jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2000728 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | NAITALI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 juillet 2020, le 14 octobre 2020, le 27 septembre 2021, le 28 octobre 2021, le 30 novembre 2021 et le 20 janvier 2022, l'association Inseme, représentée par Me Naitali, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2020 par lequel le préfet de la Haute-Corse a prononcé la fermeture provisoire de l'établissement " I Scontri " ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la demande d'annulation n'a pas perdu son objet ;
- le préfet n'était pas compétent pour prononcer la fermeture provisoire dès lors que le lieu de vie et d'accueil relève d'une autorisation du seul président du conseil exécutif de Corse et non d'une autorisation conjointe de cette autorité et du préfet ;
- le préfet ne pouvait se substituer au président du conseil exécutif de Corse en l'absence de carence de cette autorité ;
- aucune procédure contradictoire n'a été mise en œuvre alors qu'une inspection aurait pu être effectuée et qu'une mesure d'injonction aurait pu être prescrite sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'action sociale et des familles ;
- le rapport a été établi et signé par le seul directeur départemental de la cohésion sociale sans lettre de mission et sans être cosigné par une inspectrice des affaires sanitaires et sociales et alors que ce directeur n'est pas au nombre des personnes désignées par l'article L. 313-13 du code de l'action sociale et des familles pour réaliser une mission d'inspection ;
- le préfet ne pouvait déléguer à ce directeur le pouvoir de diligenter une visite ou d'en établir seul le rapport ;
- aucun jeune n'était présent le jour de l'inspection ;
- la fermeture n'est pas justifiée par une situation d'urgence au sens de l'article L. 313-16 du même code, eu égard à la durée de la procédure administrative ;
- la mesure de fermeture, qui n'est pas limitée dans le temps, est disproportionnée au regard de ses effets sur la situation économique de la requérante ;
- le signalement au procureur de la République effectué le 14 janvier 2020 ne suffit pas à justifier l'urgence à fermer le lieu de vie et d'accueil, alors qu'il n'est pas signé, qu'il n'est pas justifié de l'information de l'autorité hiérarchique, qu'il ne contient aucune information sur la personnalité du jeune concerné, qu'il fait état de reproches qui ne sont pas spontanément rapportés par l'intéressé et qu'aucun des faits rapportés n'est circonstancié ni daté ;
- la matérialité des faits à l'origine de la fermeture n'est pas établie ;
- le préfet ne peut se fonder sur un témoignage du 11 mai 2020 postérieur à sa décision ;
- ce témoignage doit être écarté des débats eu égard à la partialité de son autrice ;
- le préfet ne peut se fonder sur un jugement du tribunal correctionnel de Bastia postérieur à l'arrêté attaqué et dont il a été fait appel, lequel est suspensif ;
- le service a manqué à son obligation d'impartialité.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 septembre 2020, le 6 septembre 2021, le 11 octobre 2021, le 19 novembre 2021, le 7 décembre 2021 et le 5 mai 2022, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est devenue sans objet en raison de la disparition de l'intérêt à agir de la requérante dès lors que le délai de six mois prévu à l'article L. 313-16 du code de l'action sociale et des familles pour la fermeture provisoire a expiré et que le président du conseil exécutif de Corse a prononcé la fermeture définitive du lieu de vie et d'accueil ;
- les témoignages produits par la requérante doivent être écartés des débats ;
- la cour d'appel de Bastia a constaté le désistement du prévenu de l'appel qu'il avait formé contre le jugement du tribunal correctionnel de Bastia du 4 juin 2021 ;
- les moyens soulevés par l'association Inseme ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de M. Halil, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. L'association Inseme a été autorisée par un arrêté du 16 juin 2014 à créer un lieu de vie et d'accueil " I Scontri " situé à Valle-di-Rustinu. Le président du conseil exécutif de Corse a, par un arrêté 24 mai 2018, autorisé, pour une durée de quinze ans, l'ouverture de ce lieu de vie pour l'accueil de sept mineurs et jeunes majeurs à partir de sept ans à compter du 1er juin 2018. A la suite de signalements, la collectivité de Corse a procédé à une visite inopinée sur place le 17 mai 2019. Par courrier du 10 décembre 2019, cette collectivité a informé le préfet de la Haute-Corse, sur le fondement des dispositions du VI de l'article L. 313-13 du code de l'action sociale et des familles, d'événements de nature à compromettre la santé, la sécurité ou le bien-être physique ou moral des enfants accueillis dans le lieu de vie " I Scontri " et l'a invité à diligenter un contrôle destiné à évaluer le bien-fondé du maintien de l'ouverture de cet établissement. Un contrôle a été effectué sur place le 21 janvier 2020 par la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations. Le préfet de la Haute-Corse a, par un arrêté du 27 janvier 2020, prononcé la fermeture provisoire du lieu de vie et d'accueil " I Scontri ". L'association Inseme demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. La double circonstance que l'arrêté préfectoral du 27 janvier 2020 ait produit tous ses effets avant la saisine du juge administratif et que le président du conseil exécutif de Corse ait prononcé la fermeture définitive du lieu de vie et d'accueil par un arrêté du 29 mars 2021, n'est pas de nature à priver d'objet la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2020. Il suit de là que l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet doit être écartée.
