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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2500164

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2500164

vendredi 16 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2500164
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen a rejeté la requête de M. B, ressortissant afghan, qui contestait l'arrêté du préfet de la Manche du 24 décembre 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire et lui interdisant le retour pour six mois. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut de motivation et la violation de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, confirmant ainsi la légalité des décisions préfectorales fondées sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Hourmant, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 décembre 2024 par lequel le préfet de la Manche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ont été signées par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en ce qu'elle a été édictée après un examen à 360 degrés prévu à l'article 14 de la loi du 26 janvier 2024 alors que sa demande ne relevait pas de ce dispositif ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet a rejeté sa demande de titre de séjour " salarié " faute de visa long séjour " salarié " et autorisation de travail alors qu'il pouvait se prononcer sur la possibilité de lui délivrer un visa et une autorisation de travail ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance du droit à être entendu prévu à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- la décision portant interdiction de retour est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2025, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;

- l'arrêté du 13 mai 2024 fixant le périmètre géographique de l'expérimentation prévue à l'article 14 de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Macaud,

- les conclusions de Mme Remigy, rapporteure publique,

- et les observations de Me Bara Carré, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 15 juin 1998, a déclaré être entré sur le territoire français le 13 septembre 2023. Par décisions du 8 mars 2024 et du 29 juillet 2024, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. Par l'arrêté attaqué du 24 décembre 2024, le préfet de la Manche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé une interdiction de retour d'une durée de six mois.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. Par un arrêté du 1er septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 2023-87 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Manche a donné délégation à Mme Perrine Serre, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances, requêtes juridictionnelles et documents relevant des attributions de l'État dans le département de la Manche à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions relatives au séjour des étrangers en France et à leur éloignement. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

Sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée, qui rappelle les textes dont il a été fait application, mentionne les éléments de fait propres à la situation de M. B, en indiquant que sa demande d'asile a été rejetée, qu'il est marié à Sazila Momand qui n'est pas présente en France, que ses frères et sœurs résident en Afghanistan et qu'il a conclu plusieurs contrats de travail à durée déterminée sans être autorisé à travailler. Ainsi, la décision, qui n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait relatifs à la situation du requérant, énonce les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement du refus de séjour, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre le requérant en mesure de les discuter utilement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 14 de la loi du 26 janvier 2024 : " I. - A titre expérimental, lorsque l'autorité administrative envisage de refuser de délivrer ou de renouveler l'un des titres de séjour mentionnés aux chapitres Ier à III, aux sections 1 et 2 du chapitre V et au chapitre VI du titre II du livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle examine tous les motifs susceptibles de fonder la délivrance de ces titres de séjour. / Cette expérimentation est mise en œuvre dans au moins cinq départements et au plus dix départements déterminés par arrêté du ministre chargé de l'immigration () / II. - Pour l'application du I, le demandeur transmet, à l'appui de sa demande, l'ensemble des éléments justificatifs nécessaires à l'autorité administrative pour prendre une décision. / III. - A l'issue de la procédure d'examen, l'autorité administrative peut, parmi les titres de séjour mentionnés au premier alinéa du I, délivrer à l'intéressé, sous réserve de son accord, un titre de séjour différent de celui qui faisait l'objet de sa demande initiale. / IV. - Dans les cas où l'autorité administrative a opposé, moins d'un an auparavant, un refus d'admission au séjour examiné selon les modalités prévues aux I à III, elle déclare irrecevable toute nouvelle demande présentée par l'étranger. Le caractère abusif ou dilatoire de cette nouvelle demande est présumé, ce qui justifie le refus de l'enregistrer. Dans ces conditions, il appartient à l'étranger d'attester d'éléments de fait ou de droit nouveaux susceptibles de permettre la délivrance d'un titre de séjour. () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 13 mai 2024 visé ci-dessus : " Le périmètre géographique de l'expérimentation mise en œuvre en application de l'article 14 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée correspond aux départements suivants : / - Calvados ; / - Eure ;/ -Manche ; / - Orne ; / Seine-Maritime. ". En outre, pour la mise en œuvre de l'examen du droit au séjour des ressortissants étrangers dans le cadre de l'expérimentation prévue à l'article 14 de la loi du 26 janvier 2024, une convention de délégation de gestion a été signée, le 3 juillet 2024, par les préfets des cinq départements de Normandie, les préfets des départements du Calvados, de l'Eure, de l'Orne et de la Manche délégant au préfet de la Seine-Maritime la réalisation de prestations que la convention de gestion détaille.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile () " et aux termes de l'article L. 542-4 du même code : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français. Sous réserve des cas où l'autorité administrative envisage d'admettre l'étranger au séjour pour un autre motif, elle prend à son encontre, dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat, une obligation de quitter le territoire français sur le fondement et dans les conditions prévues au 4° de l'article L. 611-1. ".

6. Enfin, le chapitre IV du titre II du livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux titres de séjour accordés aux bénéficiaires d'une protection internationale. Ainsi, l'article L. 424-1 de ce code prévoit que l'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans, l'article L. 424-9 du même code que l'étranger qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " d'une durée maximale de quatre ans, l'article L. 424-18 disposant que l'étranger qui a obtenu le statut d'apatride en application du livre V se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " bénéficiaire du statut d'apatride " d'une durée maximale de quatre ans.

