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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-1801208

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-1801208

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-1801208
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPERREIMOND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 19 novembre 2018, le 2 décembre 2021, le 2 février 2022 et le 11 février 2022, M. E G, représenté par Me Perreimond, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Bastia à lui verser la somme de 72 257,17 euros en réparation du préjudice qu'il lui a causé à la suite d'une prise en charge inadaptée d'une blessure à un doigt qui a entraîné son amputation ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Bastia la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- ainsi qu'il résulte de l'expertise judiciaire, la responsabilité pour faute de l'hôpital est engagée à hauteur de 80 %, à raison de la prise en charge inadaptée par le service des urgences, le 10 mars 2017, d'une blessure à un doigt qui a entraîné son amputation ;

- le préjudice qu'il a subi à la suite de cette faute s'élève à 43,70 euros s'agissant des dépenses de santé, 2 065,46 euros concernant les frais d'assistance à l'expertise et de déplacement à cette expertise, 3 120 euros au titre des frais d'expertise et de médiation, 422,40 euros s'agissant de l'assistance par tierce personne, 16 678,83 euros concernant les pertes de gains professionnels actuels, 24 000 euros au titre de l'incidence professionnelle, 1 206,78 euros s'agissant du déficit fonctionnel temporaire, 5 600 euros concernant les souffrances endurées, 2 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 9 520 euros s'agissant du déficit fonctionnel permanent, 4 800 euros concernant le préjudice d'agrément et 2 800 euros au titre du préjudice esthétique permanent ; le poste de pertes de gains professionnels futurs doit être réservé, en l'absence de reprise d'une activité professionnelle.

Par des mémoires enregistrés le 14 décembre 2021 et le 7 janvier 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Haute-Corse demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Bastia à lui verser la somme de 19 500,92 euros, correspondant aux prestations versées à la victime, sous réserve d'autres paiement non encore connus, avec intérêts de droit à compter du jugement et de le condamner à lui payer la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Elle soutient qu'elle a versé, à hauteur des sommes demandées, des prestations à la suite des faits objet du litige.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 6 janvier 2022, le 7 février 2022 et le 17 février 2022, le centre hospitalier de Bastia conclut à ce que le montant de l'indemnisation soit réduit à 50 % du fait de la perte de chance d'éviter l'amputation du doigt de la victime et, s'agissant de la CPAM de la Haute-Corse, à titre principal, au rejet de la demande et, à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation de ses débours se limite à 50 %.

Il soutient que :

- l'indemnisation du requérant ne saurait excéder 50 % du préjudice, le retard de prise en charge du patient ne lui étant pas uniquement imputable et l'expertise judiciaire n'ayant pas pris en compte la consultation par la victime, le jour de son accident, d'un autre médecin ;

- la demande de la CPAM est irrecevable, son signataire ne justifiant pas d'une délégation de signature ;

Vu :

- l'ordonnance n° 1801209 du 27 mai 2019 par laquelle le juge des référés du tribunal a désigné le docteur C en qualité d'expert ;

- l'ordonnance du 31 octobre 2019 par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les frais de la première expertise à la somme de 2 400 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller,

- les conclusions de M. Timothée Gallaud, rapporteur public,

- et les observations de Me Perreimond, représentant M. G, et de Me Gasquet-Seatelli substituant Me Seatelli représentant le centre hospitalier de Bastia.

La requête a été communiquée à l'Etablissement national d'invalides de la marine qui n'a pas présenté d'observation.

Considérant ce qui suit :

1. Le 10 mars 2017, M. G a été admis au service des urgences du centre hospitalier de Bastia à la suite d'un accident de travail ayant entraîné une blessure à l'index droit. Suite à l'aggravation de l'état de ce doigt, une amputation a dû être réalisée le 23 mars 2017. M. G a présenté une réclamation préalable devant le centre hospitalier de Bastia le 20 juillet 2017 qui n'y a pas donné suite. M. G a demandé au juge des référés du tribunal d'ordonner une expertise. Par l'ordonnance susvisée du 27 mai 2019, le docteur C a été désigné en qualité d'expert. Il a rendu son rapport le 31 octobre 2019. Dans ses dernières écritures, M. G demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Bastia à lui verser la somme de 72 257,17 euros en réparation des conséquences dommageables de sa prise en charge par cet hôpital. Enfin, la CPAM de la Haute-Corse demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Bastia, d'une part, à lui verser la somme de 19 500,92 euros avec intérêts à la date de notification du présent jugement, correspondant aux indemnités allouées à la victime et, d'autre part, à lui payer la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur la fin de non-recevoir opposées par le centre hospitalier :