3. L'association Inseme justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour demander l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2020 du préfet de la Haute-Corse ayant prononcé la fermeture provisoire du lieu de vie et d'accueil qu'elle gère. La circonstance que la décision attaquée ait épuisé tous ses effets n'est pas de nature à faire disparaître l'intérêt à agir de la requérante. La fin de non-recevoir opposée par le préfet doit ainsi être écartée.
4. Aux termes du I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Sont des établissements et services sociaux et médico-sociaux, au sens du présent code, les établissements et les services, dotés ou non d'une personnalité morale propre, énumérés ci-après : 1° Les établissements ou services prenant en charge habituellement, y compris au titre de la prévention, des mineurs et des majeurs de moins de vingt et un ans relevant des articles L. 221-1, L. 222-3 et L. 222-5 () ". L'article L. 313-3 du même code dispose que " L'autorisation est délivrée : a) Par le président du conseil départemental, pour les établissements et services mentionnés aux 1°, 6°, 7°, 8°, 11° et 12° du I de l'article L. 312-1 () ". L'article L. 313-13 prévoit que " I. - L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation contrôle l'application des dispositions du présent code par les établissements et services sociaux et médico-sociaux et lieux de vie et d'accueil mentionnés à l'article L. 312-1 () / () / II.- Pour les établissements, services et lieux de vie et d'accueil relevant, en vertu du I du présent article, de la compétence du représentant de l'Etat, les contrôles prévus à la présente section sont effectués par les personnels, placés sous son autorité ou sous celle de l'agence régionale de santé ou mis à sa disposition par d'autres services de l'Etat ou par d'autres agences régionales de santé, mentionnés aux articles L. 1421-1 et L. 1435-7 du code de la santé publique ou par les personnels des services déconcentrés de la protection judiciaire de la jeunesse. Ils peuvent être assistés par d'autres personnes dans les conditions prévues à l'article L. 1421-1 précité. / Les visites d'inspection sont conduites par un médecin inspecteur de santé publique ou par un inspecteur de l'action sanitaire et sociale. / () / VI. - Quelle que soit l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation, le représentant de l'Etat dans le département peut, à tout moment, diligenter les contrôles prévus à la présente section. Il dispose à cette fin des personnels mentionnés au premier alinéa du II du présent article. Il informe l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation des résultats de ces contrôles. Le président du conseil départemental informe sans délai le représentant de l'Etat dans le département de tout événement survenu dans un établissement ou service qu'il autorise, dès lors qu'il est de nature à compromettre la santé, la sécurité ou le bien-être physique ou moral des personnes accueillies. () ".
5. Il résulte des dispositions de l'article L. 313-13 du code de l'action sociale et des familles que, quelle que soit l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation, le représentant de l'Etat dans le département peut, à tout moment, diligenter les contrôles de l'application des dispositions de ce code par les établissements et services sociaux et médico-sociaux et lieux de vie et d'accueil mentionnés à l'article L. 312-1. Ces contrôles sont effectués notamment par les personnels placés sous son autorité et les visites d'inspection sont conduites par un médecin inspecteur de santé publique ou par un inspecteur de l'action sanitaire et sociale.
6. Il ressort des pièces du dossier que le contrôle du 21 janvier 2020 auquel le préfet de la Haute-Corse a fait procéder a été réalisé par le directeur départemental de la cohésion sociale et de la protection des populations de la Haute-Corse, accompagné d'une inspectrice de l'action sanitaire et sociale. Le directeur départemental de la cohésion sociale et de la protection des populations étant placé sous l'autorité du représentant de l'Etat dans le département en application des dispositions du second alinéa de l'article 17 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements, l'association Inseme n'est pas fondée à soutenir que le chef du service déconcentré qui a procédé au contrôle n'est pas au nombre des personnes mentionnées au II de l'article L. 313-13 du code de l'action sociale et des familles. Par ailleurs, si cette visite n'a pas été conduite par un inspecteur de l'action sanitaire et sociale mais par le directeur départemental de la cohésion sociale et de la protection des populations accompagné d'une inspectrice de l'action sanitaire et sociale, cette circonstance n'a pu affecter la régularité du contrôle effectué dès lors, en tout état de cause, qu'une inspectrice de l'action sanitaire et sociale y a pris part. Enfin, les circonstances que les fonctionnaires ayant procédé au contrôle n'auraient pas disposé d'une lettre de mission, qu'aucun enfant n'était présent lors de la visite du 21 janvier 2020 et que le rapport dressé à l'issue de celle-ci n'ait pas été contresigné par l'inspectrice de l'action sanitaire et sociale, sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.
7. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le principe d'impartialité aurait été méconnu par l'administration.
8. La décision du préfet a été prise au vu du rapport dressé à l'issue de la visite du 21 janvier 2020 et non sur le fondement du compte rendu de la visite inopinée effectuée le 17 mai 2019 par les agents de la collectivité de Corse. Par suite, la circonstance, relevée en incise par la requérante, que ce compte rendu a été " dressé par des agents dont l'habilitation reste à démontrer ", est inopérante.
9. Pour prononcer la fermeture provisoire de l'établissement " I Scontri ", le préfet de la Haute-Corse s'est fondé sur les motifs tenant à un manque de professionnalisme eu égard au public accueilli, aux alertes répétées pour défauts dans la prise en charge éducative et au signalement d'actes de violence à l'encontre de l'un des mineurs accueillis.
10. Il ressort, en premier lieu, des pièces du dossier que l'association gestionnaire s'est rendu coupable de plusieurs manquements administratifs dans la tenue de la composition de ses instances dirigeantes, du tableau des effectifs du personnel et des documents permettant de vérifier l'absence d'incapacité au regard de l'article L. 133-6 du code de l'action sociale et des familles, des dossiers de prise en charge de quatre des enfants mineurs et des jeunes majeurs, de leurs dossiers médicaux et du registre des entrées et sorties. Les services de la protection de l'enfance n'ont en outre jamais reçu de notes au sujet des nombreux incidents survenus depuis l'ouverture du lieu de vie et d'accueil en dépit des rappels effectués. La collectivité de Corse a d'ailleurs préconisé que des notes d'incident soient transmises aux éducateurs référents des enfants placés et que les protocoles de fugues et de déclarations de délits soient respectés, ainsi que les droits de visite des enfants. Ces éléments ne sont pas contestés par l'association Inseme.
11. En second lieu, le service a effectué le 14 janvier 2020 un signalement au procureur de la République concernant le comportement du permanent du lieu de vie et d'accueil à l'égard des jeunes filles mineures ainsi que les actes de violence dont il se serait rendu coupable à l'égard d'un mineur accueilli. L'association requérante ne peut pas utilement se prévaloir de ce que l'exemplaire qui lui a été communiqué de ce signalement n'est revêtu d'aucune signature. La circonstance que ce document, qui mentionne au demeurant qu'il est transmis au procureur de la République " sous-couvert hiérarchique ", aurait été envoyé directement à l'autorité judiciaire n'est en tout état de cause pas de nature à remettre en cause la valeur des informations qu'il contient. Enfin, la matérialité des faits de violence commis par le permanent salarié du lieu de vie et d'accueil ayant donné lieu au signalement au procureur de la République a été établie par un jugement du 4 juin 2021 du tribunal correctionnel de Bastia devenu définitif à la suite de l'arrêt du 13 avril 2022 par lequel la chambre correctionnelle de la cour d'appel de Bastia a constaté le désistement de son appel par le prévenu. Il suit de là que, alors même que la décision de l'autorité judiciaire est postérieure à l'arrêté préfectoral attaqué, l'association Inseme ne peut pas soutenir que celui-ci serait fondé sur des faits entachés d'inexactitude.
12. Aux termes du I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Sont des établissements et services sociaux et médico-sociaux, au sens du présent code, les établissements et les services, dotés ou non d'une personnalité morale propre, énumérés ci-après : 1° Les établissements ou services prenant en charge habituellement, y compris au titre de la prévention, des mineurs et des majeurs de moins de vingt et un ans relevant des articles L. 221-1, L. 222-3 et L. 222-5 () ". L'article L. 313-3 du même code dispose que " L'autorisation est délivrée : a) Par le président du conseil départemental, pour les établissements et services mentionnés aux 1°, 6°, 7°, 8°, 11° et 12° du I de l'article L. 312-1 () ". L'article L. 313-13 prévoit que " I. - L'autorité compétente pour délivrer l'autorisation contrôle l'application des dispositions du présent code par les établissements et services sociaux et médico-sociaux et lieux de vie et d'accueil mentionnés à l'article L. 312-1 () / () / VI. - Quelle que soit l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation, le représentant de l'Etat dans le département peut, à tout moment, diligenter les contrôles prévus à la présente section. Il dispose à cette fin des personnels mentionnés au premier alinéa du II du présent article. Il informe l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation des résultats de ces contrôles. Le président du conseil départemental informe sans délai le représentant de l'Etat dans le département de tout événement survenu dans un établissement ou service qu'il autorise, dès lors qu'il est de nature à compromettre la santé, la sécurité ou le bien-être physique ou moral des personnes accueillies. () ". Enfin, il résulte de la combinaison des dispositions du I et du II de l'article L. 313-16 et de l'article R. 511-1 du code de l'action sociale et des familles que lorsque la santé, la sécurité, ou le bien-être physique ou moral des personnes accueillies ou accompagnées sont menacés ou compromis et lorsque l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation est le président du conseil exécutif de Corse, le représentant de l'Etat dans le département peut, en cas d'urgence, prononcer la suspension de l'activité de l'établissement pour une durée maximale de six mois sans injonction préalable au gestionnaire de l'établissement, ni mise en demeure adressée au préalable au président du conseil exécutif de Corse.
