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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2000271

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2000271

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2000271
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantVAILLANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mars 2020, Mme C E, représentée par Me Vaillant, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2019 par lequel le préfet de la Haute-Corse a retiré le permis de construire tacite né du silence gardé sur la demande présentée le 23 avril 2019 pour la construction de deux bâtiments sur un terrain situé 9, route de la Mer à Lumio ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision attaquée ne disposait pas à cet effet d'une délégation régulièrement publiée ;

- le retrait est intervenu au-delà du délai de trois mois fixé à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme ;

- le permis tacite ne méconnaissait pas les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, précisées par le plan d'aménagement et de développement durable de Corse, dès lors que le terrain d'assiette du projet se situe dans un village existant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2021, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les conclusions de M. Halil, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E est propriétaire d'une maison individuelle, de 155 m² de surface de plancher, implantée sur une parcelle cadastrée section C n° 393, située 9, route de la Mer à Lumio. Elle a déposé, le 23 avril 2019, une demande de permis de construire deux bâtiments indépendants d'une surface de 40,6 m² chacun. Du silence gardé par le préfet de la Haute-Corse sur cette demande est né un permis de construire tacite, le 23 juin 2019. Par un arrêté du 20 septembre 2019, cette autorité administrative a retiré l'autorisation tacite du 23 juin 2019. Mme E demande au tribunal d'arrêter l'arrêté du 20 septembre 2019 du préfet de la Haute-Corse.

2. En premier lieu, par un arrêté du 12 juin 2019 publié le 14 juin 2019 au recueil des actes administratifs spécial, M. B, alors préfet de la Haute-Corse, a donné délégation à M. A, sous-préfet de l'arrondissement de Calvi, à l'effet de signer notamment les décisions relatives aux demandes de permis de construire pour les communes où les actes d'urbanisme sont délivrés au nom de l'Etat dans cet arrondissement, et dans le cas de l'émission d'avis divergents entre le maire et les services de l'Etat. Le maire de la commune de Lumio, qui se situe dans l'arrondissement de Calvi, a émis le 26 avril 2019 un avis favorable à la délivrance du permis de construire demandé par Mme E. Le directeur départemental des territoires et de la mer de la Haute-Corse a quant à lui émis un avis défavorable à cette demande. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de M. A pour signer l'arrêté attaqué manque en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. " Compte tenu de l'objectif de sécurité juridique poursuivi par le législateur, l'autorité compétente ne peut rapporter un permis de construire, d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, que si la décision de retrait est notifiée au bénéficiaire du permis avant l'expiration du délai de trois mois suivant la date à laquelle ce permis a été accordé.

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 20 septembre 2019 a été notifié par lettre recommandée au domicile de sa destinataire qui a signé l'avis de réception postal à la date du 21 septembre 2019. La requérante ne peut dès lors sérieusement prétendre que le retrait du permis de construire tacite lui aurait été notifié au-delà du délai de trois mois fixé par les dispositions citées au point 2, qui a couru à compter du 23 juin 2019.

4. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. " Il résulte de ces dispositions que les constructions peuvent être autorisées dans les communes littorales en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages. Le respect du principe de continuité posé par ces dispositions s'apprécie en resituant le terrain d'assiette du projet dans l'ensemble de son environnement, sans s'en tenir aux constructions situées sur les seules parcelles limitrophes de ce terrain.

5. Le plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC), qui précise les modalités d'application de ces dispositions en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'il constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la microrégion ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. Le PADDUC prévoit par ailleurs la possibilité de permettre le renforcement et la structuration, sans extension de l'urbanisation, des espaces urbanisés qui ne constituent ni une agglomération ni un village, sous réserve qu'ils soient identifiés et délimités dans les documents d'urbanisme locaux. Enfin, il prescrit que l'extension de l'urbanisation sous forme de hameau nouveau intégré à l'environnement est exceptionnelle, précisément motivée dans le plan local d'urbanisme et répond soit à un impératif social ou économique soit à un impératif environnemental, technique ou légal. Ces prescriptions apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral.

6. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est une zone pavillonnaire située à distance du village de Lumio. Cette zone d'urbanisation diffuse ne présente aucun espace public urbain ni d'indices de vie sociale et ne revêt pas de caractère stratégique pour l'organisation et le développement de la commune. Elle ne constitue ainsi ni un village, ni a fortiori une agglomération au sens des dispositions mentionnées aux points 4 et 5. Mme E ne peut utilement se prévaloir de l'existence d'un projet de futur quartier urbain avec création d'une " nouvelle centralité villageoise " dont l'insertion entre le village de Lumio et la zone d'urbanisation diffuse serait envisagée. Dès lors, la construction de deux bâtiments indépendants, d'une surface de plancher de 40,6 m² chacun, constituerait une extension proscrite de l'urbanisation. Le permis de construire tacite né le 23 juin 2019, qui méconnaissait les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, était ainsi illégal. Son retrait n'est dès lors entaché d'aucune illégalité.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2019 du préfet de la Haute-Corse. Il suit de là que sa requête doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera transmise au préfet de la Haute-Corse.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, où siégeaient :

- M. Vanhullebus, président,

- Mme Castany, première conseillère,

- Mme Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

T. DL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Signé

C. CASTANY

La greffière,

Signé

H. NICAISE

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

H. NICAISE

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