsable [] / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 [] d) de la possibilité de contester une décision de transfert [] / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant [] / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5.FR 29.6.2013 Journal officiel de l'Union européenne L. 180/37/ 3. La commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les Etats membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux Etats membres [] ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile, auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013, doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, leur délivrance constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme D et de M. E se sont vus remettre le 27 août 2024 les brochures d'informations dites " A " et " B " intitulées " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et " Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie ' " en somali, langue qu'ils ont déclaré comprendre et qu'ils ont choisie pour leur entretien. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le " guide du demandeur d'asile " leur aurait été remis. Toutefois, cette circonstance est sans incidence sur la régularité de la procédure, dès lors que la remise de la brochure dite " A " et de la brochure dite " B ", qui seules constituent la brochure commune au sens des dispositions de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013, permettent aux demandeurs d'asile de bénéficier d'une information complète sur l'application du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. () ".
10. Il est constant que Mme D et M. E ont bénéficié, chacun, d'un entretien individuel le 27 août 2024 dans les locaux de la préfecture du Calvados. Il ressort des pièces du dossier que l'entretien a été mené par un agent de la préfecture avec l'assistance d'un interprète en langue somali, langue que les intéressés ont déclaré comprendre. Cet entretien a fait l'objet d'un résumé signé et revêt un cachet de la préfecture du Calvados mais ne mentionne pas l'identité de l'agent de la préfecture. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'absence de cette indication aurait privé les intéressés de la garantie tenant au bénéfice de cet entretien et à la possibilité de faire valoir toutes observations utiles relatives à la détermination de l'Etat responsable. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que cet agent n'était pas qualifié au sens et pour l'application de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Enfin, Mme D et M. E n'ont émis aucune observation relative à l'entretien et n'ont fait état d'aucune violation de leurs droits laissant supposer que cet entretien ne se serait pas déroulé dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article 5 du règlement n° 604-2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ".
12. La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre, l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.
13. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du résumé des entretiens individuels, que Mme D et M. E ont déclaré que leur demande d'asile a été rejetée par les autorités néerlandaises. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision serait définitive et qu'ils ne pourraient pas exercer de recours à son encontre. Ils font valoir qu'ils proviennent de la ville de Qoryooley et qu'en cas de retour en Somalie, ils risquent d'être exposés aux mêmes risques et menaces graves que leur fils majeur, C, qui bénéficie de la protection subsidiaire depuis un jugement du 7 juin 2023 de la Cour nationale du droit d'asile. Toutefois, il ressort de ce jugement que les faits allégués à l'origine de son départ et les craintes exprimées en cas de retour dans ce pays n'ont pas pu être tenus pour établis par la Cour nationale du droit d'asile. Le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été accordé au regard de ses " déclarations spontanées et crédibles sur sa situation familiale et son isolement, depuis qu'il a perdu contact avec l'ensemble des membres de sa famille nucléaire encore en vie, ainsi que de son absence prolongée du pays " et au motif qu'il devait être regardé comme étant personnellement exposé à une menace grave et individuelle contre sa vie ou sa personne en raison d'une violence aveugle résultant d'une situation de conflit armé interne, sans pouvoir se prévaloir de la protection effective des autorités, dès lors qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un soutien et d'une protection de son clan d'origine, considéré comme minoritaire dans son pays selon la hiérarchie sociale propre à la société somalienne. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D et M. E seraient exposés à des persécutions ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Somalie. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que leur état de santé nécessiterait leur prise en charge quotidienne par leur fils ni qu'il empêcherait qu'ils retournent aux Pays-Bas. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le préfet de la Seine-Maritime a pu décider de transférer Mme D et M. E aux autorités néerlandaises, sans méconnaître l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.
14. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir, que Mme D et M. E ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné leur transfert aux autorités néerlandaises. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles de Me Hourmant relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D et M. E sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les requêtes nos 2403232 et 2403233 de Mme D et de M. E sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, à M. B E, à Me Hourmant et au préfet de la Seine-Maritime.
Copie en sera adressée pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.
La magistrate désignée,
signé
I. SENECALLa greffière,
signé
N. BELLA
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. Bloyet
Nos 24032332, 2403233
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026