jeudi 23 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2500065 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Autres délais-Etrangers-3 |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 et 20 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Papinot, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé son transfert aux autorités slovaques pour l'examen de sa demande de protection internationale ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé en fait et en droit ;
- il méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- il méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- il méconnaît l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît l'article 3 paragraphe 2 du règlement (UE) n° 604/2013.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 janvier 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Papinot, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête,
- les observations de M. A, assisté d'un interprète en langue turque, qui réitère les observations présentées par son conseil sur ses conditions de vie en Slovaquie.
Le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant turc, né le 20 novembre 1994 à Tatvan, s'est présenté à la préfecture du Calvados le 12 novembre 2024 en vue de déposer une demande d'asile. Le 13 novembre 2024, les autorités slovaques ont été saisies d'une demande de reprise en charge sur le fondement des dispositions de l'article 13, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Les autorités slovaques ont donné leur accord explicite à la reprise en charge de M. A le 21 novembre 2024. Par l'arrêté attaqué du 18 décembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a décidé du transfert de l'intéressé aux autorités slovaques.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté en litige vise le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Il précise que M. A a demandé l'asile en Slovaquie le 30 octobre 2023 et que les autorités slovaques, saisies par la France le 13 novembre 2024, ont explicitement accepté de le reprendre en charge le 21 novembre suivant sur le fondement de l'article 18, paragraphe 1, d) du règlement (UE) n° 604/2013 relatif aux demandeurs d'asile dont la demande a été rejetée et qui ont présenté une demande auprès d'un autre Etat membre. Dès lors, l'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et permettait à M. A de comprendre les motifs de la décision et d'exercer utilement son recours.
4. En deuxième lieu, il résulte de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application des dispositions du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de le remettre aux autorités responsables de l'examen de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits et les modalités d'application du règlement, par écrit et dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Cette information doit comporter l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de ce même article 4 et constitue une garantie pour le demandeur d'asile.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu remettre, le 12 novembre 2024, les brochures A et B relatives à la détermination de l'État responsable de sa demande d'asile et à l'organisation de la " procédure Dublin " rédigées en turc, langue qu'il a déclaré comprendre, contenant les éléments d'information exigés par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. [] 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé.". Aux termes de l'article 35 du même règlement : " 1. Chaque État membre notifie sans délai à la Commission les autorités chargées en particulier de l'exécution des obligations découlant du présent règlement et toute modification concernant ces autorités. Les États membres veillent à ce qu'elles disposent des ressources nécessaires pour l'accomplissement de leur mission et, notamment, pour répondre dans les délais prévus aux demandes d'informations, ainsi qu'aux requêtes aux fins de prise en charge et de reprise en charge des demandeurs. [] 3. Les autorités visées au paragraphe 1 reçoivent la formation nécessaire en ce qui concerne l'application du présent règlement [] ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié le 12 novembre 2024 d'un entretien individuel et confidentiel qui s'est tenu par le truchement d'un interprète en turc, langue qu'il a indiqué comprendre. Le résumé de l'entretien individuel fait apparaître que M. A a été reçu, lors de cet entretien réalisé dans les locaux de la préfecture du Calvados, par un agent de cette préfecture. Il n'est pas contesté que ce résumé contient les principales informations fournies par M. A lors de l'entretien, notamment en ce qui concerne les violences qu'il soutient avoir subi en Slovaquie, et qu'il ne comporte pas d'erreur au regard des déclarations de l'intéressé. Dans ces conditions, l'agent de la préfecture ayant conduit l'entretien doit être regardé, en l'absence notamment de tout élément permettant de supposer un défaut de formation ou d'accès à une information suffisante, comme une personne qualifiée en vertu du droit national pour mener cet entretien, nonobstant l'absence de mention, autre que celle du tampon de la préfecture et des initiales du signataire. Enfin, aucun élément au dossier ne permet d'établir que l'entretien dont a bénéficié M. A se serait réalisé dans des conditions ne garantissant pas dûment la confidentialité des échanges. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que les autorités slovaques saisies par la France le 13 novembre 2024 sur le fondement du paragraphe 1 (d) de l'article 18 de ce règlement, ont accepté de reprendre en charge M. A par une décision explicite du 24 novembre suivant sur le fondement des mêmes dispositions. Le moyen tenant au défaut de demande de reprise en charge et d'accord des autorités slovaques manque donc en fait.
9. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, qui mentionne notamment que M. A a indiqué avoir subi des violences en Slovaquie sans en apporter la preuve, ni des pièces du dossier, que la situation personnelle de M. A n'aurait pas fait l'objet d'un examen personnalisé avant l'édiction de l'arrêté contesté.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article 3, paragraphe 2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ()". La faculté laissée à chaque État membre, par l'article 17 de ce règlement, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
11. La Slovaquie est un État membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en sorte qu'il doit être présumé que la demande d'asile de M. A sera traitée par les autorités slovaques dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.
12. M. A évoque des conditions matérielles d'accueil quasi-inexistantes en Slovaquie en raison de l'afflux massif de migrants dans ce pays au cours de l'année 2023. Il soutient avoir été placé dans un camp à Rohovce où il a connu des conditions de vie extrêmement rudes et se plaint en particulier de la distribution de nourriture avariée. Néanmoins, M. A n'établit pas, par la seule production d'un article de presse slovaque daté du 20 octobre 2023, que la situation générale qui règne en Slovaquie, ni que l'organisation mise en place par les autorités, ne permettraient pas d'assurer, à la date à laquelle l'arrêté en litige a été pris, un niveau de protection suffisant aux demandeurs d'asile. Il ne justifie pas davantage avoir été personnellement exposé à des traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne par les éléments qu'il produit. Les photos de denrées alimentaires et de leur date limite de consommation ne permettent pas d'établir qu'il n'aurait pas été reçu dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors au demeurant qu'elles ne sont elles-mêmes datées, et le compte-rendu d'hospitalisation produit, libellé au seul nom de B, s'il fait état d'une hospitalisation pour douleur abdominale avec vomissements, mentionne des problèmes gastro-intestinaux chroniques pour lesquels le patient aurait déjà été examiné une année plus tôt et ne permet donc pas d'établir un lien avec les conditions d'accueil alléguées par M. A. Enfin, l'arrêté en litige a seulement pour objet de renvoyer l'intéressé en Slovaquie et non dans son pays d'origine et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les autorités slovaques n'évalueront pas, avant de procéder à un éventuel éloignement de M. A, les risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué serait contraire aux stipulations précitées de l'articles 3 du règlement (UE) n° 604/2013/UE et entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du même règlement ne peuvent qu'être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 décembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé son transfert aux autorités slovaques pour l'examen de sa demande de protection internationale. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais d'instance doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Maritime.
Copie en sera adressée, pour information, au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2025.
La magistrate désignée,
signé
J. C La greffière,
signé
N. BELLA
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. Bloyet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026