7. Il résulte des dispositions précitées au point 4 du présent jugement qu'à titre expérimental, dans les cinq départements de la région Normandie, lorsqu'un étranger demande la délivrance ou le renouvellement de l'un des titres de séjour mentionnés aux chapitres Ier à III, aux sections 1 et 2 du chapitre V et au chapitre VI du titre II du livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que l'autorité administrative envisage de rejeter sa demande, elle doit examiner tous les motifs susceptibles de fonder la délivrance de l'un de ces autres titres de séjour. À l'issue de la procédure d'examen, elle peut délivrer à l'étranger, sous réserve de son accord, un titre de séjour différent de celui initialement demandé. En cas de refus d'admission au séjour, l'autorité administrative déclare irrecevable toute nouvelle demande présentée par l'étranger avant l'expiration du délai d'un an, à charge pour l'étranger d'attester d'éléments de fait ou de droit nouveaux susceptibles de permettre la délivrance d'un titre de séjour.

8. Par ailleurs, si les dispositions de l'article 14 de la loi du 26 janvier 2024 ne concernent pas les demandes de titres de séjour accordés aux bénéficiaires d'une protection internationale, ces demandes ne relevant pas des chapitres Ier à III ni des sections 1 et 2 du chapitre V et ni du chapitre VI du titre II du livre IV du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aucune disposition législative ou règlementaire ne fait obstacle à ce que l'autorité administrative, après le rejet de la demande de protection opposé à l'étranger, examine si celui-ci est susceptible de se voir délivrer un autre titre de séjour que celui qu'il a sollicité. En revanche, lorsque l'autorité administrative procède à un tel examen en dehors des cas prévus par l'article 14 de la loi du 26 janvier 2024, elle ne saurait ensuite opposer à l'étranger qui présenterait une nouvelle demande avant l'expiration du délai d'un an l'irrecevabilité de cette demande.

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la demande de protection internationale formulée par M. B a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 8 mars 2024, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 29 juillet 2024, et qu'il ne pouvait, dès lors, conformément à l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, se maintenir sur le territoire français. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, le préfet de la Manche n'a commis aucune illégalité en procédant à un examen exhaustif du droit au séjour de M. B, après avoir invité ce dernier à produire tous éléments permettant à l'administration d'apprécier sa situation. En outre, si M. B fait valoir que, du fait de cet examen panoramique, il ne pourra déposer une nouvelle demande de titre de séjour avant l'expiration d'un délai d'un an, cette circonstance, au demeurant erronée ainsi qu'il a été dit au point précédent, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée qui ne déclare pas irrecevable sa demande de titre de séjour.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 14 de la loi du 26 janvier 2024 doit être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : () 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ". Enfin, aux termes de l'article R. 5221-17 de ce code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger. ".

12. Il est constant que M. B ne dispose d'aucun contrat de travail, ni d'autorisation de travail et qu'il n'a pas justifié que la société qui l'emploie aurait entrepris des démarches pour solliciter une autorisation de travail à son profit. Dans ces conditions, et alors même que le préfet est compétent pour se prononcer sur les demandes d'autorisation de travail, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Si M. B se prévaut de son insertion professionnelle, ses deux contrats de travail de très courte durée et une promesse d'embauche ne sauraient caractériser une telle insertion. En outre, la circonstance qu'il soit hébergé par un couple de Français et qu'il suit des cours de français ne saurait être regardée comme des circonstances exceptionnelles ou humanitaires au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, le préfet de la Manche n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation en ne procédant pas à sa régularisation.

14. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de titre de séjour.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. Si le requérant fait valoir que le préfet de la Manche n'a pas tenu compte de l'ensemble des documents qu'il a produits pour procéder à l'examen complet de sa situation, il ne précise pas quelle pièce n'aurait pas été examinée ni ne démontre pas en quoi ce défaut d'examen, au demeurant non établi, aurait eu une incidence sur le sens de la décision. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de son droit à être entendu et du défaut d'examen complet de sa situation doivent être écartés.

16. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

18. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire, le préfet peut assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français. La durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

19. M. B, qui est arrivé en France très récemment, en novembre 2023, ne justifie pas avoir développé un réseau amical en France ni être particulièrement intégré à la société française, son épouse ne demeurant, par ailleurs, pas en France. Dans ces conditions, le préfet de la Manche n'a pas commis d'erreur d'appréciation en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

20. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

21. M. B n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il encourt personnellement des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation l'arrêté du 24 décembre 2024 du préfet de la Manche. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à A B, à Me Hourmant et au préfet de la Manche.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Délibéré après l'audience du 6 mai 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Ducos de Saint Barthélémy de Gélas, première conseillère,

- M. Rivière, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2025.

La présidente-rapporteure,

SIGNÉ

A. MACAUD

L'assesseure la plus ancienne,

SIGNÉ

C. DUCOS DE SAINT BARTHELEMY DE GELAS

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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