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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100087

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100087

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100087
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP RIBAUT-PASQUALINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2021, M. A B, représenté par Me Ribaut-Pasqualini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 octobre 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Corse a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinq euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un erreur de fait en ce que deux de ses enfants mineurs ont demandé d'accéder à la nationalité française ;

- elle est entachée d'une défaut d'examen sérieux de sa situation en ce que l'administration n'a pas pris en compte les circonstances particulières de son séjour en France ;

- elle méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2021, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pauline Muller, conseillère ;

- et les observations de Me Vega, substituant Me Ribaut-Pasqualini, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant dominicain, né en 1973, a sollicité, le 2 juillet 2020, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité de parent d'enfant français. Par une décision du 20 octobre 2020, le préfet de la Haute-Corse a refusé de lui délivrer un titre de séjour. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, pour prendre la décision attaquée, le préfet de la Haute-Corse s'est notamment fondé sur la circonstance que les enfants de M. B qui détiennent la nationalité française sont majeurs et si, comme le soutient M. B, deux de ses enfants mineurs ont sollicité l'octroi de la nationalité française postérieurement à la décision attaquée, le préfet, n'a, ce faisant, pas entaché sa décision d'une erreur de fait.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Corse n'aurait pas procédé à un examen de la situation particulière de M. B.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que les enfants de M. B qui détenaient la nationalité française à la date de la décision attaquée étaient majeurs. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour le préfet de la Haute-Corse a méconnu les dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré pour la première fois sur le territoire français en 1989, qu'il est incarcéré depuis le 14 septembre 2011 et détenu au centre de détention de Casabianda depuis le 19 décembre 2019. Si M. B se prévaut de sa relation de couple avec une compatriote, titulaire d'une carte de résident, avec qui il a eu huit enfants, dont certains ont la nationalité française, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a reconnu sept de ces enfants qu'en 2015 et qu'il a été condamné en 2013 par la cour d'assises de la Guadeloupe à une peine de réclusion criminelle de 18 ans en raison de faits de viol avec plusieurs circonstances aggravantes, de viol sur un mineur de quinze ans, d'agression sexuelle sur un mineur de quinze ans par un ascendant et d'agression sexuelle imposée à un mineur et à un retrait total de l'autorité parentale. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet de plusieurs condamnations entre les années 1998 et 2013 notamment pour des faits de refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, de vol en réunion, de conduite d'un véhicule sans permis et ainsi qu'il a été dit précédemment pour des faits de viols et d'agression sexuelle sur mineur. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision attaquée a été prise et n'a, dès lors pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 20 octobre 2020 du préfet de la Haute-Corse. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, par voie de conséquence, qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Corse.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Vanhullebus, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Pauline Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2022.

La rapporteure,

signé

P. MULLER

Le président,

signé

T. VANHULLEBUS

La greffière,

signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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