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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2500352

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2500352

lundi 17 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2500352
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationAutres délais-Etrangers-3
Avocat requérantCHANUT AVOCATS ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 7 février 2025, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Rennes a transmis au tribunal administratif de Caen la requête de M. D C qui demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2025 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire sans délai à destination de tout pays dans lequel il serait légalement admissible et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un mémoire enregistré le 10 février 2025, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête et s'en rapporte au mémoire qu'il a produit devant le tribunal administratif de Rennes.

Il soutient que :

- la requête, qui ne contient aucun moyen de droit, est irrecevable ;

- la décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 14 février 2025, M. C, représenté par Me Saint-Léger, conclut aux mêmes fins que la requête et demande au tribunal d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa situation et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il contribue à l'entretien et à l'éducation de sa fille ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions portant interdiction de retour, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant assignation à résidence sont illégales du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 17 février 2025, ont été entendus :

- le rapport de Mme Macaud ;

- les observations de Me Saint-Léger, représentant M. C également présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, en insistant sur le fait qu'il contribue effectivement à l'entretien et l'éducation de sa fille.

Après avoir constaté que le préfet du Calvados n'était ni présent, ni représenté, la clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article

R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant tunisien né le 19 mai 1995, a déclaré être entré sur le territoire français en 2022. Il a sollicité une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " le 1er juin 2024 en sa qualité de parent d'enfant français, demande qui a été clôturée le 6 septembre 2024 faute d'avoir fourni les documents réclamés par l'administration. Le

28 janvier 2025, il a fait l'objet d'une garde à vue pour des faits de violence suivis d'incapacité supérieure à huit jours, en présence d'un mineur, commis en mai 2023, et des faits de violence sans incapacité commis en avril 2024 sur son ex-conjointe. A l'issue de sa garde à vue, le préfet du Calvados a pris un arrêté l'obligeant à quitter le territoire sans délai à destination de tout pays dans lequel il serait légalement admissible et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du 1er février 2025, le préfet du Calvados a décidé d'assigner M. C à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours dans le département du Calvados. M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2025.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence à statuer, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la requête de M. C :

3. En premier lieu, par un arrêté du 11 septembre 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2024-269 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme H G, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement et signataire du présent arrêté, dans la limite des attributions du bureau du séjour, pour signer notamment les obligations de quitter le territoire français, les décisions refusant ou octroyant un délai de départ volontaire, les décisions désignant le pays de destination et les interdictions de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision en litige doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.

5. Il est constant que M. C est père d'une enfant, née le 15 mars 2024, de sa relation avec une ressortissante française, Mme F E, dont il est séparé. Il ressort du jugement du 6 décembre 2024 du juge aux affaires familiales que l'autorité parentale est exercée conjointement par les parents, que la résidence de l'enfant a été fixée au domicile maternel, que M. C n'avait vu sa fille qu'une fois depuis l'ordonnance de protection du 18 juin 2024, que, compte tenu du bas âge de l'enfant et du fait que M C ne s'est jamais occupé seul de l'enfant, un droit de visite et d'hébergement progressif a été fixé en lieu neutre pour une période de six mois, à raison de deux fois par mois pour une durée de deux heures, ce droit évoluant selon les modalités définies par le jugement, et qu'une pension alimentaire de 100 euros par mois a été mise à la charge de M. C, qui n'a pas justifié de ses revenus ou absence de revenus ni de ses charges. Pour justifier du respect du versement de la pension alimentaire, M. C produit trois attestations de virement, pour des montants de 110 euros en date du 27 novembre 2024, 63 euros en date du 29 novembre 2024 et 100 euros en date du 10 février 2025. Outre que M. C ne justifie pas avoir effectué de virement pour les mois de décembre 2024 et janvier 2025, la bénéficiaire des trois virements précités est Mme F A et non Mme E, mère de sa fille. En outre, si le requérant fait valoir qu'il produit de nombreuses factures attestant de ce qu'il contribue à l'entretien de sa fille, il ressort des pièces du dossier que la plupart des factures a été produite en plusieurs exemplaires. Au demeurant, les cinq factures émises par des pharmacies, les 16 avril 2024, 22 avril 2024, 8 mai 2024 et 11 juin 2024, pour l'achat de couches et lait infantile ainsi que les trois factures des 18 avril 2024, 8 mai 2024 et 11 juin 2024, d'un montant respectif de 46,83 euros, 42,73 euros et 39,91 euros, ne sauraient suffire pour affirmer que M. C contribue effectivement à l'entretien et l'éducation de sa fille depuis sa naissance. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le requérant pouvait bénéficier d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui serait entré en France en 2022 selon ses allégations, a vécu en Italie avec son père et son frère dans le cadre d'un regroupement familial et sous couvert d'un titre de séjour italien, M. C ayant également déclaré, lors de son audition, avoir fait des allers-retours entre l'Italie et la Tunisie, où réside sa mère. En outre, il ressort du procès-verbal de son audition que M. C a accepté être reconduit en Italie s'il ne pouvait rester en France et ce, afin de respecter la loi, M. C précisant qu'il retournerait chez son père. De plus, l'intéressé, qui est arrivé récemment en France, ne justifie pas d'une intégration professionnelle ou sociale particulière en France, M. C ayant d'ailleurs précisé, au cours de son audition, qu'il n'avait pas de revenu et que ses ressources provenaient de son père et de son frère. Enfin, et ainsi qu'il a été dit précédemment, M. C est séparé de la mère de sa fille, née en mars 2024, et ne justifie pas participer à son entretien et son éducation. Dans ces conditions, le préfet du Calvados n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

8. La décision obligeant M. C à quitter le territoire n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant assignation à résidence seraient illégales du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de

non-recevoir opposée par le préfet du Calvados, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 janvier 2025 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire sans délai à destination de tout pays dans lequel il serait légalement admissible et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles de Me Saint-Léger relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. D C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Saint-Léger et au préfet du Calvados.

Copie en sera adressée, pour information, au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2025.

La magistrate désignée,

signé

A. MACAUD La greffière,

signé

N. BELLA

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

B. Bénis

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