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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-1900275

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-1900275

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-1900275
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSEATELLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 26 février 2019, le 15 mai 2019 et le 30 avril 2020, Mme A B, représentée par Me Gaertner de Rocca Serra, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Bastia à lui verser la somme de 139 886,90 euros en réparation du préjudice qu'il lui a causé à la suite de sa prise en charge par le service des urgences de cet établissement dans la nuit du 27 au 28 août 2015, avec intérêts à compter de la réception de la demande préalable le 21 décembre 2018 et capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Bastia les dépens ainsi que la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'hôpital est engagée à raison du retard dans la prise en charge par le service des urgences de cet établissement dans la nuit du 27 au 28 août 2015 ; cette faute l'a privée d'une perte de chance d'éviter l'aggravation de son état de santé qui s'élève à 50 % ;

- le préjudice qu'elle a subi à la suite de cette faute s'élève à 139 886,90 euros ; il porte sur les dépenses suivantes, avant déduction du taux de perte de chance précité : des dépenses de santé actuelles de 244,47 euros ; des frais divers et d'assistance par une tierce personne de 1 544,13 euros ; des pertes de gains professionnels actuels de 7 042,95 euros ; des pertes de gains professionnels futurs de 161 971,40 euros ; une incidence professionnelle pour 50 000 euros ; un déficit fonctionnel temporaire de 1 467,20 euros ; des souffrances endurées pour 18 000 euros ; un préjudice esthétique temporaire pour 2 000 euros ; un déficit fonctionnel permanent pour 18 400 euros ; un préjudice d'agrément de 5 000 euros ; un préjudice esthétique permanent de 5 000 euros ; un préjudice sexuel et un préjudice d'établissement de 10 000 euros.

Par des mémoires, enregistrés le 22 mai 2019 et le 17 janvier 2020, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Haute-Corse demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Bastia à lui verser la somme de 42 768,71 euros, après partage de responsabilité à hauteur de 50 %, correspondant aux frais médicaux et aux indemnités allouées à la victime, assortie des intérêts à compter du jugement, et de le condamner à lui payer la somme de 1 080 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Elle soutient qu'elle a versé, à hauteur des sommes demandées, des prestations à la suite des faits objet du litige.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2020, le centre hospitalier de Bastia, représenté par Me Seatelli, conclut à ce que le tribunal fasse droit à la demande de Mme B dans la limite du taux de perte de chance de 50 % imputable à ses manquements et à l'irrecevabilité du recours de la CPAM et, subsidiairement, à ce que le taux de perte chance précité soit retenu des débours de cette dernière.

Il soutient que :

- il y a lieu de faire droit à la demande de Mme B dans la limite du taux de perte de chance retenu par la commission de conciliation d'indemnisation des accidents médicaux d'Ajaccio ;

- la requête de la CPAM est irrecevable, l'attestation de créance qu'elle produit étant signée par le directeur dont elle ne justifie pas qu'il disposait d'une délégation de signature pour ce faire.

Par des mémoires, enregistrés le 24 juin 2019 et le 9 février 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la SELARL De la Grange et Fitoussi Avocats, conclut à ce qu'il soit mis hors de cause.

Il soutient que la requérante ne présente aucune conclusion indemnitaire à son encontre.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller,

- les conclusions de M. Timothée Gallaud, rapporteur public,

- et les observations de Me Cesari substituant Me Gaertner de Rocca Serra, représentant Mme B, et de Me Gasquet-Seatelli substituant Me Seatelli représentant le centre hospitalier de Bastia.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de sa prise en charge par le service des urgences du centre hospitalier de Bastia les 27 et 28 août 2015, Mme B a saisi ce dernier d'une demande indemnitaire, réceptionnée le 21 décembre 2018, tendant au versement d'une somme de 139 725 euros en réparation des préjudices résultant des fautes commises par cet établissement lors de cette prise en charge. En l'absence de réponse dudit centre à cette demande, Mme B demande au tribunal, dans ses dernières écritures, de condamner le centre hospitalier de Bastia à lui verser la somme de 139 886,90 euros.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Contrairement à ce que le centre hospitalier de Bastia soutient, la circonstance, au demeurant non établie, que l'attestation d'imputabilité des débours exposés par la CPAM de la Haute-Corse en faveur de Mme B aurait été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature pour ce faire, est sans incidence sur la recevabilité de la demande indemnitaire de cette caisse. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par ledit centre doit être écartée.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne la faute du centre hospitalier de Bastia :

