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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2000939

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2000939

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2000939
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBELOVETSKAYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 septembre 2020 et le 31 décembre 2021, M. D B, représenté par Me Stephan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite, née le 21 juin 2020, par laquelle le maire de Conca a rejeté son recours gracieux contre l'arrêté en date du 5 novembre 2019 par lequel le maire ne s'est pas opposé à la déclaration préalable présentée par M. A C pour la réhabilitation d'une bergerie sur la parcelle cadastrée section E n° 571, lieudit Cinaja ;

2°) d'enjoindre à la commune de Conca de retirer l'arrêté du 5 novembre 2019 dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de M. C la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable en ce qu'il justifie de la qualité de voisin immédiat du projet et que son terrain est exposé à des nuisances sonores et olfactives, ainsi qu'à des risques d'incendie, d'inondation et sanitaires par le déversement d'eaux usées dans un cours d'eau ;

- sa requête est également recevable en ce qu'elle n'est pas tardive, les modalités d'implantation du panneau d'affichage de l'autorisation litigieuse n'étant pas régulières ;

- par voie de conséquence du jugement du tribunal du 10 novembre 2021 annulant l'arrêté en date du 5 novembre 2019, le tribunal devra annuler la décision attaquée ;

- en application de l'article R. 421-1 du code de l'urbanisme, la construction projetée, étant une construction nouvelle, aurait dû faire l'objet de la délivrance d'un permis de construire ;

- la déclaration préalable est entachée de fraude, le service instructeur ayant été trompé en l'absence de ruine préexistante sur ce terrain, alors que le projet vise seulement à régulariser une construction édifiée sans autorisation préalable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2021, M. A C, représenté par Me Belovbetskaya, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, M. B ne justifiant pas d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en ce qu'il n'établit ni sa qualité de voisin immédiat ni l'existence d'atteintes aux conditions d'occupation de son bien ;

- la requête est également irrecevable en ce qu'elle est tardive compte tenu de l'affichage continu de son autorisation ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la commune de Conca qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteur publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté du 5 novembre 2019, le maire de Conca ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de M. A C en vue de la réhabilitation d'une bergerie, sur la parcelle cadastrée section E n° 571, au lieudit Cinaja. Par une lettre notifiée à la commune de Conca le 21 avril 2020, M. B a présenté un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté auquel l'administration n'a pas répondu. M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de son recours gracieux, née le 21 juin 2020.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le code de l'urbanisme, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B est propriétaire de plusieurs parcelles qui ne sont séparées du lieu d'implantation du projet de réhabilitation de la bergerie de M. C que par un cours d'eau. Eu égard à la distance séparant ce projet du terrain du requérant, d'environ 63 mètres et à la visibilité de la bergerie à la fois de la berge appartenant à M. B et de la maison de ce dernier, celui-ci doit être regardé comme voisin immédiat du projet de construction. Dès lors, en invoquant un risque d'incendie aggravé par l'absence de voie desservant le projet, un risque d'inondation causé par la proximité du cours d'eau et un risque sanitaire résultant de l'absence de dispositif d'assainissement du projet, le requérant doit être regardé comme justifiant de l'intérêt lui donnant qualité pour agir. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En second lieu, aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Aux termes de l'article R. 424-15 du même code : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté () ".

6. Il résulte des dispositions citées ci-dessus que l'affichage du permis de construire sur le terrain d'assiette de la construction autorisée doit être effectué de telle façon que les mentions qu'il comporte soient lisibles de la voie publique ou, lorsque le terrain n'est pas desservi par une voie publique, d'une voie privée ouverte à la circulation du public. Lorsque le terrain d'assiette n'est pas desservi par une telle voie et que l'affichage sur le terrain ne pourrait, dès lors, satisfaire à cette exigence, seul un affichage sur un panneau placé en bordure de la voie publique ou de la voie privée ouverte à la circulation du public la plus proche du terrain fait courir le délai de recours contentieux à l'égard des tiers autres que les voisins qui empruntent la voie desservant le terrain pour leurs besoins propres.

7. Il ressort des procès-verbaux du constat dressé par un huissier de justice produit par M. C que le panneau d'affichage du permis de construire litigieux a été affiché, de manière continue à compter du 20 décembre 2019, sur la voie publique. Si lesdits procès-verbaux ne précisent pas l'emplacement de ce panneau, il est constant que celui-ci a été affiché en bordure E 168, à environ 1,4 km du terrain d'assiette du projet, alors que ce projet, qui n'est desservi par aucune voie, n'est situé qu'à environ 140 m E 168a. Contrairement à ce que M. C soutient, la circonstance que cette dernière voie publique est située sur le territoire de la commune voisine de Zonza est sans incidence sur son obligation de placer ce panneau sur la voie publique ou privée ouverte à la circulation du public la plus proche du terrain. De même, le pétitionnaire ne peut utilement se prévaloir de l'affichage de son permis sur son terrain, face à la propriété de M. B, dès lors que les mentions du permis affiché à cet emplacement n'étaient pas lisibles d'une voie publique ou d'une voie privée ouverte à la circulation du public. Ainsi, le délai de recours contentieux n'ayant pu courir, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

8. Par le jugement n° 2000505 du 10 novembre 2021, devenu définitif, le tribunal a annulé, à la demande de M. B, l'arrêté du 5 novembre 2019 par lequel le maire de Conca ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de M. C, au motif notamment que la construction projetée aurait dû faire l'objet de la délivrance d'un permis de construire. Par voie de conséquence et pour le même motif, il y a lieu d'annuler la décision litigieuse de rejet du recours gracieux de M. B à l'encontre de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. L'arrêté du 5 novembre 2019 ayant été annulé par le jugement du tribunal du 10 novembre 2021, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B à fin d'injonction au maire de Conca de retirer cet arrêté, ainsi, par voie de conséquence, que sur ses conclusions à fin d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C une somme de 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. B, qui n'est pas la partie perdante, verse à M. C une quelconque somme au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite, née le 21 juin 2020, par laquelle le maire de Conca a rejeté le recours gracieux de M. B est annulée.

Article 2 : M. C versera à M. B une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à la commune de Conca et à M. A C.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Vanhullebus, président,

M. Jan Martin, premier conseiller,

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

Le rapporteur,

J. MARTIN

Le président,

T. VANHULLEBUSLe greffier,

A. AUDOUIN

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

A. AUDOUIN

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