mardi 10 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2000003 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | EON |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement du 11 janvier 2022, le tribunal administratif a ordonné, avant de statuer sur la requête de M. C A tendant à l'annulation de la décision du 30 août 2019 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de révision de pension pour aggravation des infirmités dont il est atteint, une expertise afin de déterminer s'il y a eu aggravation de ces infirmités et leur taux d'invalidité.
L'expert a déposé son rapport au greffe le 28 avril 2022.
Par un mémoire, enregistré le 22 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Eon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 août 2019 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de révision de pension pour aggravation des infirmités dont il est atteint ;
2°) de fixer le taux d'invalidité à 20%, à compter du 10 juillet 2017, s'agissant de l'hypoacousie bilatérale avec perte de sélectivité ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.
Il soutient que :
- l'hypoacousie bilatérale a été déclarée imputable au service de manière définitive de sorte que son aggravation est également présumée imputable au service ;
- au moins trois médecins militaires ont admis une aggravation imputable au service de l'hypoacousie et des vertiges ;
- il résulte du rapport d'expertise qu'il n'existe pas de nouvelle infirmité mais que c'est bien l'infirmité pensionnée qui s'est aggravée et que cette aggravation est due au vieillissement accéléré par l'origine traumatique de l'hypoacousie ;
- il existe une aggravation de 10%.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 juillet 2022 et le 12 septembre 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le caractère des hypoacousies d'origine sonotraumatique est stationnaire, voire régressif, dès lors que l'intéressé n'est plus exposé à des agressions sonores, ce qui est le cas en l'espèce depuis 1999 ;
- une imputabilité de 25% en lien avec le traumatisme et de 75% en lien avec le vieillissement exclut la prise en compte de l'aggravation en application de l'article L. 154-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- dans l'hypothèse où serait retenue une aggravation de 10% dont 25% sont imputables au traumatisme, le taux d'aggravation de 2,5% serait inopérant au regard de ce même article ;
- la perte de sélectivité attribuée en 2001 pour la demande de 1999, bien qu'alors non justifiée, doit être conservée car elle a été qualifiée de définitive ;
- le taux de 15% confirmé par l'expert pour les vertiges n'appelle pas de remarque particulière.
Vu :
- l'ordonnance du 12 mai 2022 par laquelle le magistrat chargé des expertises a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expert et du sapiteur ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pauline Muller, conseillère ;
- et les conclusions de M. Hanafi Halil, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est titulaire d'une pension d'invalidité au taux de 50 % qui lui a été concédée à titre définitif par arrêté du 4 juillet 1989 avec entrée en jouissance à compter du 28 mars 1988. Il a sollicité, le 10 juillet 2017, la révision de sa pension en raison de l'aggravation des trois infirmités dont il est atteint à savoir : acouphènes bilatéraux permanents à droite (première infirmité), vertiges à type d'instabilité survenant aux mouvements de la tête principalement, syndrome déficitaire droit avec un facteur cervical, une déviation des index et signe de Romberg (deuxième infirmité) et hypoacousie bilatérale de 15 dB pour l'oreille droite et 11,2 dB pour l'oreille gauche accompagnée d'une perte de sélectivité (troisième infirmité). Cette demande a été rejetée par une décision de la ministre des armées du 30 août 2019. Par un jugement avant dire droit du 11 janvier 2022, le tribunal a ordonné une expertise afin de déterminer s'il y avait eu aggravation de l'hypoacousie bilatérale et des vertiges à type d'instabilité.
2. Aux termes de l'article L. 154-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs des infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. () La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur. / Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le droit à pension est destiné à réparer toutes les conséquences des faits de service dommageables telles qu'elles se révèlent par suite de l'évolution physiologique, pour autant qu'aucune cause étrangère, telle qu'une affection distincte de l'affection pensionnée, ne vienne, pour sa part, aggraver l'état de l'intéressé. Ainsi l'aggravation de l'infirmité initiale, si elle est seulement due au vieillissement, peut justifier une révision du taux de la pension. En revanche, si le vieillissement cause une nouvelle infirmité, distincte de l'infirmité pensionnée, qui contribue à l'aggravation de celle-ci, les dispositions précitées de l'article L. 154-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre font obstacle à cette révision, dès lors que l'aggravation est due à une cause étrangère à l'infirmité pensionnée.
