vendredi 21 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2000765 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MUSCATELLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réponse, enregistrés le 3 août 2020 et le 14 février 2022, M. B A, représenté par Me Finalteri, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 2 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Linguizetta a rejeté sa demande de permis de construire n° PC 02B 143 19 S0028 portant sur deux maisons d'habitation avec garage sur un terrain sis parcelle cadastrée section B n° 1266 située lieudit Suale Majo ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Linguizetta une somme de 1 600 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation en droit et en fait ;
- il était titulaire d'une autorisation tacite de construire à la date du 25 mai 2020 ;
- c'est à tort que le maire lui oppose les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que complétées par le PADDUC dans la mesure où le terrain d'assiette du projet est situé dans une zone définie comme urbanisée par le plan local d'urbanisme, qui jouxte une route départementale de l'autre côté de laquelle sont implantées d'autres constructions ;
- aucun classement des espaces stratégiques agricoles (ESA) ne pouvait être opposé suite à l'annulation des cartographies de ces espaces.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2020, la commune de Linguizetta, représentée par Me Muscatelli, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de M. A à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La commune soutient que :
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- son refus est également justifié au regard des dispositions de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pierre Monnier, vice-président ;
- les conclusions de M. Hanafi Halil, rapporteur public ;
- et les observations de Me Tomasi, substituant Me Finalteri, avocate de M. A, ainsi que celles de Me Goubet, substituant Me Muscatelli, avocat de la commune de Linguizetta.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a demandé le 13 novembre 2019 au maire de la commune de Linguizetta de lui délivrer un permis de construire deux maisons d'habitation avec garage sur un terrain sis parcelle cadastrée section B n° 1266 située lieudit Suale Majo. Par un arrêté du 2 juin 2020, le maire de Linguizetta a rejeté cette demande. Par la présente requête, M. A demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 7° Refusent une autorisation ; () ". L'article L. 211-5 du même code dispose que " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. En l'espèce, l'arrêté de refus du permis de construire du 2 juin 2020 mentionne les dispositions légales dont il est fait application et indique que, d'une part, les travaux projetés méconnaissent l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dès lors que le terrain d'assiette est situé dans une zone où la présence de quelques constructions implantées de manière diffuse et éparse ne suffit pas à lui conférer un caractère urbanisé et que, d'autre part, ils méconnaissent les dispositions de l'article L. 101-2 du même code dès lors que le terrain d'assiette du projet présente un potentiel agronomique qu'il convient de préserver. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction ". Selon l'article R. 423-23 de ce code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () b) Deux mois () pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle () c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire ". L'article R. 423-24 du même code dispose que : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois a) lorsque le projet est soumis, dans les conditions mentionnées au chapitre V, à un régime d'autorisation ou à des prescriptions prévus par d'autres législations ou réglementations que le code de l'urbanisme () " et l'article R. 425-31 dudit code prévoit que : " Lorsque le projet entre dans le champ d'application de l'article 4 du décret n° 2004-490 du 3 juin 2004 relatif aux procédures administratives et financières en matière d'archéologie préventive, le dossier joint à la demande de permis comprend les pièces exigées à l'article 8 de ce décret. La décision ne peut intervenir avant que le préfet de région ait statué, dans les conditions prévues à l'article 18 de ce décret sur les prescriptions d'archéologie préventive () ". Aux termes de l'article R. 423-42 du même code: " Lorsque le délai d'instruction de droit commun est modifié en application des articles R. 423-24 à R. 423-33, l'autorité compétente indique au demandeur () dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie : a) Le nouveau délai et, le cas échéant, son nouveau point de départ ; b) Les motifs de la modification de délai ; () ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 423-19 de ce code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Enfin l'article R. 423-43 dispose que " Les modifications de délai prévues par les articles R. 423-24 à R. 423-33 ne sont applicables que si les notifications prévues par la présente sous-section ont été faites ".
