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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2000586

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2000586

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2000586
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBUSSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement avant-dire droit du 19 octobre 2021, le tribunal, statuant sur la requête n° 2000586 de l'association Kalliste-Colomba et le syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 11 rue Colomba, a décidé, sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de surseoir à statuer sur la légalité de l'arrêté en date du 27 janvier 2020 par lequel le maire d'Ajaccio a délivré à la SCI Miot un permis de construire un ensemble de logements sur la parcelle cadastrée section CD n° 175, 9015 boulevard Lantivy, en impartissant à sa bénéficiaire et à la commune d'Ajaccio un délai de 4 mois pour justifier de la régularisation des 5 vices affectant sa légalité.

La SCI Miot a produit des pièces enregistrées le 20 janvier 2022.

Par un mémoire, enregistré le 14 avril 2022, l'association Kalliste-Colomba et le syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 11 rue Colomba, représentés par Me Busson, persistent dans leurs conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2020 et de la décision du maire du 20 février 2020 de rejet du recours gracieux de cette association et demandent, en outre, au tribunal d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2021 par lequel le maire d'Ajaccio a accordé à la SCI Miot un permis de construire modificatif.

Ils soutiennent que :

- le permis modificatif n'a pas régularisé le vice de procédure tiré du défaut de consultation des commissions prévue pour les établissements recevant du public ;

- ce permis n'a pas régularisé le vice tiré du caractère incomplet des pièces relatives aux établissements recevant du public, requises à l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme ;

- ce permis n'a pas régularisé le vice tiré de la méconnaissance de l'article UB12 du règlement du plan local d'urbanisme d'Ajaccio relatif au nombre de places de stationnement de véhicules, dès lors que le projet modifié prévoit 76 places contre 92 prescrites par ce règlement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2022, la commune d'Ajaccio, représentée par la SELARL Parme Avocats, maintient ses conclusions à fin de rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés ;

- dans l'hypothèse où le tribunal retiendrait le vice tiré de l'insuffisance de places de stationnement, il pourrait faire application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, la SCI Miot, représentée par Me Nesa, maintient ses conclusions à fin de rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

La SCI Miot a produit des pièces enregistrées le 5 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller,

- les conclusions de M. Hanafi Halil, rapporteur public,

- et les observations de Me Busson représentant l'association Kalliste-Colomba et le syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 11 rue Colomba.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté en date du 27 janvier 2020, le maire d'Ajaccio a délivré à la SCI Miot un permis de construire un ensemble de logements sur la parcelle cadastrée section CD n° 175, 9015 boulevard Lantivy. Le 10 février 2020, l'association Kalliste-Colomba a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté, que le maire a rejeté par une décision du 20 février 2020. L'association Kalliste-Colomba et le syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 11 rue Colomba a demandé au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2020 et la décision du 20 février 2020.

