vendredi 11 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2501991 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Autres délais-Etrangers-3 |
| Avocat requérant | CHANUT AVOCATS ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 juin et 9 juillet 2025, M. A B, représenté par Me Saint Léger, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2025 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2025 par lequel le préfet du Calvados l'a assigné à résidence dans le département du Calvados pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que les décisions attaquées mentionnent qu'il dispose d'un délai d'un mois pour exercer un recours contentieux à leur encontre ;
- il appartient à l'administration de justifier de la compétence de la signataire des arrêtés attaqués ;
- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut d'examen complet de sa situation et d'une erreur de fait ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- les décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'assignant à résidence sont illégales du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2025, le préfet du Calvados conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, subsidiairement à son rejet.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Sénécal, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 922-1 à L. 922-3 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 juillet 2025 en présence de Mme Bella, greffière ;
- le rapport de Mme Sénécal, magistrate désignée ;
- les observations de Me Saint Léger, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, en insistant sur la recevabilité de la requête, l'erreur d'appréciation commise par le préfet s'agissant de la menace pour l'ordre public et de l'absence de demande de renouvellement du titre de séjour ; M. B est inconnu des services de police ; les faits pour lesquels il a été interpellé concernent une dispute avec sa nouvelle compagne ; il n'a pas fait l'objet d'une condamnation pénale ; il est convoqué au mois de décembre en vue d'une mesure alternative aux poursuites pénales ;
- et les observations de M. B qui précise vouloir être présent pour sa fille.
Le préfet du Calvados n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant brésilien, né le 12 mars 1992, est entré régulièrement sur le territoire français le 30 octobre 2019, muni d'un visa long séjour portant la mention " conjoint de français ". Il a été en possession d'une carte de séjour pluriannuelle sur ce fondement, valable du 13 juillet 2021 au 12 juillet 2023. Le 27 mai 2025, il a été interpellé et placé en garde à vue par la gendarmerie de Lisieux pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte de solidarité. Par un arrêté du 27 mai 2025, le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet du Calvados l'a assigné à résidence dans le département du Calvados pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande au tribunal d'annuler ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté du recours :
2. Aux termes de l'article L. 614-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 614-1, lorsque l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 731-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1 () ". Aux termes de l'article L. 732-8 de ce code : " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1° (.) de l'article L. 731-1 peut être contestée selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. Elle peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle accompagne () ". Aux termes de l'article L. 921-1 du même code : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l'article L. 921-4, il statue dans un délai de quinze jours à compter de l'introduction du recours ".
3. Lorsque les mentions relatives au délai de recours contre une décision administrative figurant dans la notification de cette décision sont erronées, elles doivent être regardées comme seules opposables au destinataire de la décision lorsqu'elles conduisent à indiquer un délai plus long que celui qui résulterait des dispositions normalement applicables.
4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué faisant obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai comporte la mention erronée du délai de recours contentieux applicable, dès lors qu'il est indiqué qu'il peut faire l'objet d'un recours contentieux devant le tribunal administratif dans un délai d'un mois, en lieu et place du délai de sept jours découlant de la combinaison des dispositions des articles L. 614-2 et L. 921-1du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le délai de recours d'un mois doit être regardé comme étant seul opposable au requérant. Il est constant que l'arrêté attaqué a été notifié à M. B le 27 mai 2025. La requête ayant été enregistrée le 26 juin 2025, avant l'expiration du délai de recours contentieux de trente jours précité, la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Calvados tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.
En ce qui concerne les décisions attaquées :
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'acte de naissance dressé le 24 juin 2025, que le requérant est le père d'un enfant français né le 27 avril 2025, qu'il est marié avec une ressortissante française et que des démarches de divorce sont en cours. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'il réside habituellement en France depuis octobre 2019, qu'il parle couramment français, qu'il est le gérant de deux commerces et qu'il est investi dans la vie locale de la commune de Livarot. Si la décision attaquée se fonde notamment sur le comportement de l'intéressé, que le préfet du Calvados a estimé constitutif d'une menace pour l'ordre public dès lors qu'il a été interpellé et placé en garde à vue par la gendarmerie de Lisieux pour des faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte de solidarité, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces faits aient donné lieu à une condamnation judiciaire ni que son comportement caractérise, à la date de la décision attaquée, une menace réelle et actuelle pour l'ordre public. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.
7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 mai 2025 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour par lesquelles le préfet a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans le département du Calvados pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement n'implique pas les mesures d'injonction sollicitées par le requérant. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 27 mai 2025 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulée.
Article 2 : L'arrêté du 27 mai 2025 assignant M. B à résidence dans le département du Calvados pour une durée de quarante-cinq jours est annulée.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Calvados.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2025.
La magistrate désignée,
signé
I. SENECAL
La greffière,
signé
N. BELLA
La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
E. BLOYET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026