vendredi 21 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2000729 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SEATELLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juillet 2020 et 17 juin 2021, la SCI Erbajolo, représentée par Me Seatelli, demande au tribunal, dans le denier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Furiani à lui verser la somme de 2 119 865,43 euros en réparation des préjudices causés par l'illégalité de la décision en date du 17 février 2017 prononçant un sursis à statuer sur sa demande de permis de construire et de l'arrêté du 15 février 2019 par lequel le maire de Furiani a retiré l'arrêté du 16 novembre 2018 lui accordant son permis de construire ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Furiani une somme de 5 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société requérante soutient que :
- les différentes illégalités constatées par le tribunal administratif engagent la responsabilité de la commune ;
- elle a subi à raison de ces illégalités les préjudices de :
- 342 719,98 euros au titre de la perte de chiffre d'affaires,
- 165 924,45 euros au titre des loyers qu'elle a versés,
- 22 787 euros au titre du dépôt de garantie,
- 238 434 euros de frais divers de procédure,
- et 1 350 000 euros au titre de la perte de sa valeur vénale.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 décembre 2020 et le 2 août 2021, la commune de Furiani, représentée par la SCP Lesage, Berguet, Gouard-Robert, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SCI Erbajolo au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La commune fait valoir que :
- la société requérante ne justifie pas que les préjudices dont elle demande réparation, n'ont pas déjà fait l'objet d'une indemnisation par son assureur suite au sinistre qu'elle a subi ;
- les chefs de préjudice liés à la résiliation du bail ainsi que les loyers réglés sont sans lien avec les illégalités invoquées et les préjudices liés au dépôt de garantie et aux loyers versés ne sont pas justifiés ;
- la période d'indemnisation est en tout état de cause exagérée ;
- les frais de procédures ne sont pas justifiés et ont donné en outre lieu à l'octroi de condamnation dans le cadre des procédures d'excès de pouvoir ;
- la somme demandée au titre de la perte de valeur vénale n'est pas justifiée et ne revêt qu'un caractère purement éventuel comme en atteste le fait que la société requérante a décidé de résilier le bail à construction le 6 mai 2020 alors qu'elle disposait du permis de construire, abandonnant ainsi volontairement son projet.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B C ;
- les conclusions de M. Hanafi Halil, rapporteur public ;
- et les observations de Me Sabiani, substituant Me Seatelli, avocat de la SCI Erbajolo.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Erbajolo a conclu le 3 juillet 2007 avec M. A un bail à construction d'une durée de 24 ans afin d'étendre un bâtiment destiné au stockage sis sur la parcelle cadastrée section B n° 1243 au lieudit Canale à Furiani. Elle a ensuite signé le 5 septembre 2007 avec la Société bastiaise d'équipement de la maison (SBEM) un contrat de bail commercial portant sur le hangar agrandi. Dans la nuit du 25 au 26 juin 2016, un incendie accidentel a complètement détruit cet entrepôt. Elle a déposé, le 26 septembre 2016, une demande de permis de construire en vue de reconstruire à l'identique cet entrepôt commercial. Par arrêté du 17 février 2017 le maire de Furiani a, au nom de la commune, sursis à statuer sur cette demande au motif que le projet serait de nature à compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme en cours d'élaboration. Par un jugement n° 1700446 du 18 avril 2018, le tribunal de céans a annulé cet arrêté et a enjoint au maire de la commune de Furiani de délivrer à la SCI Erbajolo le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement. En exécution de ce jugement, le maire de Furiani accordait le 16 novembre 2018 le permis. Toutefois, par arrêté du 15 février 2019, le maire retirait ce permis avant de l'accorder à nouveau le 24 mai 2019 suite à la suspension de l'arrêté de retrait du 15 février 2019 prononcée par une ordonnance du juge des référés n° 1900506 en date du 3 mai 2019. Par la présente requête, la SCI Erbajolo demande réparation des préjudices qu'elle a subis à raison de l'illégalité de l'arrêté du 17 février 2017 et de la décision de retrait du 15 février 2019.
2. Toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que dès le 20 septembre 2016, la gérante de la SCI Erbajolo faisait savoir à la société SBEM que le bail commercial en date du 5 septembre 2007 mentionné au point 1 se trouvait résolu de plein droit du fait de l'incendie survenu en juin 2016. Par suite, la perte correspondant aux loyers non versés par la SBEM sur la période du 1er janvier 2016 au 31 mars 2020 est imputable non, comme le soutient la SCI Erbajolo, à l'illégalité de l'arrêté du 17 février 2017 et de la décision de retrait du 15 février 2019, mais au sinistre survenu en juin 2016. Il en va de même du dépôt de garantie de 22 787 euros remboursé à la SBEM.
4. En deuxième lieu, il résulte des termes du bail à construction du 3 juillet 2007 mentionné au point 1 que les loyers versés par la SCI Erbajolo à son bailleur, M. A, sur la période du 1er juillet 2016 au 31 mars 2020 étaient dus indépendamment de l'obtention du permis de construire. Par suite, le paiement de ces loyers n'est pas directement imputable à l'illégalité de l'arrêté du 17 février 2017 et de la décision de retrait du 15 février 2019.
5. En troisième lieu, à l'appui de ses prétentions au titre de la perte de la valeur vénale à hauteur de la somme de 1 350 000 euros, la SCI Erbajolo se borne à se référer à un rapport d'expertise. Toutefois, ce rapport ne conclut à une perte de valeur vénale que dans le cas où la reconstruction serait impossible, hypothèse qui ne s'est finalement pas vérifiée. De plus, la SCI Erbajolo ne conteste ni qu'elle a décidé de résilier le bail à construction le 6 mai 2020 alors qu'elle était titulaire d'un permis de construire depuis l'ordonnance du 3 mai 2019, ni l'affirmation du rapport d'expertise qu'elle produit selon laquelle il était " loin d'être évident " de retrouver un locataire au même prix puisque l'ancien preneur, la SBEM, avait fait construire un nouvel entrepôt. Dans ces conditions, la commune de Furiani est fondée à soutenir que SCI Erbajolo ne justifie pas de la perte de valeur vénale dont elle demande réparation ni, en tout état de cause, que cette perte serait en lien direct et certain avec l'illégalité de l'arrêté du 17 février 2017 et de la décision de retrait du 15 février 2019.
6. En quatrième et dernier lieu, les frais de justice exposés devant le juge administratif en conséquence directe d'une faute de l'administration sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute imputable à celle-ci. Toutefois, lorsque l'intéressé a qualité de partie à l'instance, la part de son préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputée intégralement réparée par la décision que prend le juge dans l'instance en cause.
7. D'une part, il résulte de l'instruction que la SCI Erbajolo a déjà obtenu au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, 1 500 euros dans l'instance n° 1700446 au titre de son recours pour excès de pouvoir contre l'arrêté du 17 février 2017 par lequel le maire de Furiani a sursis à statuer sur sa demande de permis de construire. Par suite, sa demande tendant à ce que la commune de Furiani soit condamnée à lui verser la somme de 188 434 euros au titre des frais de procédure réglés en 2017 ne saurait être accueillie.
8. D'autre part, la somme de 50 000 euros réclamée au titre du rapport d'expertise que la SCI Erbajolo a diligenté afin d'estimer ses préjudices, ne saurait pas davantage être regardée comme la conséquence directe de la faute résultant de l'illégalité de l'arrêté du 17 février 2017 et de la décision de retrait du 15 février 2019.
9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la question de la responsabilité, la SCI Erbajolo n'est pas fondée à demander la condamnation de la commune de Furiani à réparer les préjudices qu'elle a subis à raison de l'illégalité de l'arrêté du 17 février 2017 et de la décision de retrait du 15 février 2019.
Sur les frais liés au litige :
10. D'une part, la SCI Erbajolo succombant à l'instance, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne sauraient être accueillies. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Erbajolo la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Furiani et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI Erbajolo est rejetée.
Article 2 : La SCI Erbajolo versera une somme de 1 500 euros à la commune de Furiani au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Furiani au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Erbajolo et à la commune de Furiani.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Thierry Vanhullebus, président ;
M. Pierre Monnier, vice-président ;
M. Jan Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 21 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé
P. C
Le président,
Signé
T. VANHULLEBUS La greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
R. ALFONSI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026