3. L'article L. 1142-1 du code de la santé publique dispose que : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise médicale réalisé le 18 décembre 2018 pour la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, que Mme B a subi à la clinique Maymard de Bastia le 5 décembre 2014 une hystéroctomie, qui a entraîné une incarcération de la trompe dans la cicatrice vaginale. A la suite de la reprise chirurgicale d'une cicatrice du vagin nécessitant la réalisation d'une salpingectomie droite, réalisée dans cette clinique le 27 août 2015, la victime, prise de douleurs abdominales, a été admise, le soir même à 23h, au service des urgences du centre hospitalier de Bastia. Alors qu'un bilan sanguin a été pratiqué et que l'intéressée s'est vu administrer de la morphine durant la nuit, celle-ci s'est trouvée en état de choc le matin suivant à 9h30. Une coelioscopie a révélé une hémorragie sur le moignon de ligature de la trompe nécessitant une salpingectomie gauche réalisée en urgence au centre hospitalier de Bastia dans la journée du 28 août 2015 puis, compte tenu de l'apparition d'un syndrome inflammatoire majeur, la réalisation d'une nouvelle intervention, le 30 août 2015, révélant une fistule digestive, une hémopéritoine et une péritonite stercorale. Eu égard au délai qui s'est écoulé entre l'heure d'admission de Mme B au service des urgences de ce centre et la survenance d'un état de choc et à l'absence de prise en compte de la précarité de l'état hémodynamique de la victime durant la nuit du 27 au 28 août 2015, nécessitant une nouvelle intervention chirurgicale en urgence, la prise en charge inadaptée de celle-ci constitue une faute dans le fonctionnement du service de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier.

En ce qui concerne le lien de causalité :

5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

6. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise médicale cité au point 4, que la faute dans l'organisation et le fonctionnement du service commise par le centre hospitalier de Bastia présente un lien de causalité directe avec les complications médicales subies par Mme B sous forme d'un hémopéritoine et d'une péritonite stercorale. Il s'ensuit que, compte tenu des suites de cette prise en charge, se traduisant notamment par des interventions chirurgicales le 28 puis le 30 août 2015, la fraction du dommage corporel déterminée par la chance perdue d'éviter une telle aggravation de l'état de santé de la victime doit être fixée à 50 %.

Sur les préjudices :

En ce qui les préjudices patrimoniaux temporaires :

7. En application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, saisi d'un recours de la victime d'un dommage corporel et d'un recours subrogatoire d'un organisme de sécurité sociale, le juge doit, pour chacun des postes de préjudices patrimoniaux et personnels, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient ensuite de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, lorsque c'est le cas, de ce que le tiers n'est déclaré responsable que d'une partie des conséquences dommageables de l'accident, la somme que ce dernier doit réparer au titre d'un poste de préjudice devant être attribuée par préférence à la victime, le solde étant, le cas échéant, attribué aux tiers subrogés.

8. En premier lieu, d'une part, il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation produite par la CPAM de la Haute-Corse, que, avant la date de consolidation de l'état de santé de Mme B fixée par l'expert au 25 février 2016, des frais médicaux et pharmaceutiques ont été supportés par l'organisme de sécurité sociale auquel est affiliée l'intéressée, pour un montant de 78 234,24 euros. D'autre part, Mme B a exposé des frais médicaux résultant du dommage qu'elle a subi qui sont restés à sa charge, pour un montant de 18 euros. En revanche, elle n'apporte aucune précision permettant d'établir que les frais pharmaceutiques seraient en lien avec la faute commise par le centre hospitalier de Bastia. En outre, elle ne saurait faire valoir que les retenues sur les indemnités journalières versées par la caisse primaire d'assurance maladie, au titre de la contribution sociale généralisée et de la contribution pour le remboursement de la dette sociale, devraient être mises à la charge du centre hospitalier de Bastia. Par suite, le montant total de ce chef de préjudice s'élève à 78 252,24 euros. Dès lors, après application du taux de perte de chance de la victime d'éviter une aggravation de son état de santé, il y a lieu de mettre la somme de 18 euros à la charge du centre hospitalier, au titre des dépenses de santé actuelles exposées par celle-ci, tandis que le solde, de 39 108,12 euros, doit être versé à cette caisse.

