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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100153

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100153

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGILLIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 5 février 2021, le 27 avril 2021 et le 8 avril 2022, M. A B, représenté par Me B, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 16 décembre 2020 par lequel le maire de Porto-Vecchio a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison, un garage et une piscine sur la parcelle cadastrée section C n° 309, lieudit Quartier Pascialella ;

2°) d'annuler l'avis conforme défavorable du préfet de la Corse-du-Sud en date du 7 décembre 2020 ;

3°) de mettre respectivement à la charge de l'Etat et de la commune de Porto-Vecchio une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- sa requête est recevable en ce que les formalités de notification prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ne lui sont pas opposables ;

- ses conclusions à fin d'annulation de l'avis conforme du préfet de la Corse-du-Sud sont recevables, celui-ci lui faisant grief ;

- l'arrêté litigieux et l'avis conforme du préfet méconnaissent l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, en ce qu'il a bénéficié d'un certificat d'urbanisme positif qui lui a été délivré le 15 septembre 2017 ; son projet se situe dans le quartier de Pascialella qui est en continuité de celui de la Trinité qui est densément urbanisé ; son projet d'installation d'assainissement non collectif est conforme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2021, la commune de Porto-Vecchio conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La commune soutient :

- que la requête est irrecevable, les formalités de notification prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme n'ayant pas été accomplies ;

- que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'avis conforme du préfet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Kujawa substituant Me B, avocate de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Le 29 juillet 2020, M. B a déposé en mairie de Porto-Vecchio une demande de permis de construire une maison, un garage et une piscine sur la parcelle cadastrée section C n° 309, lieudit Quartier Pascialella. Par l'arrêté du 16 décembre 2020, le maire de Porto-Vecchio a refusé de lui délivrer le permis sollicité. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'avis du 22 novembre 2018 :

2. Aux termes de l'article L. 422-6 du code de l'urbanisme : " En cas d'annulation par voie juridictionnelle ou d'abrogation d'une carte communale, d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ou de constatation de leur illégalité par la juridiction administrative ou l'autorité compétente et lorsque cette décision n'a pas pour effet de remettre en vigueur un document d'urbanisme antérieur, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale recueille l'avis conforme du préfet sur les demandes de permis ou les déclarations préalables postérieures à cette annulation, à cette abrogation ou à cette constatation ".

3. L'avis conforme qu'a recueilli en l'espèce le maire de Porto-Vecchio auprès du préfet de la Corse-du-Sud, compte tenu de l'annulation pour excès de pouvoir de la délibération en date du 30 juillet 2009 du conseil municipal de Porto-Vecchio approuvant le plan local d'urbanisme, prononcée par jugement du tribunal administratif de Bastia du 20 mai 2011, n'est pas détachable de la décision statuant sur la demande de permis de construire dont le maire était saisi et n'a ainsi pas le caractère d'un acte faisant grief. Il s'ensuit que les conclusions dirigées contre l'avis émis le 7 décembre 2020 par le préfet de la Corse-du-Sud ne sont pas recevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants () ". Il résulte de ces dispositions que l'urbanisation peut être autorisée en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction nouvelle ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.

5. Le plan d'aménagement et de développement durable de Corse (PADDUC), qui précise, en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application des dispositions citées ci-dessus, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'elle constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs, un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. En outre, le PADDUC prévoit, que, pour apprécier si un projet s'implante en continuité d'un village ou d'une agglomération, il convient de tenir compte de critères tenant à la distance de la construction projetée par rapport au périmètre urbanisé existant, à l'existence de ruptures avec cet ensemble, tels qu'un espace naturel ou agricole ou une voie importante, à la configuration géographique des lieux et aux caractéristiques propres de la forme urbaine existante.

6. Il ressort des pièces du dossier et du site officiel Géoportail, accessible tant au juge qu'aux parties, que le projet de M. B s'implante dans un secteur d'habitat diffus qui, compte tenu des caractéristiques propres de la forme urbaine existante, ne saurait être regardé comme ayant une fonction structurante à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire. Il s'ensuit que, sans que le requérant puisse utilement se prévaloir de la délivrance le 15 septembre 2017 d'un certificat d'urbanisme positif ni de la seule circonstance que son projet est desservi par les réseaux, il n'est pas fondé à soutenir, par voie d'exception, que l'avis défavorable du préfet de la Corse-du-Sud du 7 décembre 2020 a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC. Dans ces conditions, cet avis n'étant pas illégal, le maire de Porto-Vecchio était en situation de compétence liée pour refuser de lui délivrer un permis de construire. Ainsi, M. B ne peut en tout état de cause utilement soutenir que l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Porto-Vecchio du 16 décembre 2020.

Sur les frais liés au litige :

8. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Porto-Vecchio et l'Etat, qui ne sont pas les parties perdantes, versent à M. B une quelconque somme au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens. D'autre part, la commune de Porto-Vecchio n'établissant pas avoir exposé des frais non compris dans les dépens, les conclusions qu'elle a présentées sur le même fondement ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Porto-Vecchio présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la commune de Porto-Vecchio.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

M. Hanafi Hallil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIERLa greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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