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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100083

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100083

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100083
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP MORELLI-MAUREL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 janvier 2021 et le 1er mars 2022, M. A B, représenté par la SELARL BG Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 4 août 2020 par lequel le maire de Pianottoli-Caldarello a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison sur les parcelles cadastrées section D n°s 1091, 1298 et 1299, lieudit Cervi, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux présenté le 23 septembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Pianottoli-Caldarello la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- il bénéficie d'un permis tacite que l'arrêté litigieux a retiré en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- c'est à tort que l'arrêté litigieux lui oppose l'absence de garantie d'accès aux parcelles d'implantation, alors que son projet est desservi par une voie privée ouverte à la circulation publique ;

- en classant son terrain en zone constructible, la carte communale est bien compatible avec les orientations du plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) qui établit comme objectif et priorité la densification et la structuration des espaces urbanisés, notamment les taches urbaines ;

- cet arrêté méconnaît les articles L. 121-8 et L. 121-13 du code de l'urbanisme, son projet ne constituant pas une extension d'urbanisation en ce qu'il porte sur une annexe à une maison existante et demeure d'une ampleur limitée vis-à-vis de celle-ci et de l'urbanisation environnante dans laquelle il prend place ;

- l'arrêté litigieux méconnaît l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, en retirant un permis tacite qui n'était pas illégal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2021, la commune de Pianottoli-Caldarello, représentée par Me Giovannangeli, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La commune soutient que :

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés ;

- par voie de substitution de motifs, le projet ne respecte pas les règles d'assainissement, ainsi qu'il résulte de l'avis défavorable du service public d'assainissement non collectif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 mars 2020, M. B a déposé en mairie de Pianottoli-Caldarello une demande de permis de construire une maison sur les parcelles cadastrées section D n°s 1091, 1298 et 1299, lieudit Cervi. Par l'arrêté du 4 août 2020, le maire a refusé de lui délivrer le permis sollicité. Par une lettre notifiée le 25 septembre 2020, M. B a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté, que le maire a implicitement rejeté par une décision intervenue le 25 novembre 2020. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 août 2020 et la décision intervenue le 25 novembre 2020.

2. En premier lieu, l'article 12 ter de l'ordonnance 2020-306 indique : " les délais d'instruction des demandes d'autorisation et de certificats d'urbanisme et des déclarations préalables prévus par le livre IV du code de l'urbanisme, () qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus. Ils reprennent leur cours à compter du 24 mai 2020 ".

3. Aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction ". Aux termes de l'article R. 423-19 de ce code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; / c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager ". Aux termes de l'article R. 424-1 dudit code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : () b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite () ". Aux termes de l'article R. 423-22 de ce code : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". Aux termes de l'article R. 423-38 du même code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Enfin aux termes de l'article R. 423-39 dudit code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : () c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ".

4. L'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles (). " Et l'article L. 211-2 de ce code précise : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ".

5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que la décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être précédées d'une procédure contradictoire, permettant au titulaire du permis de construire d'être informé de la mesure qu'il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d'un délai suffisant pour présenter ses observations.

6. En l'espèce, il est constant qu'à la suite du dépôt par M. B, le 4 mars 2020, de sa demande de permis de construire, le service instructeur lui a demandé, le 9 mars 2020, de produire des pièces complémentaires qu'il a communiquées le 29 avril 2020. Dès lors, le délai d'instruction n'a commencé à courir qu'à compter du 24 mai 2020, en application des dispositions de l'ordonnance du 25 mars 2020 citées au point 2. Il s'ensuit que le 24 juillet 2020, le pétitionnaire est devenu titulaire d'un permis tacite que l'arrêté litigieux du 4 août 2020 a implicitement mais nécessairement retiré. Dès lors, en n'informant pas l'intéressé de la mesure de retrait du permis qu'il envisageait de prendre, le maire de Pianottoli-Caldarello n'a pas respecté la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, sans que la commune puisse se prévaloir de circonstances exceptionnelles prévues à l'article L. 121-2 de ce code, dont l'ordonnance précitée a justement pour objet de tenir compte, en suspendant les délais d'instruction des demandes d'autorisation d'urbanisme. En outre, contrairement à ce que cette commune soutient, dès lors que le maire était nécessairement conduit, pour relever l'éventuelle illégalité de l'arrêté litigieux, à porter une appréciation sur les faits de l'espèce, notamment sur le caractère urbanisé ou non de l'espace dans lequel la construction projetée se situe, il ne se trouvait donc pas, pour procéder à ce retrait, en situation de compétence liée. Il s'ensuit que M. B ayant été privé d'une garantie, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être accueilli. Enfin, une telle irrégularité fait obstacle à ce que la commune de Pianottoli-Caldarello puisse utilement demander une substitution de motif.

7. En second lieu, le permis de construire, qui est délivré sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise avec la réglementation d'urbanisme. Dès lors, si le juge administratif doit, pour apprécier la légalité du permis au regard des règles d'urbanisme relatives à la desserte et à l'accès des engins d'incendie et de secours, s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne lui appartient pas de vérifier ni la validité de cette servitude ni l'existence d'un titre permettant l'utilisation de la voie qu'elle dessert, si elle est privée, dès lors que celle-ci est ouverte à la circulation publique.

8. Pour refuser de délivrer à M. B le permis sollicité, le maire de Pianottoli-Caldarello a estimé que " l'accès aux parcelles d'implantation n'est pas cadastralement garanti ". Or, il est constant que si la construction projetée est desservie par une voie privée, cette dernière est ouverte à la circulation publique. Dès lors, contrairement à ce que la commune soutient, il n'incombait pas au pétitionnaire de produire la servitude de passage requise à l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme qui ne s'applique qu'aux terrains qui ne sont pas directement desservis par une voie ouverte à la circulation publique. En outre, si la commune fait valoir que cet accès n'est pas suffisant au regard des dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-5 du code de l'urbanisme, en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que les modalités de desserte du projet en cause porteraient atteinte à la sécurité des conditions de circulation au sens de ces dispositions. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être accueilli.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 août 2020 et de sa décision implicite de rejet de son recours gracieux, intervenue le 25 novembre 2020.

10. Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens invoqués par le requérant ne sont pas susceptibles, en l'état du dossier, de fonder l'annulation prononcée.

Sur les frais liés au litige :

11. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Pianottoli-Caldarello une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. B, qui n'est pas la partie perdante, verse à la commune de Pianottoli-Caldarello une quelconque somme au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 août 2020 du maire de Pianottoli-Caldarello et sa décision intervenue le 25 novembre 2020 de rejet du recours gracieux de M. B sont annulés.

Article 2 : La commune de Pianottoli-Caldarello versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Pianottoli-Caldarello.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

M. Hanafi Hallil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIERLa greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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