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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100043

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100043

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100043
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET TABANI-SURMONT FADILA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2021, M. B A, agissant en sa qualité de représentant légal de son fils mineur, C, représenté par Me Tabani Surmont, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 5 novembre 2020 par laquelle la directrice régionale adjointe de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de Corse a confirmé la décision du 5 octobre 2020 du conseil de discipline du lycée professionnel agricole de Borgo Marana portant exclusion immédiate et définitive de son fils de cet établissement ;

2°) d'enjoindre à l'administration de procéder à sa réinscription et à l'effacement de cette sanction disciplinaire du dossier scolaire de son fils et de tout autre document le concernant ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- aucune mesure d'accompagnement n'a été prise pour permettre la continuité de la scolarité de son fils ;

- ce dernier n'a à aucun moment exhibé son sexe dans la chambre ;

- le comportement incriminé ne revêt pas la qualification pénale d'atteinte à la pudeur ;

- la sanction prononcée est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, le directeur régional de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de Corse conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- et les conclusions de M. Hanafi Halil, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né le 5 avril 2004, était élève en classe de seconde en qualité d'interne au sein du lycée professionnel agricole de Borgo Marana au titre de l'année scolaire 2020-2021. Par une décision du 5 octobre 2020, le conseil de discipline du lycée a prononcé à son encontre, avec effet immédiat, une sanction d'exclusion définitive pour " atteinte à la pudeur ; exhibition de son sexe à un camarade ". Après consultation de la commission régionale d'appel des conseils de discipline de la direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de Corse (DRAAF), la directrice régionale adjointe a, par décision du 5 novembre 2020, confirmé la décision d'exclusion définitive de M. C A. M. B A, père de l'adolescent, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 811-42 du code rural et de la pêche maritime, alors en vigueur : " Le conseil de discipline est réuni à l'initiative du directeur. / Il peut prononcer selon la gravité des faits : / a) L'avertissement ; / b) Le blâme ; / c) L'exclusion temporaire de l'établissement, de l'internat ou de la demi-pension ; / d) L'exclusion définitive de l'internat ou de la demi-pension ; / e) L'exclusion définitive de l'établissement. Il peut assortir les sanctions de mesures de prévention, d'accompagnement ou de réparation, prévues au règlement intérieur, ainsi que, pour les sanctions mentionnées aux c, d et e, d'un sursis total ou partiel. Il peut être fait appel des sanctions d'exclusion de plus de huit jours, dans un délai de huit jours, auprès du directeur régional de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt, qui décide, après avis d'une commission régionale réunie sous sa présidence. () ".

3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un élève ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

4. La directrice régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt s'est fondée, pour prononcer la sanction d'exclusion définitive du lycée professionnel agricole de Borgo Marana, sur le motif tiré de ce que M. C A a exhibé son sexe devant un camarade d'internat peu avant 22 heures le 22 septembre 2020.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C A a admis devant la commission régionale d'appel disciplinaire avoir exhibé son sexe devant un camarade. Cette atteinte à la pudeur caractérise un manquement de nature à justifier une sanction disciplinaire. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C A aurait accompagné son geste de propos ou d'attitude homophobes. Son affirmation devant la commission régionale d'appel disciplinaire selon laquelle il ne s'agissait que d'une plaisanterie n'est contredite par aucune pièce du dossier. Si l'intéressé a confirmé son caractère immature en ne reconnaissant que tardivement les faits et en ne s'excusant pas auprès de son camarade, il ne s'était jamais fait connaître défavorablement auparavant. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le maintien de M. C A aurait constitué une menace pour son camarade dont la plainte des parents contre lui a du reste été classée sans suite. Dans ces conditions, la décision de la directrice régionale adjointe de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de Corse prononçant la sanction maximale d'exclusion définitive de M. C A du lycée professionnel agricole de Borgo Marana apparaît disproportionnée.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 5 novembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. La présente décision implique nécessairement qu'il soit enjoint à l'administration de procéder à la réinscription de M. C A si ce dernier le souhaite et à l'effacement de sa sanction disciplinaire de son dossier scolaire et de tout autre document le concernant dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 5 novembre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'administration de procéder à la réinscription de M. C A si ce dernier le souhaite et à l'effacement de sa sanction disciplinaire de son dossier scolaire et de tout autre document le concernant dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à M. C A et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée au directeur régional de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de Corse.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, où siégeaient :

- M. Pierre Monnier, président ;

- Mme Christine Castany, première conseillère ;

- Mme Pauline Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIERL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

C. CASTANY

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

No 2100043

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