jeudi 27 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2500369 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Autres délais-Etrangers-3 |
| Avocat requérant | CABINET LECHEVREL |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 9 février 2025, le magistrat désigné du tribunal administratif d'Orléans a transmis au tribunal administratif de Caen la requête et les mémoires complémentaires de M. D E B, enregistrés le 31 janvier 2025 et les
1er et 3 février 2025. M. B, représenté par Me Lechevrel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 janvier 2025 par lequel le préfet du Calvados l'oblige à quitter le territoire sans délai en fixant le pays de destination et lui interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de procéder à l'effacement du signalement dont il fait l'objet au sein du système d'information Schengen.
M. B soutient que :
- il appartient à l'administration de justifier de la compétence de la signataire de l'arrêté attaqué ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi et la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire sont illégales du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;
- la décision interdisant le retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de celle refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire, enregistré le 14 février 2025, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Macaud.
La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. D E B, ressortissant algérien né le 6 avril 1983, est, selon ses déclarations, entré régulièrement en France le 28 février 2020. Après son interpellation, le
29 mai 2020, par les services de la police de Caen pour des faits de dégradation de biens privés en réunion, le préfet du Calvados a décidé, par un arrêté du même jour, de l'obliger à quitter le territoire français sans délai avec une interdiction de retour d'une durée de deux ans. Par un arrêté du 19 juin 2020, le préfet du Calvados l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. Le 29 octobre 2020, M. B s'est présenté au guichet unique de la préfecture du Calvados pour demander l'asile. Les contrôles effectués sur la borne Eurodac ayant révélé qu'il avait été identifié par les autorités espagnoles, celles-ci ont été sollicitées pour sa reprise en charge. Par un arrêté du 5 novembre 2020, notifié à l'intéressé le 19 novembre suivant, le préfet du Calvados a ordonné son transfert aux autorités espagnoles. Le 9 février 2021, M. B, qui ne s'était pas présenté à deux convocations en vue de son transfert, a été déclaré en fuite et le délai de son transfert a été prolongé jusqu'au 4 mai 2022. M. B a été interpellé, le 18 mai 2021, par les services de police pour des faits de violences aggravées. Il a été placé le même jour en rétention administrative en vue de son transfert en Espagne puis a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours par arrêté préfectoral du 20 mai 2021. M. B a été convoqué le
16 juin 2021 pour son transfert mais ne s'est pas présenté à cette convocation. Il a été placé en rétention administrative le 2 juillet 2021 puis, une nouvelle fois, le 25 juillet 2021 après son interpellation pour des faits de vol en réunion le 24 juillet 2021. M. B n'ayant pas respecté la mesure d'éloignement et l'assignation à résidence, il a de nouveau été placé en rétention administrative le 22 mars 2022 puis assigné à résidence par arrêté du 24 mars 2022. Son transfert vers l'Espagne n'ayant pu être réalisé dans les délais, les autorités françaises sont devenues responsables de l'examen de sa demande d'asile le 28 décembre 2022. La demande d'asile de
M. B a ensuite été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 20 mars 2023, notifiée le 4 avril 2023. Le 16 mai 2023, après la garde à vue de M. B pour des faits de violences aggravées par trois circonstances, le préfet du Calvados a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour d'un an. M. B a été placé en centre de rétention administrative puis assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours par arrêté du 19 mai 2023. Par un jugement du 4 août 2023, le tribunal de céans a confirmé la légalité de l'arrêté du 16 mai 2023 et rejeté la requête de M. B. Le 29 janvier 2025, M. B a fait l'objet d'une garde à vue pour des faits de recel et escroquerie. Par l'arrêté attaqué du 30 janvier 2025, le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire sans délai, en fixant le pays de destination, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :
2. Par un arrêté du 11 septembre 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2024-269 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme C A, cheffe du bureau de l'asile et de l'éloignement et signataire du présent arrêté, dans la limite des attributions du bureau du séjour, pour signer notamment les obligations de quitter le territoire français, les décisions refusant ou octroyant un délai de départ volontaire, les décisions désignant le pays de destination et les interdictions de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté du 30 janvier 2025 doit, par suite, être écarté.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire :
3. En premier lieu, si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a, au cours de son audition le 16 mai 2023 par les services de police, été interrogé notamment sur sa situation personnelle et familiale et l'irrégularité de son séjour et a été invité à présenter des observations sur le prononcé éventuel d'une mesure d'éloignement. Au cours de cette audition, M. B a, notamment, indiqué qu'il avait trois filles, dont une mineure résidant en France sous la responsabilité du département du Calvados, et qu'il était dépendant à l'alcool. Il ressort également du procès-verbal de l'audition qu'il a été expressément demandé à son conseil si elle avait des observations à remettre ou des questions à formuler. Il est en outre constant que M. B a également été auditionné par les services de police le 29 janvier 2025, l'intéressé ne faisant, par ailleurs, état d'aucune circonstance qu'il n'aurait pas été en mesure de communiquer aux agents de police au cours de cette audition. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation de son droit d'être entendu doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise les textes dont il a été fait application, rappelle, notamment, la situation administrative de
M. B, les mesures dont il a fait l'objet concernant son séjour en France, l'irrégularité de son séjour depuis la décision du 20 mars 2023 rejetant sa demande d'asile, sa situation personnelle et familiale et le fait qu'il est défavorablement connu des services de police. La décision attaquée, qui mentionne les considérations de droit et de fait qui la fondent, est suffisamment motivée.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2 - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé et de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. M. B, qui fait valoir qu'il a une fille mineure qui réside en France et qu'il est suivi pour ses addictions à Caen, a déclaré être entré en France en 2020, à l'âge de trente-sept ans, être divorcé, sans domicile fixe, sans ressource, et avoir deux filles, âgées de neuf et douze ans, qui ne sont pas à sa charge et qui résident en Algérie, et une fille âgée de deux ans, placée à l'aide sociale à l'enfance dans le département du Calvados. Il ressort également du procès-verbal de son audition du 16 mai 2023 que M. B a déclaré ne pas avoir vu sa plus jeune fille depuis presque deux ans et ne pas participer à son entretien puisqu'il ne travaille pas. Au demeurant, M. B ne produit aucun élément de nature à établir qu'il serait père d'une enfant résidant en France. Enfin, il ressort de ses déclarations que M. B, qui n'est pas intégré socialement en France, n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie où résident ses parents et deux de ses filles. Dans ces conditions, le préfet du Calvados, en obligeant M. B à quitter le territoire français, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni à l'intérêt supérieur de sa plus jeune fille. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet du Calvados aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation de M. B.
8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le pays de renvoi et la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision obligeant M. B à quitter le territoire doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () " et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
11. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, en particulier que M. B ne justifie pas de l'intensité et de la réalité de ses liens personnels et familiaux sur le territoire français, ni avec son enfant français, qu'il n'est pas en mesure de justifier contribuer à son entretien et à son éducation, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, qu'il n'a pas exécuté des mesures d'éloignement de mai 2020 et 2023 et qu'il a fait obstruction à son transfert aux autorités espagnoles. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit, dès lors, être écarté.
12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 8 et 9 que le moyen tiré de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire doit être écarté.
13. En dernier lieu, contrairement à ce qu'il soutient, M. B ne justifie aucunement avoir tissé des liens stables et intenses sur le territoire français, ni qu'il aurait une fille de deux ans résidant sur le territoire, le requérant ayant, par ailleurs, déclaré, le 16 mai 2023, ne pas avoir vu sa fille depuis presque deux ans. En outre, il est constant que ses parents et deux de ses filles résident en Algérie, son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet du Calvados n'a pas commis d'erreur d'appréciation en interdisant à M. B le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
14. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Calvados du 30 janvier 2025. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E B, à Me Lechevrel et au préfet du Calvados.
Copie en sera adressée au bureau de l'aide juridictionnelle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.
La magistrate désignée,
signé
A. MACAUD La greffière,
signé
N. BELLA
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. Bloyet
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026