lundi 3 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2500217 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Autres délais-Etrangers-3 |
| Avocat requérant | HOURMANT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 et 31 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Hourmant, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2025 par lequel le préfet de l'Orne a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il n'a pas été précédé d'un examen complet de sa situation ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle est motivée par une prétendue menace à l'ordre public et non comme étant prise en exécution d'une peine d'interdiction définitive du territoire français ; en outre, il a demandé le relèvement de cette mesure ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par deux mémoires, enregistré les 29 et 31 janvier 2025, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est tardive, le délai de recours ayant expiré le 22 janvier 2025 à 23h59 ;
- l'autorité administrative est en situation de compétence liée pour éloigner le requérant en application de la peine d'interdiction définitive du territoire dont il fait l'objet ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code pénal ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Macaud,
- et les observations de Me Hourmant, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle :
1. En raison de l'urgence à statuer, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la requête de M. B :
2. Aux termes des dispositions de l'article R. 721-3-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger est détenu, la décision fixant le pays de renvoi visant à exécuter une peine d'interdiction du territoire français peut être contestée selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. ". Aux termes de l'article L. 921-1 du même code :
" Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l'article L. 921-4, il statue dans un délai de quinze jours à compter de l'introduction du recours. ".
3. M. B, ressortissant saint-lucien né le 31 octobre 1991 et actuellement incarcéré au centre pénitentiaire de Condé-sur-Sarthe, fait l'objet d'une interdiction définitive du territoire national prononcée par la cour d'appel de Bourges le 4 mars 2021. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué du 15 janvier 2025, fixant le pays à destination duquel
M. B pourra être reconduit pour l'exécution de la peine d'interdiction du territoire français, a été notifié à l'intéressé le même jour. En application des dispositions précitées de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. B pouvait saisir le tribunal pour contester cette décision jusqu'au 22 janvier 2025 inclus. Sa requête ayant été enregistrée le 24 janvier 2025, soit au-delà du délai de sept jours qui lui était imparti, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 janvier 2025 sont irrecevables du fait de leur tardiveté.
4. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas recevable à demander l'annulation de l'arrêté du 15 janvier 2025 par lequel le préfet de l'Orne a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions de Me Hourmant relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Hourmant et au préfet de l'Orne.
Copie en sera adressée au bureau de l'aide juridictionnelle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2025.
La magistrate désignée,
Signé
A. MACAUD La greffière,
Signé
E. BLOYET
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. Bloyet
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