jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2100370 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP CASALTA - GASCHY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 avril 2021 et le 8 juillet 2022, M. A B, représenté par la SCP Casalta - Gaschy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2021 par lequel le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud, l'a placé à la retraite à compter du 13 septembre 2017 pour invalidité imputable au service ;
2°) d'ordonner une expertise confiée à un expert psychiatre qui aura pour mission de déterminer s'il doit être placé à la retraite, de déterminer la date de consolidation de son état de santé, de déterminer la date de mise à la retraite et d'évaluer le taux d'infirmité en lien avec l'accident de service du 13 juillet 2014 ;
3°) d'assortir l'injonction prononcée par le jugement n° 1801009 [1700904 et 1800261] du 20 septembre 2018 de reversement du demi-traitement supprimé à tort depuis le 13 septembre 2017 d'une astreinte de 50 euros par jour de retard en cas d'inexécution dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'administration ne justifie pas de ce que la consultation du comité médical et de la commission de réforme a été effectuée dans le respect des règles de procédures posées par le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- elle ne justifie pas de ce que l'avis préalable conforme du ministère du budget a été recueilli de manière régulière en application de l'article R. 49 bis du code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé dès lors qu'il se fonde sur l'avis du 25 avril 2019 de la commission de réforme entérinant le taux de l'expert sans indiquer ce taux et sans annexer le rapport de l'expert ;
- il ne peut être placé à la retraite rétroactivement au 13 septembre 2017 alors qu'il était toujours en arrêt de maladie et n'avait pas épuisé ses droits à huit ans de congés de longue durée ;
- il conteste le taux d'infirmité de 10% retenu le 15 février 2019 par l'expert de l'administration, entériné par la commission de réforme le 25 avril 2019 et validé par l'arrêté attaqué, en ce que le rapport de l'expert est insuffisamment circonstancié.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 mai 2022 et le 1er septembre 2022, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;
- les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de faire usage des pouvoirs d'injonction d'office qu'il tient des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative en enjoignant au ministre de l'intérieur et des outre-mer de verser à M. B son plein traitement du 13 septembre 2017 au 4 février 2021, sous astreinte.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pauline Muller, conseillère ;
- et les conclusions de M. Hanafi Halil, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, brigadier-chef à la direction départementale de la police aux frontières de la Corse-du-Sud, a été victime le 13 juillet 2014, alors qu'il se rendait au travail avec son véhicule, d'une agression à main armée qui a été reconnue comme accident de service par un arrêté du préfet de la zone de défense et de sécurité Sud du 3 mars 2016. Il a alors été placé en congé de maladie pour un état dépressif chronique post-traumatique sévère imputable au service. Par un arrêté du 4 février 2021, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud a placé M. B à la retraite à compter du 13 septembre 2017 pour invalidité imputable au service. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat dans sa rédaction applicable à la date de l'accident : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 35. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ; ". Aux termes de l'article 63 de cette loi, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque les fonctionnaires sont reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions, le poste de travail auquel ils sont affectés est adapté à leur état physique. Lorsque l'adaptation du poste de travail n'est pas possible, ces fonctionnaires peuvent être reclassés dans des emplois d'un autre corps s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes () ". Aux termes de l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire civil qui se trouve dans l'incapacité permanente de continuer ses fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladie contractées ou aggravées soit en service, soit en accomplissant un acte de dévouement dans un intérêt public, soit en exposant ses jours pour sauver la vie d'une ou plusieurs personnes et qui n'a pu être reclassé dans un autre corps en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée peut être radié des cadres par anticipation soit sur sa demande, soit d'office à l'expiration d'un délai de douze mois à compter de sa mise en congé si cette dernière a été prononcée en application des 2° et 3° de l'article 34 de la même loi ou à la fin du congé qui lui a été accordé en application du 4° du même article () ".
3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le fonctionnaire dont les blessures ou la maladie proviennent d'un accident de service, d'une maladie contractée ou aggravée en service ou de l'une des autres causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, et qui se trouve dans l'incapacité permanente d'exercer ses fonctions au terme d'un délai de douze mois à compter de sa mise en congé maladie, sans pouvoir bénéficier d'un congé de longue maladie ou d'un congé de longue durée, doit bénéficier de l'adaptation de son poste de travail ou, si celle-ci n'est pas possible, être mis en mesure de demander son reclassement dans un emploi d'un autre corps ou cadre d'emploi, s'il a été déclaré en mesure d'occuper les fonctions correspondantes. S'il ne demande pas son reclassement ou si celui-ci n'est pas possible, il peut être mis d'office à la retraite par anticipation. Il appartient à l'autorité compétente de se prononcer sur la situation de l'intéressé au vu des avis émis par le comité compétent, sans être liée par ceux-ci. En l'absence de modification de la situation de l'agent, l'administration a l'obligation de le maintenir en congé de maladie avec plein traitement jusqu'à la reprise de service ou jusqu'à sa mise à la retraite, qui ne peut prendre effet rétroactivement.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été victime, le 13 juillet 2014, d'un accident qui a été reconnu imputable au service par un arrêté du 3 mars 2016. L'intéressé a été placé en congé de maladie ordinaire à plein traitement du 13 septembre 2016 au 12 septembre 2017 et a été ensuite déclaré inapte de manière absolue et définitive à compter du 13 septembre 2017 par un avis du comité médical du 27 juin 2017 et des avis de la commission de réforme interdépartementale du 19 octobre 2017 et du 25 avril 2019. Ainsi, l'administration avait l'obligation de maintenir l'intéressé en congé de maladie avec plein traitement jusqu'à la mise à la retraite et ne pouvait le placer rétroactivement à la retraite à compter du 13 septembre 2017 par un arrêté du 4 février 2021. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions combinées des articles 34 et 63 de la loi du 11 janvier 1984 et de l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite doit dès lors être accueilli.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête et sans qu'il soit besoin d'ordonner l'expertise sollicitée, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision qu'il attaque en tant qu'elle est entachée d'une rétroactivité illégale sur la période courant du 13 septembre 2017 au 4 février 2021
Sur l'injonction d'office :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
7. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement que le ministre de l'intérieur et des outre-mer verse à M. B son plein traitement pour la période du 13 septembre 2017 au 4 février 2021. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de procéder à ce versement dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
8. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de prononcer contre l'Etat, à défaut de justifier de l'exécution du présent jugement dans ce délai de deux mois, une astreinte de 100 euros par jour de retard jusqu'à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 4 février 2021 du préfet de la zone de défense et de sécurité Sud est annulé en tant qu'il est entaché d'une rétroactivité illégale sur la période courant du 13 septembre 2017 au 4 février 2021.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de verser à M. B son plein traitement pour la période du 13 septembre 2017 au 4 février 2021 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Une astreinte de cent euros par jour de retard est prononcée à l'encontre de l'Etat s'il n'est pas justifié de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné à l'article 2. Le ministre communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter le présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la zone de défense et de sécurité Sud.
Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Thierry Vanhullebus, président,
M. Jan Martin, premier conseiller,
Mme Pauline Muller, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
P. MULLER
Le président,
Signé
T. VANHULLEBUS
La greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
R. ALFONSI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026