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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100264

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100264

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS ROMANI-CLADA -MAROSELLI- ARMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 mars 2021, le 8 juin 2021 et le 13 juillet 2021, la SARL Muratorre, représentée par Me Armani, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 27 janvier 2021 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud a prononcé la fermeture administrative pour une durée de trois mois de l'établissement " Le café de Paris ", dans la commune d'Ajaccio ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pas fait l'objet de la mise en demeure préalable prévue à l'article 29 du décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;

- cet arrêté est entaché d'erreur de droit, dès lors que ni l'arrêté litigieux ni le rapport administratif désignent la personne morale responsable ;

- cet arrêté est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur de fait en ce que le rapport administratif ne fait pas foi quant à la matérialité des faits, en l'absence de constat personnel, faute de transmission préalable des procès-verbaux d'intervention des services de police et d'une condamnation pénale prononcée à son encontre ;

- cet arrêté est entaché d'erreur d'appréciation en ce que l'urgence n'est pas justifiée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 mai 2021 et le 9 juillet 2021, le préfet de la Corse-du-Sud conclut au rejet de la requête. Le préfet soutient que les moyens soulevés par la SARL Muratorre ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 2021-160 du 15 février 2021 ;

- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Muratorre demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2021 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud, a prononcé la fermeture administrative pour une durée de trois mois de l'établissement " Le café de Paris ", situé 6 place Charles de Gaulle, dans la commune d'Ajaccio.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 3131-15 du code de la santé publique dans sa rédaction alors en vigueur : " I. Dans les circonscriptions territoriales où l'état d'urgence sanitaire est déclaré, le Premier ministre peut, par décret réglementaire pris sur le rapport du ministre chargé de la santé, aux seules fins de garantir la santé publique : () 5° Ordonner la fermeture provisoire et réglementer l'ouverture, y compris les conditions d'accès et de présence, d'une ou plusieurs catégories d'établissements recevant du public ainsi que des lieux de réunion, en garantissant l'accès des personnes aux biens et services de première nécessité ; () ". Selon l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire : " Le préfet de département est habilité à interdire, à restreindre ou à réglementer, par des mesures réglementaires ou individuelles, les activités qui ne sont pas interdites en vertu du présent titre. Lorsque les circonstances locales l'exigent, le préfet de département peut en outre fermer provisoirement une ou plusieurs catégories d'établissements recevant du public ainsi que des lieux de réunions, ou y réglementer l'accueil du public. Le préfet de département peut, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, ordonner la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables en application du présent décret ".

3. Il ressort des pièces du dossier que par une lettre notifiée le 26 janvier 2021 à M. C A, gérant de la SARL Muratorre, le préfet de la Corse-du-Sud a mis ce dernier en demeure de respecter les mesures nationales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, dans un délai de 4 heures à compter de cette notification, en l'invitant à se présenter en préfecture afin de présenter ses observations. Au demeurant, il résulte des termes de l'arrêté litigieux, il n'est d'ailleurs pas contesté par la SARL Muratorre, que M. A a présenté, le jour même, ses observations aux services de l'Etat. Il suit de là que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux du 27 janvier 2021 n'aurait pas été précédé de la mise en demeure prévue par les dispositions précitées du décret du 29 octobre 2020. Ainsi, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

4. En deuxième lieu, selon le I de l'article 40 du décret du 29 octobre 2020 : " I. Les établissements relevant des catégories mentionnées par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation figurant ci-après ne peuvent accueillir du public : 1° Etablissements de type N : Restaurants et débits de boisson ;

() Par dérogation, les établissements mentionnés au présent I peuvent continuer à accueillir du public pour leurs activités de livraison et de vente à emporter, le room service des restaurants et bars d'hôtels et la restauration collective sous contrat ".

5. En application des dispositions précitées des articles 29 et 40 du décret du 29 octobre 2020, l'arrêté litigieux ordonnant la fermeture de l'établissement " Le café de Paris " a été notifié à M. A. Ainsi qu'il a été dit au point 3, M. A est le gérant de la SARL Muratorre qui exploite cet établissement. Ainsi, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en ne désignant pas la personne morale responsable, l'arrêté litigieux serait entaché d'erreur de droit.

6. En troisième lieu, il ressort du rapport administratif de M. B, directeur départemental de la sécurité publique départementale de la Corse-du-Sud, en date du 22 janvier 2021, que le même jour, des agents de cette direction ont notamment constaté la présence, dans l'établissement " Le café de Paris ", de 12 personnes en train de consommer des boissons, sans être porteuses d'un masque de protection sanitaire. La société requérante ne conteste pas sérieusement la matérialité de tels faits en se bornant à se prévaloir de l'article 537 du code de procédure pénale et en soutenant que l'arrêté litigieux n'a pas été précédé de la transmission des procès-verbaux d'intervention des services de police et qu'elle n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale. Il s'ensuit que c'est sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur de fait que le préfet de la Corse-du-Sud lui a ordonné la fermeture administrative de son établissement.

7. En quatrième et dernier lieu, l'arrêté litigieux fait état de l'urgence s'attachant à la prévention de tout comportement de nature à augmenter ou à favoriser les risques de contagion. La double circonstance que cet arrêté n'a été notifié à la société requérante que le 2 février 2021, soit 6 jours après avoir été signé par le préfet de la Corse-du-Sud et que cette signature n'est elle-même intervenue que 5 jours après le rapport administratif cité au point précédent est sans incidence sur la légalité de cette décision. Ainsi, un tel moyen est inopérant.

8. Il résulte de ce qui précède que la SARL Muratorre n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Corse-du-Sud du 27 janvier 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Muratorre est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Muratorre et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

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