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction et plus particulièrement du rapport de l'expert et du sapiteur, désignés par le tribunal, en date du 8 avril 2022 que les pertes auditives dont M. A est victime connaissent une aggravation évaluée à un taux de 10%. Le sapiteur indique que le traumatisme sonore subi par M. A a entrainé une dégradation accélérée de sa fonction auditive par rapport au vieillissement physiologique attendu pour un homme de son âge et le rapport conclut à ce que l'aggravation de la perte auditive constatée chez M. A est liée à une presbyacousie, c'est-à-dire à une infirmité distincte correspondant au vieillissement physiologique de l'appareil auditif, à hauteur de 75% et aux traumatismes sonores pour une part de 25%. L'expert en oto-rhino-laryngologie consulté par M. A à la demande de l'administration le 24 janvier 2019 dans le cadre de la demande de révision de pension, relevait déjà l'existence d'une presbyacousie. Ainsi, alors que le rapport de l'expert en oto-rhino-laryngologie consulté le 16 mars 1992 et le certificat médical en date du 19 juin 2017 produits par M. A ne suffisent pas à remettre en cause les conclusions de ces expertises, l'aggravation de l'hypoacousie bilatérale de M. A doit être regardée comme étant en partie due à une cause étrangère au service et imputable à hauteur de 2,5% aux traumatismes sonores, et n'ouvre dès lors pas droit à la révision de la pension qui a été concédée à M. A.
5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expertise du 24 janvier 2019 réalisée à la demande de l'administration que les acouphènes dont souffre M. A n'ont pas fait l'objet d'une aggravation. Si le requérant produit un certificat médical d'un oto-rhino-laryngologue qui l'a examiné le 19 juin 2017, ce médecin mentionne uniquement que M. A est toujours soumis à des acouphènes permanents à droite et moins intensifs à gauche mais ne fait pas état d'une aggravation de l'infirmité de l'intéressé.
6. En troisième et dernier lieu, il résulte de l'instruction et en particulier du rapport de l'expert en oto-rhino-laryngologie qui a examiné M. A le 24 janvier 2019 que les vertiges de M. A se sont aggravés mais que cette aggravation est due à une aréflexie droite qui constitue une infirmité distincte. L'expert et le sapiteur désignés par le tribunal, quant à eux, font état de ce que les vertiges de l'intéressé ne se sont pas aggravés. Ainsi, à supposer que cette infirmité ait bien connu une aggravation, cette dernière est due à une cause étrangère à l'infirmité pensionnée et ne peut, dès lors, ouvrir à droit à la révision de la pension concédée à M. A.
7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il attaque ni la revalorisation du taux d'invalidité de l'infirmité de l'hypoacousie bilatérale avec perte de sélectivité.
Sur les frais liés au litige :
8. D'une part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais de l'expertise du docteur D, taxés et liquidés à la somme de 3 861,31 euros et les frais de l'expertise du professeur B, taxés et liquidés à la somme de 800 euros, par ordonnance du magistrat chargé des expertises, en date du 12 mai 2022, à la charge de l'Etat.
10. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie tenue aux dépens, la somme demandée par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les frais et honoraires d'expertise liquidés et taxés aux sommes de 3 861,31 euros et 800 euros sont mis à la charge de l'Etat.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre des armées.
Copie en sera transmise pour information à l'expert et au sapiteur.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Thierry Vanhullebus, président ;
Mme Christine Castany, première conseillère ;
Mme Pauline Muller, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2023.
La rapporteure,
Signé
P. MULLER
Le président,
Signé
T. VANHULLEBUS
La greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. ALFONSI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026