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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2502036

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2502036

mardi 15 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2502036
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCAVELIER

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du 3 mai 2025 par laquelle le préfet du Calvados a clôturé la demande de titre de séjour de Mme A, ressortissante ouzbèke. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la clôture du dossier faisait suite à l'absence de production de pièces nécessaires à l'instruction, malgré une demande de complément, et que la requérante ne justifiait pas d'une situation d'urgence particulière. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 521-1 du code de justice administrative et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 juin et 9 juillet 2025, Mme B A, représentée par Me Cavelier, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 3 mai 2025 par laquelle le préfet du Calvados a clôturé sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa demande de carte de résident et de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travailler ou une attestation de prolongation d'instruction, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la décision attaquée, qui a pour effet de bloquer son compte ANEF, l'empêche de transmettre des justificatifs et de déposer une nouvelle demande ;

- la pièce demandée, un acte de naissance de moins de trois mois de sa fille, n'est pas une pièce qui doit être obligatoirement communiquée ;

- elle est âgée de 79 ans et peut prétendre à un récépissé ou à une attestation de prolongation d'instruction.

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la décision attaquée ne permet pas d'identifier son auteur, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est revenue en France le 11 octobre 2024 munie d'un visa de long séjour " vie privée et familiale " ; elle n'a pas réussi à transmettre via son compte ANEF la copie scannée de son contrat d'engagement à respecter les principes de la République française, qu'elle a fait parvenir par l'intermédiaire de son conseil par un courrier reçu le 8 avril 2025 ; l'acte de naissance demandé a déjà été déposé lors de sa demande de titre de séjour ; elle a obtenu l'acte de naissance de sa fille après la clôture de son dossier ;

- l'appréciation de la qualité des documents produits relève de l'instruction du dossier et non pas du caractère complet de la demande ;

- dès lors, la décision attaquée est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2025, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requérante n'a pas fourni les pièces sollicitées par courriel du 2 avril 2025, qui étaient nécessaires à l'instruction de sa demande ; la requête n'est pas recevable contre un refus d'enregistrement pour caractère incomplet du dossier ;

- la situation d'urgence invoquée tient au fait que la requérante n'a pas produit l'ensemble des pièces requises pour sa demande de titre de séjour ;

- la requérante n'a pas transmis, malgré la demande de compléments du 2 avril 2025, les justificatifs du lien avec sa fille et de la situation de cette dernière, une attestation d'isolement valide, des documents récents justifiant de versements de l'accueillant français, une déclaration selon laquelle elle n'a pas d'autres enfants susceptibles de l'accueillir dans son pays d'origine, et une attestation de prise en charge par son accueillant ;

- les document transmis par Mme A étaient en partie irrecevables en raison de l'absence de traduction, de leur ancienneté et de l'absence de caractère probant de certaines attestations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 30 juin 2025 sous le n° 2502035 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision du 3 mai 2025 du préfet du Calvados prononçant la clôture de sa demande de titre de séjour.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Legrand, greffière d'audience, M. C a lu son rapport et entendu les observations :

- de Me Cavelier, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Il précise que Mme A, qui est hébergée chez sa fille unique, ne peut pas produire de justificatifs relatifs à des versements.

Le préfet du Calvados n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante d'Ouzbékistan, a déposé le 23 novembre 2024, via la plateforme de l'Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), une demande de carte de résident sur le fondement de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité d'étranger ascendant à charge. La requérante demande la suspension de l'exécution de la décision du 3 mai 2025 du préfet du Calvados prononçant la clôture de sa demande de titre de séjour.

Sur la fin non-recevoir soulevée par le préfet :

2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". L'article R. 431-11 du même code prévoit : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code / En cas de demande incomplète, les pièces justificatives et les informations manquantes doivent être demandées par l'administration et transmises par l'étranger dans un délai raisonnable. ". Par ailleurs, en vertu de l'article R.* 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé par l'autorité préfectorale sur les demandes de titre de séjour vaut décision implicite de rejet. Selon le premier alinéa de l'article R. 432-2 dudit code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ".

3. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour ou de clôturer une demande en raison du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 de ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.

4. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 2 avril 2025 adressé via le site de l'ANEF, le service instructeur indique que Mme A a " transmis une attestation non valide de [ses] voisins au pays, sans pièce d'identité " et l'a invitée à fournir notamment une attestation de consulat concernant son isolement. Il ressort de la lecture de ce courriel que les services de la préfecture, qui se prononcent sur la force probante des justificatifs transmis, ont commencé à instruire le dossier de demande d'admission au séjour de Mme A, confirmant ainsi que l'absence de certaines des pièces demandées ne rendait pas impossible l'instruction du dossier. Dans ces conditions, le préfet du Calvados doit être regardé en l'espèce, non pas comme ayant clôturé la demande, mais comme ayant émis une appréciation sur le droit au séjour de Mme A. Par suite, la décision en litige constitue un refus de délivrance de titre de séjour et la fin de non-recevoir sera écartée.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la condition d'urgence :

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé.

7. La requérante expose qu'elle est âgée de 79 ans, que sa fille unique vit en France et qu'à la suite d'un premier classement sans suite de sa demande d'admission au séjour, elle est retournée en Ouzbékistan où elle a obtenu le 30 septembre 2024 des autorités consulaires françaises un visa de long séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Elle soutient, sans que cela soit contesté, que la décision attaquée, qui a pour effet de bloquer son compte ANEF, l'empêche de transmettre les justificatifs complémentaires demandés. Ainsi, et compte tenu du délai écoulé depuis le dépôt de sa demande de carte de résident, Mme A justifie d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale et donc, de l'urgence qui s'attache à ce que soit prononcée une mesure en référé sans attendre le jugement au fond.

En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

8. Aux termes de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, parent à charge d'un français et de son conjoint, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour. ".

9. Il résulte de l'instruction que Mme A, qui est entrée en France le 11 octobre 2024 munie d'un visa de long séjour portant la mention " vie privée et familiale ", est hébergée à titre gratuit chez sa fille de nationalité française qui est mariée à un ressortissant français. Compte tenu de ces éléments, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées est, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision prononçant la clôture de la demande de carte de résident de Mme A.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de délivrer à Mme A un récépissé de demande de titre de séjour ou une autorisation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige. Il n'y pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme A de la somme de 600 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 3 mai 2025 du préfet du Calvados prononçant la clôture de la demande de carte de résident de Mme A, est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Calvados de délivrer à Mme A un récépissé de demande de titre de séjour ou une autorisation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 600 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Calvados.

Fait à Caen, le 15 juillet 2025.

Le juge des référés,

Signé

F. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. Bloyet

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