2. Aux termes de l'article L. 122-1 du code de la sécurité sociale : " Tout organisme de sécurité sociale est tenu d'avoir un directeur général ou un directeur et un directeur comptable et financier. / () / Le directeur général ou le directeur décide des actions en justice à intenter au nom de l'organisme dans les matières concernant les rapports dudit organisme avec les bénéficiaires des prestations, les cotisants, les producteurs de biens et services médicaux et les établissements de santé, ainsi qu'avec son personnel, à l'exception du directeur général ou du directeur lui-même. Dans les autres matières, il peut recevoir délégation permanente du conseil ou du conseil d'administration pour agir en justice. Il informe périodiquement le conseil ou le conseil d'administration des actions qu'il a engagées, de leur déroulement et de leurs suites. / Le directeur général ou le directeur représente l'organisme en justice et dans tous les actes de la vie civile. Il peut donner mandat à cet effet à certains agents de son organisme ou à un agent d'un autre organisme de sécurité sociale () ".

3. Il résulte de l'instruction que Mme D B, qui a signé le mémoire de la CPAM de la Haute-Corse, enregistré par le greffe le 7 janvier 2022, bénéficie d'une délégation de signature du directeur de cette caisse, en date du 3 janvier 2022, pour adresser des mémoires et le représenter devant le tribunal administratif. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut de qualité pour agir doit être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires de M. G :

En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier de Bastia :

4. L'article L. 1142-1 du code de la santé publique dispose que : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

5. Il résulte de l'instruction, notamment de l'expertise judiciaire réalisée par le docteur C et n'est pas contesté en défense, que lors de son admission au service des urgences du centre hospitalier de Bastia, le 10 mars 2017, à la suite de la blessure accidentelle à l'index droit subie par M. G consécutivement à une injection d'huile sous pression, le praticien hospitalier s'est borné à suturer la plaie sans assurer préalablement un nettoyage suffisant de celle-ci. Un tel manquement est constitutif d'une faute médicale qui engage la responsabilité pour faute de ce centre hospitalier.

En ce qui concerne le lien de causalité :

6. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou du traitement d'un patient a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé, n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

7. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire, que la faute médicale citée au point 5 a fait perdre à la victime une chance d'éviter une amputation de son doigt réalisée le 23 mars 2017. Le centre hospitalier de Bastia soutient qu'eu égard au délai et aux consultations médicales qui ont séparé les soins pratiqués sur M. G le jour de l'accident et l'amputation de son doigt 13 jours plus tard, le taux de cette perte de chance ne saurait dépasser 50 %. Toutefois, il n'est ni établi ni même allégué que lors des consultations médicales auprès du médecin traitant de la victime et du docteur A, chirurgien de la main à la clinique Maymard à Bastia, au sein de laquelle l'amputation a été réalisée, des manquements auraient été commis qui auraient eu pour incidence de différer et donc d'aggraver la perte de chance subie par l'intéressé. En outre, contrairement à ce que le centre hospitalier soutient, le dossier dont l'expert judiciaire disposait comportait bien une lettre du docteur F, médecin traitant, adressée le 27 mars 2017 à un confrère qui met également en évidence les manquements commis par le centre hospitalier de Bastia lors de la prise en charge de M. G le jour de l'accident. Enfin, la circonstance que cette lettre ne précise pas le nom de son destinataire ne permet pas d'établir qu'elle était adressée à un médecin, que la victime aurait consulté, autre que celui du service des urgences de cet hôpital. Il s'ensuit qu'il convient de fixer le taux de perte de chance d'éviter l'amputation du doigt de la victime à 80 %.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

8. En application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, saisi d'un recours de la victime d'un dommage corporel et d'un recours subrogatoire d'un organisme de sécurité sociale, le juge doit, pour chacun des postes de préjudices patrimoniaux et personnels, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient ensuite de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, lorsque c'est le cas, de ce que le tiers n'est déclaré responsable que d'une partie des conséquences dommageables de l'accident, la somme que ce dernier doit réparer au titre d'un poste de préjudice devant être attribuée par préférence à la victime, le solde étant, le cas échéant, attribué aux tiers subrogés.

