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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2000228

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2000228

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2000228
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFREICHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 mars 2020 et le 6 mai 2020, M. A C, représenté par Me Remiti, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision n° 14-2020 du 29 janvier 2020 par laquelle le directeur opérationnel services courrier colis de Corse (DOSCC) de La Poste a refusé de le placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service à la suite de l'accident survenu le 17 juin 2019 et a retiré la décision n° 172-2019 du 29 octobre 2019 lui ayant accordé ce congé à titre provisoire ;

2°) d'enjoindre à La Poste de le placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service ;

3°) de mettre à la charge de La Poste la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée vise une délégation de signature à Mme B en qualité de " chef de file RH de la DOSCC " alors que la décision portant délégation de signature à Mme B lui a été donnée en qualité de directrice des ressources humaines ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- c'est à tort que le service exige qu'il rapporte la preuve de l'existence d'un lien entre les lésions invoquées et le service alors qu'il bénéficie d'une présomption d'imputabilité ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 ;

- il n'a commis aucune faute de nature à exclure l'application du régime de l'accident de service.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2020, la SA La Poste, représentée par la SELARL Freichet AMG, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'accident n'est pas imputable au service dès lors que le requérant a commis une faute personnelle ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les conclusions de M. Gallaud, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Agent professionnel de second niveau exerçant ses fonctions à la plateforme de distribution du courrier d'Ajaccio Campo, M. C a déclaré avoir été victime le 17 juin 2019 d'un choc psychologique ou un état dépressif réactionnel déclenché selon lui par les agissements malveillants et répétés de collègues. La Poste l'a placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service à titre provisoire à compter du 18 juin 2019, par une décision n° 172-2019 du 29 octobre 2019. Par une décision n° 14-2020 du 29 janvier 2020, le directeur opérationnel services courrier colis de Corse (DOSCC) n'a pas reconnu l'imputabilité au service de l'accident déclaré, a retiré la décision du 29 octobre 2019 et a refusé de placer l'agent en congé pour invalidité temporaire imputable au service. M. C demande l'annulation de cette décision.

2. La circonstance que la décision attaquée, qui a été signée par Mme B, directrice des ressources humaines de la DOSCC de Corse, vise une décision du 5 mars 2018 du directeur opérationnel donnant délégation de signature à Mme B, " chef de file RH de la DOSCC ", est sans incidence sur la légalité de la décision du 29 janvier 2020.

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, dont les dispositions sont applicables à La Poste en vertu de l'article L. 211-1 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ".

4. La décision du 29 janvier 2020 vise les dispositions législatives et réglementaires applicables, cite l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et expose avec une précision suffisante les raisons pour lesquelles l'employeur refuse de placer son agent en congé pour invalidité temporaire imputable au service en dépit de l'avis favorable émis par la commission de réforme. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée manque ainsi en fait et doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service () / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service () ".

6. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service.

7. Il ressort des pièces du dossier que le 17 juin 2019, vers 12 h 15, s'estimant dérangé par l'allumage des luminaires à chaque entrée des facteurs venant rendre leurs comptes au guichet dédié, installé dans un local servant également au repos des manutentionnaires, alors qu'il tentait d'y dormir, M. C s'est saisi d'un meuble qu'il a projeté en direction de l'un de ses collègues et de son supérieur hiérarchique dans le bureau de celui-ci. Le requérant soutient, en se prévalant du rapport du médecin agréé, que l'incident a été causé par le comportement des autres salariés à son égard qu'il a vécu comme constituant des violences l'ayant conduit à réagir violemment par un phénomène de décompensation brutale. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que les collègues de M. C aient eu à son égard un comportement malveillant, ni au cours de la matinée du 17 juin 2019 ni antérieurement. Si l'arrêt de travail est consécutif à un incident survenu sur le lieu et dans le temps du service, cet incident, à supposer même qu'il puisse être regardé comme s'étant produit dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par l'agent de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, résulte toutefois d'une faute personnelle de M. C détachant cet évènement du service, sans que l'intéressé puisse se prévaloir utilement de ce qu'aucune procédure disciplinaire n'a été engagée à son encontre. Il suit de là que La Poste n'a ni commis d'erreur de droit ni fait une inexacte application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 en rejetant la demande de congé pour invalidité temporaire imputable au service.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 29 janvier 2020. Les conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de La Poste présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de La Poste présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à La Poste.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2022, où siégeaient :

- M. Vanhullebus, président,

- M. Martin, premier conseiller,

- Mme Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

signé

T. DL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

J. MARTIN

La greffière,

signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au ministre de la transformation et de la fonction publiques en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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