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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2403258

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2403258

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2403258
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLEREVEREND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2024, M. B C, représenté par Me Lerévérend, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision par laquelle le préfet du Calvados a implicitement rejeté sa demande de carte de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans un délai de cinq jours, une attestation de prolongation d'instruction ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition tenant à l'urgence est présumée remplie dès lors qu'il se trouve en situation de renouvellement de carte de séjour ; en outre, il est involontairement privé d'emploi ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors que :

• la décision n'est pas motivée ; le préfet n'a pas répondu à sa demande de communication des motifs, reçue le 7 octobre 2024 ;

• elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 423-23, L. 423-7, L. 423-8 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a un fils ressortissant français né en 2019 ; il s'est vu délivrer son premier titre de séjour le 21 juillet 2020, renouvelé jusqu'au 20 juillet 2023 ; il contribue à l'entretien et l'éducation de son enfant ; ayant disposé de trois titres de séjour " parent d'enfant français " d'une durée d'un an, il doit se voir délivrer une carte de résident de dix ans ou, subsidiairement, une carte pluriannuelle de quatre ans et, à défaut, une carte de séjour temporaire d'un an ;

• elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

• elle est entachée d'un défaut d'examen complet.

Par un mémoire enregistré le 16 décembre 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la demande de renouvellement de titre de séjour de M. C a été clôturée le 8 octobre 2023, faute pour lui d'avoir produit les documents réclamés nécessaires à l'instruction de sa demande ; cette décision de clôture peut s'assimiler à un refus d'enregistrement, décision qui ne fait pas grief ;

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite ; le requérant s'est délibérément placé dans la situation de précarité alléguée en n'effectuant pas les diligences nécessaires à l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 octobre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 5 décembre 2024 sous le numéro 2403257 par laquelle

M. C demande l'annulation de la décision du préfet du Calvados.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 97-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Audrey Macaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 17 décembre 2024 à 13 heures 30, en présence de Mme Bloyet, greffière d'audience, le rapport de Mme A et les observations de Me Lerévérend, représentant M. C également présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Après avoir constaté que le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de suspension :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Calvados :

2. Il résulte de l'instruction que M. C, qui avait fait une première demande de renouvellement de sa carte de séjour le 27 juin 2023, s'est vu délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour valable du 10 janvier 2024 au 9 avril 2024 au motif que sa demande déposée le 24 octobre 2023 était toujours en cours d'instruction. Dans ces conditions, le préfet ne saurait soutenir que le dossier de demande de renouvellement de titre de séjour de M. C a été clôturé le 8 octobre 2023, faute pour le requérant d'avoir produit les documents réclamés nécessaires à l'instruction de sa demande. La requête de M. C, qui doit être regardée comme dirigée contre la décision par laquelle le préfet du Calvados a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour déposée le 24 octobre 2023, est, dès lors, recevable.

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Il résulte de l'instruction que M. C, né le 30 mai 1993 à Bagdad, est entré en France en 2018 et a bénéficié, à compter du 21 juillet 2020, d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, titre renouvelé jusqu'au 20 juillet 2023. En outre, le requérant, qui bénéficiait d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour valable jusqu'au 9 avril 2024, produit un courrier de son employeur du 24 mai 2024 suspendant son activité sur les chantiers du fait de l'irrégularité de son séjour. L'exécution de la décision attaquée place ainsi M. C dans une situation telle qu'il en résulte pour lui une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation. L'urgence s'attache donc à ce que soit prononcée une mesure en référé sans attendre le jugement au fond.

En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision et celui tiré de la méconnaissance des articles L. 423-7 et L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du préfet du Calvados rejetant implicitement la demande de renouvellement du titre de séjour de M. C.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer la demande de M. C dans un délai de quinze jours à compter de la notification qui lui sera faite de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de l'avocate du requérant tendant au bénéfice des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision par laquelle le préfet du Calvados a implicitement rejeté la demande de renouvellement du titre de séjour de M. C est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Calvados de réexaminer la demande de M. C dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, à Me Lerévérend, au préfet du Calvados et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée pour information au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Caen, le 17 décembre 2024.

La juge des référés

signé

A. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. Bloyet

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