9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, d'une part, avant la date de consolidation de l'état de santé de M. G fixée par l'expert au 31 mars 2019, des frais médicaux, pharmaceutiques et d'hospitalisation ont été supportés par l'organisme de sécurité sociale auquel l'intéressé est affilié, pour un montant de 1 666,31 euros. D'autre part, M. G a, nonobstant les dispositions de l'article L. 431-1 du code de la sécurité sociale relatives à la prise en charge des frais médicaux par la sécurité sociale, exposé des dépenses de soins qui sont restées à sa charge, lors de ses consultations à la clinique Maymard de Bastia, les 15, 16 et 23 mars 2017, pour un montant total de 54,63 euros. Par suite, le montant total de ce chef de préjudice s'élève à 1 720,94 euros avant application du taux de perte de chance. Dès lors, il y a lieu de mettre une somme de 54,63 euros à la charge du centre hospitalier, au titre des dépenses de santé actuelles exposées par la victime, tandis que le solde, de 1 322,12 euros, après application du taux de perte de chance fixé au point 7, doit être versé à la CPAM de la Haute-Corse.

10. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire, que M. G a eu besoin d'une aide par une tierce personne à hauteur de trois heures par jour du 11 au 15 mars 2017, puis du 17 au 22 mars 2017 (11 jours) à domicile en les évaluant, selon un taux moyen horaire de 18,06 euros, compte tenu du salaire minimum interprofessionnel de croissance horaire brut augmenté des charges sociales, à 476,78 euros, eu égard au taux de perte de chance retenu au point 7.

11. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, notamment des fiches de paie de la victime et de l'attestation d'indemnités journalières versées à celle-ci par la CPAM de la Haute-Corse, que, d'une part, M. G, alors âgé de 22 ans, avait conclu avec une société de travaux publics en tant que mécanicien, en janvier 2017, un contrat de travail à durée indéterminée, pour un salaire net mensuel de 1 399,09 euros, avant d'être licencié pour inaptitude médicale le 6 novembre 2017. Contrairement à ce que l'intéressé soutient, il ne résulte pas dudit contrat qu'il devait percevoir également une prime de fin d'année. Selon l'expertise judiciaire, l'accident du 10 mars 2017 ayant nécessairement entraîné une interruption de travail jusqu'au 13 septembre 2017, seules les pertes de revenus subies durant la période du 14 septembre 2017 au 31 mars 2019, date de consolidation de l'état de santé résultant du dommage consécutif à la faute du centre hospitalier de Bastia, sont indemnisables. Dès lors, le montant du salaire net que M. G aurait dû percevoir durant cette période s'élève à 25 883,16 euros. D'autre part, M. G a perçu, durant cette période, une rémunération de son employeur, sous forme notamment d'indemnité de licenciement, pour un montant total de 4 733,87 euros. La perte nette de revenus professionnels s'élève ainsi à 21 149,29 euros. L'indemnité susceptible d'être mise à la charge de l'établissement public de santé en réparation de ce préjudice est fixée à la somme de 16 919,43 euros après application du taux de perte de chance de 80 % mentionné au point 7. La CPAM de la Haute-Corse a versé à l'intéressé des indemnités journalières 12 077,95 euros au titre de la même période. Dès lors, le requérant est fondé à demander l'indemnisation de son chef de préjudice résiduel pour un montant de 9 071,34 euros, le solde, de 7 848,09 euros devant être versé à la CPAM.

12. En cinquième lieu, s'agissant des préjudices professionnels futurs, il appartient au juge de déterminer, en premier lieu, si l'incapacité permanente conservée par la victime en raison de la faute commise par le centre hospitalier de Bastia a entraîné des pertes de revenus professionnels et une incidence professionnelle et, dans l'affirmative, d'évaluer ces postes de préjudice sans tenir compte, à ce stade, du fait qu'ils ont donné lieu au versement d'une pension d'invalidité. Pour déterminer ensuite dans quelle mesure ces préjudices sont réparés par la pension, il y a lieu de regarder cette prestation comme réparant prioritairement les pertes de revenus professionnels et, par suite, comme ne réparant tout ou partie de l'incidence professionnelle que si la victime ne subit pas de pertes de revenus ou si le montant de ces pertes est inférieur au capital représentatif de la pension.

13. En l'espèce, M. G a entendu réserver sa demande d'indemnisation au titre du poste de préjudice résultant des pertes de revenus professionnels futurs. Pour sa part, la CPAM de la Haute-Corse demande le remboursement de la rente d'accident du travail de 2 937,03 euros versée à la victime à la suite du dommage subi par la victime imputable au centre hospitalier de Bastia. Dans ces conditions, il y a lieu d'ordonner un supplément d'instruction tendant à la détermination de l'étendue de ce poste de préjudice, afin de permettre au tribunal de se prononcer sur ce poste, ainsi que, en application de ce qui a été dit au point précédent, sur l'incidence professionnelle subie par la victime.

