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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2001188

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2001188

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2001188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMICHEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement avant dire droit du 11 mai 2022, le tribunal a, statuant sur la requête n° 2001188 tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Prunelli-du-Fiumorbo n'a pas reconnu l'imputabilité au service de la rechute, survenue le 27 décembre 2017, de l'accident de service du 3 janvier 2017, ordonné une expertise médicale aux fins de préciser l'origine des douleurs de la cheville droite dont se plaint Mme C B et dire si elles sont en relation directe et certaine avec l'accident de service dont elle a été victime le 3 janvier 2017.

L'expert a déposé son rapport au greffe le 12 juin 2023.

Par un mémoire enregistré le 7 septembre 2023, la commune de Prunelli-du-Fiumorbo conclut aux mêmes fins que son mémoire précédent par les mêmes moyens.

Par un mémoire enregistré le 29 mai 2024, Mme B, représentée par Me Michel, demande que les dépens soient mis à la charge de la commune.

La requérante soutient que :

- l'expertise confiée à M. A est irrégulière en ce que l'expert ne s'est pas fait communiquer une radiographie du 29 décembre 2017 et un scanner du 30 janvier 2018 ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit en ce que l'administration n'a pas recherché l'existence d'un lien direct et certain entre ses lésions et l'accident de service survenu le 3 janvier 2017 et dès lors que ce dernier s'est basé sur le délai écoulé entre les deux événements alors qu'aucune disposition ne prévoit la prise en compte de ce critère ;

- l'administration a fait une inexacte application des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984.

Vu :

- l'ordonnance du 26 juin 2023, par laquelle le magistrat chargé des expertises a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise réalisée par M. A ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;

- et les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, attachée territoriale qui exerçait les fonctions de secrétaire générale de mairie au sein de la commune de Prunelli-di-Fiumorbo depuis le 1er juillet 2016, a été victime le 3 janvier 2017 d'un accident de service ayant consisté en une chute en sortant d'un véhicule occasionnant une entorse aux deux chevilles, une entorse du genou gauche et un hématome à la cuisse droite. Elle a bénéficié à ce titre d'un congé de maladie renouvelé jusqu'au 15 février 2017 inclus. Le 27 décembre 2017, elle a ressenti de vives douleurs à la cheville droite alors qu'elle se trouvait à son domicile et a demandé au maire, par un courrier du 13 janvier 2018, de reconnaître ses douleurs comme constituant une rechute de l'accident de service du 3 janvier 2017. Cette demande a été rejetée par un arrêté du 1er septembre 2020 pris en exécution du jugement du tribunal du 7 juillet 2020 annulant un précédent arrêté du 11 septembre 2018. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 1er septembre 2020. Par un jugement avant dire droit du 11 mai 2022, le tribunal a ordonné une expertise médicale aux fins de préciser l'origine des douleurs de la cheville droite dont se plaint Mme B et dire si elles sont en relation directe et certaine avec l'accident de service dont elle a été victime le 3 janvier 2017.

2. En premier lieu, si Mme B soutient que l'expertise réalisée par M. A est irrégulière en ce que ce dernier n'a pas pris en compte une radiographie du 29 décembre 2017 et un scanner du 30 janvier 2018, elle ne démontre pas que ces éléments étaient nécessaires à la conduite de l'expertise et n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations. Dès lors le moyen tiré de l'irrégularité de l'expertise n'est pas fondé. Par suite, il ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa rédaction applicable à la date des faits en litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales () ". Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet événement du service, le caractère d'un accident de service. De plus, constitue un accident de service, pour l'application de ces dispositions, un événement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci.

4. Lorsque l'état d'un fonctionnaire est consolidé postérieurement à un accident imputable au service, le bénéfice des dispositions du 2° de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale est subordonné, non pas à l'existence d'une rechute ou d'une aggravation de sa pathologie, mais à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain avec l'accident de service.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'accident dont Mme B a été victime le 3 janvier 2017, à l'origine notamment d'un arrachement du bord latéral du cuboïde de la cheville droite, a été reconnu imputable au service. Postérieurement à la consolidation de son état de santé fixée au 16 février 2017, alors qu'elle se trouvait dans les escaliers de son domicile, elle a ressenti de vives douleurs au niveau de la cheville droite qu'elle attribue à l'accident de service du 3 janvier 2017. Toutefois, il ressort du rapport de l'expertise ordonnée par le tribunal que la cheville droite n'a pas présenté de signes d'instabilité lors de l'examen et que des douleurs ont uniquement été ressenties au niveau du quatrième métatarse, qu'ainsi les lésions constatées après le 27 décembre 2017 ne présentent pas de lien direct et certain avec l'accident de service initial. Les conclusions de cette expertise confirment le bilan de la scintigraphie du 21 février 2018, réalisée à la demande de la chirurgienne orthopédique que la requérante a consultée, qui a décelé une fracture très vraisemblable du quatrième métatarse et constaté une " hyperfixation focalisée " à cet endroit ainsi qu'une " absence d'hyperfixation notable en projection du cuboïde adjacent " et celles de l'expertise réalisée par un médecin généraliste à la demande de la commune le 15 mars 2018 qui conclut à l'absence de lien entre les lésions. Ces conclusions ne sont remises en cause ni par la requérante qui se borne à contester la prise en compte d'un critère lié au temps écoulé entre l'accident initial et l'apparition des lésions au niveau du quatrième métatarse, ni par d'autres pièces médicales circonstanciées. Dans ces conditions, alors que la seule proximité anatomique ne saurait suffire à établir l'existence d'un lien direct et certain avec l'accident de service du 3 janvier 2017, le maire de la commune de Prunelli-di-Fiumorbo a pu, sans entacher sa décision d'erreur de droit, refuser de reconnaître l'imputabilité au service des lésions que Mme B a supportées à compter du 27 décembre 2017. Mme B n'est donc pas fondée à soutenir que l'administration a fait une inexacte application des dispositions de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 1er septembre 2020. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne sauraient être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

7. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. "

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais de l'expertise ordonnée par le tribunal, liquidés et taxés à 1 800 euros par l'ordonnance du 26 juin 2023, à la charge définitive de Mme B.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

10. D'une part, Mme B étant tenue aux dépens, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne sauraient être accueillies. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par la commune de Prunelli-de-Fiumorbo au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 1 800 euros sont mis à la charge définitive de Mme B.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Prunelli-di-Fiumorbo au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Prunelli-de-Fiumorbo.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, où siégeaient :

- M. Pierre Monnier, président ;

- M. Jan Martin, premier conseiller ;

- Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

N. SADATLe président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. Mannoni

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