9. En deuxième lieu, d'une part, si Mme B produit une facture d'honoraires d'expertise privée réalisée par le docteur C, cette expertise n'est pas utile au tribunal pour la détermination du préjudice indemnisable. D'autre part, les seuls avis de sommes à payer émis par le centre hospitalier de Bastia à l'encontre de la victime pour le règlement de frais de dossier médical ne permettent pas d'établir que de tels frais seraient en lien avec la faute commise par le centre hospitalier. Il suit de là que la demande d'indemnisation de ces frais doit être rejetée.

10. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise cité au point 4, que Mme B a eu besoin d'une aide par une tierce personne à hauteur d'une heure par jour du 30 septembre 2015 jusqu'au 3 novembre 2015 (34 jours). Par suite, il sera fait une juste appréciation des frais engagés pour l'assistance par une tierce personne à domicile en les évaluant, selon un taux moyen horaire de 18 euros, compte tenu du salaire minimum interprofessionnel de croissance horaire brut augmenté des charges sociales, à 306 euros, eu égard au taux de perte de chance retenu au point 6.

11. En quatrième lieu, s'agissant des pertes de gains professionnels actuels, d'une part, il résulte de l'instruction, notamment des fiches de paie produites par Mme B, que celle-ci bénéficiait, à la date de son hospitalisation à la clinique Maymard de Bastia du 5 décembre 2014, d'un contrat à durée indéterminée en tant que manager de rayon dans un supermarché et percevait un salaire net mensuel moyen de 2 244,69 euros. A la suite de l'hystéroctomie réalisée dans cet établissement, l'intéressée a vu son contrat de travail rompu avant de reprendre une activité dans la même société à compter du 1er avril 2015. Compte tenu du caractère irrégulier des revenus perçus par l'intéressée à compter de cette date, il sera fait une juste appréciation du revenu net dont elle a bénéficié en le fixant à 2 000 euros par mois. Contrairement à ce que la requérante soutient, il ne résulte pas de l'instruction que celle-ci percevait en sus un treizième mois. A la suite de la faute commise par le centre hospitalier de Bastia dans la nuit du 27 au 28 août 2015, celle-ci a été placée en arrêt maladie jusqu'à la date de consolidation de son état de santé retenue dans le rapport d'expertise précité. Dès lors, le montant total des pertes de revenus durant ces six mois s'élève à 12 000 euros. L'indemnité susceptible d'être mise à la charge de l'établissement public de santé s'élève ainsi à 6 000 euros après application du taux de perte de chance de 50 % fixé au point 6. D'autre part, la CPAM de la Haute-Corse a, durant cette période, versé à la victime des indemnités journalières pour un montant total de 7 303,20 euros. Dès lors, la requérante est fondée à demander une indemnité au titre de ce chef de préjudice à hauteur de 4 696,80 euros, tandis qu'il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Bastia le solde à verser à la CPAM de la Haute-Corse correspondant à la différence entre cette dernière somme et la perte de revenus après déduction du taux de perte de chance de 50 %, soit 1 303,20 euros.