S'agissant des préjudices personnels :

Quant aux préjudices personnels temporaires :

14. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire, que M. G a subi un déficit fonctionnel temporaire, entre la date du 21 mars 2017, à compter de laquelle ce déficit est imputable à la faute commise par le centre hospitalier de Bastia et celle de consolidation de son état de santé, de 25 % du 21 au 22 mars 2017, de 50 % le 23 mars 2017, de 25 % du 11 au 29 avril 2017 et de 10 % du 11 août 2017 au 30 mars 2019. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à 935 euros, une fois déduit le taux de perte de chance de 80 % d'éviter une amputation.

15. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire, que M. G a enduré des souffrances résultant de l'amputation et des dysesthésies postérieures à cette amputation, évaluées à 3/7. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre en l'estimant à la somme de 6 000 euros, soit 4 800 euros, après déduction du taux de perte de chance d'éviter cette amputation.

16. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire, que le préjudice esthétique temporaire résultant de l'amputation du doigt de la victime s'élève à 2/7. Eu égard au taux de perte de chance retenu au point 7, le montant de l'indemnité doit s'élever à 240 euros.

Quant aux préjudices personnels permanents :

17. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire, que M. G subit un déficit fonctionnel permanent résultant de l'amputation de son doigt qui s'élève à 7 %. Dès lors, eu égard à l'âge de la victime de 25 ans, à la date de la consolidation de son état de santé, il sera fait une juste appréciation du montant ce préjudice en l'estimant à 9 600 euros, une fois déduit le taux de perte de chance mentionné au point 7.

18. En deuxième lieu, le préjudice esthétique permanent subi par M. G, compte tenu de l'amputation résultant de la faute commise par le centre hospitalier de Bastia, doit être évalué à la somme de 2 500 euros, soit 2 000 euros après prise en compte du taux de perte de chance.

19. En troisième lieu, si M. G prétend qu'il a subi un préjudice d'agrément en raison de l'amputation de son index droit qui aurait entraîné une impossibilité de pratiquer le moto-cross, il ne l'établit ni par la production d'une photographie le montrant sur un tel engin, alors qu'il était enfant ni par l'attestation de son père indiquant qu'il pratique cette activité depuis l'âge de 13 ans. Dès lors, la réparation de ce chef de préjudice doit être écartée.

20. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que M. G a exposé des frais de déplacement afin de se rendre à l'expertise judiciaire qui s'est tenue à Paris, ainsi qu'au titre de l'assistance à cette expertise par son médecin-traitant et par son avocat. L'ensemble de ces dépenses, qui s'élève à la somme de 2 326,92 euros, est intégralement imputable à la faute commise par le centre hospitalier de Bastia. Il s'ensuit qu'il y a lieu d'accorder cette somme au titre de ce chef de préjudice.

21. Il résulte de tout ce qui précède que, d'une part, M. G est fondé à demander la condamnation du centre hospitalier de Bastia à lui verser une somme globale 29 504,67 euros à titre d'indemnité en réparation des préjudices qu'il a subis. D'autre part, la CPAM de la Haute-Corse a droit au versement d'une somme de 9 170,21 euros au titre des débours qu'elle a exposés.

Sur le surplus des conclusions des parties :

22. Dans l'attente des éléments cités au point 13, il y a lieu de réserver l'ensemble des autres prétentions des parties.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Bastia est condamné à verser à M. G une somme de 29 504,67 euros.

Article 2 : Le centre hospitalier de Bastia est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse une somme de 9 170,21 euros.

Article 3 : Avant de statuer sur les conclusions des requêtes de M. G et de la CPAM de la Haute-Corse relatives aux préjudices professionnels futurs et à l'incidence professionnelle de la victime, il sera procédé à un supplément d'instruction tendant à la production par cette dernière des éléments permettant d'en déterminer l'étendue.

Article 4 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par la présente décision sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E G, au centre hospitalier de Bastia, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse et à l'Etablissement national d'invalides de la marine.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Vanhullebus, président,

M. Jan Martin, premier conseiller,

Mme Pauline Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

J. MARTIN

Le président,

signé

T. VANHULLEBUS La greffière,

signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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