13. Ainsi qu'il a été indiqué au point 1, le préfet de la Haute-Corse, informé par le président du conseil exécutif de Corse de la survenance d'événements de nature à compromettre la santé, la sécurité ou le bien-être physique ou moral des enfants et jeunes majeurs accueillis, a diligenté un contrôle à l'issue duquel il a prononcé la suspension de l'activité de l'établissement aux motifs, notamment, d'alertes répétées pour défauts dans la prise en charge éducative et de l'existence d'un signalement pour actes de violence à l'encontre de l'un des mineurs accueillis. Eu égard à la situation de vulnérabilité et d'isolement des mineurs placés dans l'établissement géré par l'association Inseme, les manquements portés à la connaissance du préfet de la Haute-Corse, et tout particulièrement les faits de violence signalés au procureur de la République, constituent un cas d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 313-13 du code de l'action sociale et des familles. La cessation provisoire de l'activité ayant été prononcée le 27 janvier 2020 à la suite du contrôle effectué le 21 janvier 2020 lui-même consécutif au courrier adressé le 10 décembre 2019 par le président du conseil exécutif de Corse au préfet et au signalement du 14 janvier 2020 au procureur de la République, l'association Inseme n'est pas fondée à soutenir que le cas d'urgence n'est pas caractérisé du fait de la durée de la procédure administrative menée par la collectivité de Corse. Il suit de là qu'eu égard à ce qui a été indiqué au point précédent, le préfet de la Haute-Corse était compétent pour fermer provisoirement l'établissement alors même que celui-ci avait été autorisé par le président du conseil exécutif de Corse et que cette suspension provisoire n'avait été précédée ni de l'injonction au gestionnaire prévue au premier alinéa du I de l'article L. 313-14 du code de l'action sociale et des familles, ni de la mise en demeure mentionnée à l'article L. 313-16.
14. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". L'article L. 121-1 du même code prévoit que " () les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " Enfin, aux termes de l'article L. 121-2 : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence () ".
15. Il résulte de ce qui a été indiqué aux points 11 et 13, qu'eu égard aux mauvais traitements infligés à des enfants mineurs placés au titre de l'aide sociale à l'enfance et se trouvant en situation de grande vulnérabilité, le préfet de la Haute-Corse a pu, dans les circonstances de l'espèce, décider la cessation provisoire de l'activité de l'établissement sans inviter préalablement l'association Inseme à présenter ses observations écrites ou orales.
16. Ainsi qu'il a été indiqué au point 12, l'autorité compétente peut, en cas d'urgence, prononcer la suspension de l'activité pour une durée maximale de six mois. En l'absence de précision contraire, l'arrêté attaqué doit être entendu comme ayant décidé la suspension de l'activité de l'établissement " I Scontri " pour une durée de six mois. Eu égard à la particulière gravité des faits relevés au point 11 et au caractère récurrent des multiples défaillances mentionnées au point 10, et en dépit des effets que cette mesure est susceptible d'entraîner sur la situation financière de l'association requérante, le préfet de la Haute-Corse n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 313-16 du code de l'action sociale et des familles en décidant la fermeture provisoire de l'établissement pour la durée maximale de six mois.
17. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il y ait lieu d'écarter des débats les pièces, contestées par les parties, sur lesquelles la présente décision ne s'appuie pas, l'association Inseme n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2020 du préfet de la Haute-Corse. Il suit de là que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de l'association Inseme est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association Inseme et au ministre de la santé et de la prévention.
Copie en sera transmise au préfet de la Haute-Corse.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, où siégeaient :
- M. Vanhullebus, président,
- Mme Castany, première conseillère,
- Mme Muller, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
T. AL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Signé
C. CASTANY
La greffière,
Signé
H. NICAISE
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
H. NICAISE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026