En ce qui les préjudices patrimoniaux permanents :

S'agissant des pertes de gains professionnels futurs :

12. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point précédent, Mme B aurait dû percevoir un salaire net mensuel de 2 000 euros si elle n'avait pas subi les dommages résultant en partie de la faute commise par le centre hospitalier. Le montant de la perte de gain, entre la date de consolidation de son état de santé et le 31 décembre 2018 s'élève donc à 68 000 euros. Durant cette période, il résulte de l'instruction que la victime a repris son activité le 14 mars 2016 pour une rémunération nette de 15 421,80 euros, puis a perçu des allocations-chômage entre novembre 2016 et juin 2017 pour un montant de 8 949,80 euros, avant de reprendre une activité en juin et juillet 2017 pour un salaire net de 2 775,10 euros. Puis, de septembre 2017 à janvier 2018, elle a bénéficié d'une indemnité de formation de reclassement professionnel de l'Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes d'un montant de 8 694 euros, avant de reprendre une activité de responsable de commande dans un supermarché, en janvier 2018, pour un revenu net total de 16 896,10 euros, soit un total de revenus perçus de 52 736,80 euros durant la totalité de cette période. Dès lors, la perte de revenus nets s'élève à 15 263,20 euros. L'indemnité susceptible d'être mise à la charge de l'établissement public de santé s'élève ainsi à 7 631,60 euros après application du taux de perte de chance de 50 % fixé au point 6. Durant cette même période, Mme B a bénéficié d'indemnités journalières de la CPAM de la Haute-Corse pour un montant de 607 euros net. Il suit de là que le préjudice de la victime s'élève à 14 656,20 euros qui sera indemnisé dans la limite de la somme de 7 631,60 euros, s'agissant des pertes de revenus subies jusqu'au 31 décembre 2018.

13. En revanche, s'agissant des pertes de revenus subies depuis le 1er janvier 2019, Mme B n'a produit aucun élément permettant d'en établir le montant, en dépit de la mesure d'instruction prise par le tribunal afin de connaître les montants des salaires et indemnités perçus par la victime. Dans ces conditions, la demande indemnitaire présentée par l'intéressée au titre des pertes de gains professionnels futurs à compter de 2019 ne peut qu'être rejetée.

S'agissant de l'incidence professionnelle :

14. Mme B soutient sans être sérieusement contestée que les dommages résultant de la faute commise par le centre hospitalier, la conduisant à occuper, depuis 2018, un emploi de responsable de commande dans un supermarché, alors qu'elle exerçait auparavant des fonctions de " manager de rayon " dans le même type d'établissement, révèlent une dévalorisation sur le marché du travail et un reclassement sur un emploi de moindre intérêt, alors qu'elle aspirait à être promue sur des fonctions de direction. Dès lors, eu égard au taux de déficit fonctionnel permanent de 8 %, cité au point 18, subi par la victime à la suite du dommage imputable au centre hospitalier de Bastia, il y a lieu de fixer le montant de l'indemnité relative à la réparation de l'incidence professionnelle à 2 500 euros, après déduction du taux de perte de chance.

En ce qui les préjudices personnels temporaires :

15. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise cité au point 3, que la faute commise par le centre hospitalier est à l'origine d'un déficit fonctionnel temporaire pour la victime qui est de 100 %, du 27 août 2015 au 29 septembre 2015, puis de 20 % du 30 septembre 2015 au 3 novembre 2015 et, enfin, de 10 % du 4 novembre 2015 au 25 février 2016, date de consolidation de son état de santé. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant le montant de sa réparation à la somme de 413 euros, déduction faite du taux de perte de chance retenu au point 6.

16. En deuxième lieu, les souffrances endurées par Mme B, lors de son hospitalisation au centre hospitalier de Bastia du 27 août 2015, puis dans les suites de celle-ci, s'élèvent à 4 sur une échelle de 7. Il s'ensuit que le montant de la réparation doit être fixé, après déduction du taux de perte de chance de 50 %, à 5 250 euros.

17. En troisième lieu, Mme B subit un préjudice esthétique temporaire en liaison avec la faute commise par le centre hospitalier de Bastia qui s'élève à 3 sur une échelle de 7, compte tenu de la cicatrice abdominale en ayant résulté. Dès lors, le montant de l'indemnité doit être fixé, après déduction du taux de perte de chance de 50 %, à 250 euros.

En ce qui les préjudices personnels définitifs :

18. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise cité au point 4, que la faute commise par le centre hospitalier est à l'origine, pour la victime, âgée de 46 ans à la date de consolidation de son état de santé, d'un déficit fonctionnel permanent au taux de 8 %. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant le montant de sa réparation à la somme de 6 100 euros, déduction faite du taux de perte de chance retenu au point 6.