5. D'autre part, l'article R.423-38 de ce code précise : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R.423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. " Enfin, aux termes de l'article 12 ter de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " () les délais d'instruction des demandes d'autorisation et de certificats d'urbanisme et des déclarations préalables prévus par le livre IV du code de l'urbanisme, y compris les délais impartis à l'administration pour vérifier le caractère complet d'un dossier ou pour solliciter des pièces complémentaires dans le cadre de l'instruction, () qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus. Ils reprennent leur cours à compter du 24 mai 2020 () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire de M. A a été déposée à la mairie de Linguizetta le 13 novembre 2019. Par courrier du 25 novembre 2019, le maire de Linguizetta a, d'une part, informé M. A que le délai d'instruction de trois mois indiqué sur le récépissé de dépôt de sa demande de permis de construire, était porté à quatre mois dès lors que son projet entrait dans le champ d'application de l'article 4 du décret du 3 juin 2004 relatif aux procédures administratives et financières en matière d'archéologie préventive et, d'autre part, lui a demandé un certain nombre de pièces manquantes. Cette lettre précisait en outre que le délai d'instruction de quatre mois commencerait à courir après le dépôt de toutes les pièces manquantes et qu'une autorisation tacite ne naîtrait qu'en l'absence de réponse de l'administration à l'expiration de ce délai de quatre mois. Ainsi, le délai de quatre mois applicable a commencé à courir le 4 décembre 2019, date à laquelle les pièces demandées dans le courrier du 25 novembre 2019 ont été adressées en mairie puis a été suspendu le 12 mars 2020, en application de l'article 12 ter de l'ordonnance du 25 mars 2020. Il a repris son cours, en application de ce même article, le 24 mai 2020, de sorte qu'il n'était pas échu le 4 juin 2020, date à laquelle M. A a reçu notification de l'arrêté du maire du Linguizetta en date du 2 juin 2020 rejetant sa demande de permis de construire. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'un permis de construire tacite doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, applicable sur le territoire de la commune de Linguizetta : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants () ".
8. Il résulte des dispositions qui viennent d'être citées que, dans les communes littorales, l'urbanisation peut être autorisée en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction nouvelle ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.
9. Le plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC), qui précise, en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application des dispositions citées ci-dessus, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'elle constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la microrégion ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs, un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. En outre, le PADDUC prévoit, que, pour apprécier si un projet s'implante en continuité d'un village ou d'une agglomération, il convient de tenir compte de critères tenant à la distance de la construction projetée par rapport au périmètre urbanisé existant, à l'existence de ruptures avec cet ensemble, tels qu'un espace naturel ou agricole ou une voie importante, à la configuration géographique des lieux et aux caractéristiques propres de la forme urbaine existant. Les prescriptions mentionnées ci-dessus apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral citées au point 7.
10. Il ressort des pièces du dossier que la construction projetée s'implante dans un secteur qui ne comporte que quelques constructions situées de part et d'autre de la route territoriale n° 10, lesquelles ne sauraient être regardées, compte tenu de leur nombre, comme constituant une agglomération ou un village au sens des dispositions citées du code de l'urbanisme au regard des précisions apportées par le PADDUC. Il suit de là que M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer le permis de construire litigieux le maire de Linguizetta a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, il ne saurait utilement se prévaloir de la double circonstance que le projet se situe dans une zone définie comme " urbanisée " par le plan local d'urbanisme de la commune de Linguizetta et que des voisins auraient bénéficié de permis de construire dès lors qu'il appartient à l'autorité administrative chargée de se prononcer sur une demande d'autorisation d'occupation ou d'utilisation du sol de s'assurer, ainsi que le maire de Linguizetta l'a fait, de la conformité du projet avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral.
11. En quatrième et dernier lieu, M. A ne saurait utilement se prévaloir de l'annulation de la cartographie des espaces stratégiques agricoles (ESA) par des jugements du tribunal administratif de Bastia dès lors qu'aucun motif de la décision attaquée ne repose sur ces espaces.
12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2020 du maire de Linguizetta.
Sur les frais liés au litige :
13. D'une part, M. A succombant à l'instance, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Linguizetta et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera à la commune de Linguizetta une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Linguizetta au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Linguizetta.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Thierry Vanhullebus, président ;
M. Pierre Monnier, vice-président ;
M. Jan Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 21 octobre 2022.
Le rapporteur,
Signé
P. MONNIER
Le président,
Signé
T. VANHULLEBUSLa greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
R. ALFONSI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026