2. Par le jugement avant-dire droit du 19 octobre 2021, le tribunal a rejeté comme irrecevable la requête présentée par le syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 11 rue Colomba et estimé que l'association Kalliste-Colomba était fondée à soutenir que l'arrêté litigieux était entaché d'un vice de procédure tiré du défaut de consultation des commissions prévue pour les établissements recevant du public, d'un vice tiré du caractère incomplet du dossier de demande de de permis au regard des informations requises à l'article R. 431-30 du code de l'urbanisme, d'un vice tiré de la méconnaissance de l'article 26 du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la mixité sociale et du vice tiré de la méconnaissance de l'article UB12 du règlement du plan local d'urbanisme d'Ajaccio relatif au nombre de places de stationnement. Après avoir constaté que ces vices étaient susceptibles d'être régularisés et écarté les autres moyens invoqués, le tribunal a sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et a imparti à la SCI Miot et à la commune d'Ajaccio un délai de quatre mois pour justifier de la régularisation de ce permis de construire. Suite à ce jugement, le 29 novembre 2011, la SCI Miot a déposé en mairie d'Ajaccio une demande de permis de construire modificatif. Par l'arrêté du 29 décembre 2021, le maire de cette commune lui a délivré le permis sollicité. Puis le 5 mai 2022, la société pétitionnaire a déposé en mairie une seconde demande de permis de construire modificatif. Par l'arrêté du 31 mai 2022, le maire lui a délivré l'autorisation sollicitée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. L'article UB12 du règlement du plan local d'urbanisme d'Ajaccio relatif au nombre de places de stationnement de véhicules prescrit, d'une part, au point 2.1.1, pour les constructions à usage d'habitat comprenant des logements non aidés, la création d'une place de stationnement par tranche entamée de 80 m2 de surface de plancher avec un minimum d'une place par logement et, d'autre part, au point 2.1.2 relatif aux logements locatifs faisant l'objet d'un concours financier de l'Etat, la création d'une place de stationnement par logement. S'agissant des constructions à usage de commerce, d'artisanat, de bureaux et de services, ce nombre est d'une place de stationnement par tranche de 30 m2, en application du point 2.2.1 de cet article. Le règlement précise que lorsque le calcul du nombre de places de stationnement comporte une décimale, le nombre de places prescrit est arrondi au chiffre supérieur.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire Cerfa de demande de permis de construire modificatif déposé le 5 mai 2022, que, d'une part, le projet modifié de la SCI Miot porte sur la création de 4 879,91 m2 de surface de plancher dédiée à l'habitation. Cette surface se subdivise en 42 logements non aidés et en 15 logements aidés dont la demande ne précise pas la surface de plancher respective, sans que ce formulaire ne mentionne la répartition entre ces deux types de logement de la surface de plancher. Néanmoins, il ressort de la déclaration des éléments nécessaires au calcul des impositions que les logements aidés représentent 14,4 % de la surface taxable totale des logements projetés. Dès lors, la surface de plancher des logements non aidés doit être regardée comme s'élevant à 4 177,20 m2. Il s'ensuit que le nombre de places de stationnement exigé du projet est de 53 places s'agissant des logements non aidés, tandis qu'il s'élève à 15 places pour les logements aidés. D'autre part, si le formulaire précité indique que la surface de plancher créée par le projet au titre des bureaux sera de 395 m2, elle était de 522 m2 dans le projet initialement déposé. Contrairement à ce que la SCI Miot soutient, il ne ressort pas des plans de masse respectifs du projet initial et du projet modifié, qui sont identiques s'agissant des bureaux créés au rez-de-chaussée de l'immeuble projeté, qu'à la faveur de sa demande de régularisation du permis litigieux, celle-ci aurait réduit la surface desdits bureaux. Ainsi, eu égard à la surface de plancher de 522 m2 finalement retenu par la pétitionnaire, le nombre de places de stationnement exigé était de 18 s'agissant des bureaux. Il s'ensuit que le nombre total de places de stationnement de véhicules automobiles exigé est de 86 par le règlement du plan local d'urbanisme, alors que le projet en cause prévoit seulement 77 places. Dès lors, le vice entachant le permis de construire initial n'ayant pas été purgé par les permis de construire modificatifs, l'association Kalliste-Colomba est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire d'Ajaccio du 27 janvier 2020, de sa décision du 20 février 2020 de rejet de son recours gracieux et de l'arrêté du 29 décembre 2021.

5. Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens de la requête ne sont pas susceptibles, en l'état du dossier, de fonder l'annulation prononcée.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

6. Aucune disposition légale ou règlementaire ne permet d'appliquer de manière successive l'article L. 600-5-1 pour la régularisation d'un même vice affectant le permis de construire initial, que la première mesure de régularisation transmise n'a pas permis de " purger ". Il suit de là qu'il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Sur les frais liés au litige :

7. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Ajaccio une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'association Kalliste-Colomba et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de rejeter les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative du syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 11 rue Colomba, qui est partie perdante, ainsi qu'il résulte du jugement précité du tribunal du 19 octobre 2021. D'autre part, les dispositions précitées font obstacle à ce que l'association Kalliste-Colomba, qui n'est pas la partie perdante, verse à la commune d'Ajaccio et à la SCI Miot une quelconque somme au titre des frais qu'elles ont respectivement exposés et non compris dans les dépens. Enfin, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 11 rue Colomba les sommes demandées respectivement par la commune d'Ajaccio et la SCI Miot sur le fondement des dispositions précitées.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du maire d'Ajaccio du 27 janvier 2020 et du 29 décembre 2021 et sa décision du 20 février 2020 de rejet du recours gracieux de l'association Kalliste-Colomba sont annulés.

Article 2 : La commune d'Ajaccio versera à l'association Kalliste-Colomba une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association Kalliste-Colomba, au syndicat des copropriétaires de l'immeuble du 11 rue Colomba, à la commune d'Ajaccio et à la SCI Miot.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Corse-du-Sud et au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Ajaccio.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Vanhullebus, président,

Mme Christine Castany, première conseillère.

M. Jan Martin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le rapporteur,

J. MARTIN

Le président,

T. VANHULLEBUSLe greffier,

A. AUDOUIN

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

A. AUDOUIN

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