19. En deuxième lieu, eu égard à la cicatrice à l'abdomen présentée par la victime à la suite de la faute du centre hospitalier de Bastia, il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique permanent qu'elle subit en fixant l'indemnité à 750 euros, après déduction du taux de perte de chance.

20. En troisième lieu, si Mme B soutient que le dommage résultant de la faute commise par le centre hospitalier de Bastia la prive de la possibilité de pratiquer le vélo, le ski et la marche, elle ne produit, à l'appui de ses allégations, aucun justificatif de la pratique de telles activités antérieurement à son hospitalisation du 27 août 2015. Il s'ensuit qu'une telle demande indemnitaire au titre d'un préjudice d'agrément ne peut qu'être rejetée.

21. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la faute commise par le centre hospitalier est à l'origine d'un préjudice sexuel pour la victime, se traduisant par une perte de libido. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en fixant le montant de sa réparation à la somme de 3 000 euros, déduction faite du taux de perte de chance retenu au point 6.

22. En cinquième lieu, en se bornant à citer le rapport d'expertise, en ce qu'il fait état d'une impossibilité pour la victime, résultant du dommage causé par le centre hospitalier de Bastia, de refaire sa vie de couple, l'intéressée n'apporte aucune précision permettant d'en établir la réalité. Dès lors, sa demande indemnitaire au titre du préjudice d'établissement ne peut qu'être rejetée.

23. Il résulte de ce qui précède que, d'une part, Mme B est fondée à demander l'indemnisation par le centre hospitalier de Bastia des préjudices qu'elle a subis en raison de la faute qu'il a commise pour un montant total de 30 915,40 euros. D'autre part, la CPAM de la Haute-Corse a droit au versement d'une somme de 40 411,32 euros au titre des débours qu'elle a exposés à la suite de cette faute.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

24. D'une part, lorsqu'ils sont demandés, les intérêts au taux légal sur le montant de l'indemnité allouée sont dus, quelle que soit la date de la demande préalable, à compter du jour où cette demande est parvenue à l'autorité compétente ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité. D'autre part, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée, et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure, sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.

25. En premier lieu, Mme B sollicite le versement des intérêts à compter du 21 décembre 2018, date à laquelle est parvenue sa demande au centre hospitalier de Bastia. Il y a lieu de faire droit à cette demande. En outre, elle demande la capitalisation des intérêts par un mémoire enregistré le 26 février 2019. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 21 décembre 2019, s'agissant d'intérêts dus au moins pour une année entière.

26. En second lieu, en vertu de l'article 1231-7 du code civil, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé. La demande de la CPAM de la Haute-Corse tendant à ce que lui soient alloués des intérêts au taux légal à compter de la date du jugement attaqué est donc dépourvue de tout objet et doit être rejetée.

Sur les frais liés à l'instance :

27. En premier lieu, il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget.

28. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 110 € et 1 114 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2022 ".

29. En application de ces dispositions, et eu égard au montant de la somme allouée à la CPAM au titre de ses débours, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Bastia le versement d'une somme de 1 114 euros à raison des frais engagés pour obtenir le remboursement des prestations servies à Mme B.

30. En deuxième lieu, les demandes respectives de Mme B et de la CPAM de la Haute-Corse au titre des dépens sont dépourvues de toute précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Elles ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

31. En troisième lieu, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Bastia une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Bastia est condamné à payer à Mme B une somme de 30 915,40 euros avec intérêts au taux légal à compter du 21 décembre 2018. Les intérêts échus à la date du 21 décembre 2019 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Le centre hospitalier de Bastia est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse une somme de 40 411,32 euros.

Article 3 : Le centre hospitalier de Bastia versera à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse une somme de 1 114 euros au titre du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : Le centre hospitalier de Bastia versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au centre hospitalier de Bastia, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Haute-Corse et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Vanhullebus, président,

M. Jan Martin, premier conseiller,

Mme Pauline Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

J. MARTIN

Le président,

signé

T. VANHULLEBUS La greffière,

signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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