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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100399

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100399

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100399
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGASNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 avril 2021 et le 13 avril 2022, M. A B et Mme C B, représentés par Me Gasnier, demandent au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite par laquelle le maire d'Ajaccio a refusé d'abroger le plan local d'urbanisme en tant qu'il classe les parcelles cadastrées section BN n°s 1, 2, 73, 82, 84, 86 et 88, situées au lieudit " La Carosaccia ", dans les espaces stratégiques agricoles au titre du plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) ;

2°) d'annuler ce plan en tant qu'il classe les parcelles précitées dans lesdits espaces stratégiques agricoles ;

3°) d'abroger partiellement ce plan en tant qu'il classe les parcelles précitées dans lesdits espaces stratégiques agricoles ;

4°) de mettre à la charge de la commune d'Ajaccio la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- la commission d'enquête publique sur la révision du PADDUC n'a pas été en mesure de donner un avis individualisé sur leurs observations, ne permettant pas à l'Assemblée de Corse d'être parfaitement éclairée afin de délibérer sur la modification de la cartographie dudit plan ;

- pour les mêmes raisons, la commission d'enquête publique sur le projet de plan local d'urbanisme de la commune d'Ajaccio n'a pas permis au conseil municipal d'être parfaitement éclairé afin de délibérer sur ce plan ;

- l'évaluation par la commune des 1 621 hectares d'espaces stratégiques agricoles à préserver n'a pas tenu compte des critères de qualification retenus par le PADDUC ;

- le classement de leurs parcelles dans les espaces stratégiques agricoles est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, en ce qu'elles présentent une pente moyenne supérieure à 20 %, ne remplissent pas les conditions d'irrigation et ne justifient pas d'un caractère cultivable.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 novembre 2021 et le 2 juin 2022, la commune d'Ajaccio, représentée par la SELARL Parme Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des consorts B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La commune soutient que :

- la requête est irrecevable, en ce que les conclusions aux fins d'annulation et d'abrogation partielles du plan local d'urbanisme sont tardives ; le tribunal n'est pas compétent pour prononcer une telle abrogation ;

- les moyens soulevés par les consorts B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions subsidiaires de la requête à fin d'abrogation partielle du plan local d'urbanisme d'Ajaccio, par voie de conséquence de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation partielle dudit plan.

Des réponses ont été enregistrées, le part de M. A B et Mme C B les 9 juin et 21 juillet 2022 ; de la part de la commune d'Ajaccio les 17 juin et 4 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Gasnier, avocat des requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 25 novembre 2019, le conseil municipal d'Ajaccio a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune. Par une lettre présentée le 20 janvier 2021, les consorts B ont présenté un recours gracieux à fin d'abrogation de cette délibération auquel la commune d'Ajaccio n'a pas répondu. Les consorts B doivent être regardés comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite, intervenue le 20 mars 2021, par laquelle le maire d'Ajaccio a refusé de saisir le conseil municipal afin d'abroger le plan local d'urbanisme en tant qu'il classe les parcelles cadastrées section BN n°s 1, 2, 73, 82, 84, 86 et 88, situées au lieudit " La Carosaccia ", en zone constructible au titre des espaces stratégiques agricoles du PADDUC, d'annuler partiellement ledit plan local d'urbanisme et, à titre subsidiaire, de l'abroger partiellement.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées directement contre le plan local d'urbanisme :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ". Aux termes de l'article R. 153-20 du code de l'urbanisme : " Font l'objet des mesures de publicité et d'information prévues à l'article R. 153-21 : () 2° La délibération qui approuve, révise, modifie ou abroge un plan local d'urbanisme : () ". Aux termes de l'article R. 153-21 du même code, dans sa version applicable au litige : " Tout acte mentionné à l'article R. 153-20 est affiché pendant un mois au siège de l'établissement public de coopération intercommunale compétent et dans les mairies des communes membres concernées, ou en mairie. Mention de cet affichage est insérée en caractères apparents dans un journal diffusé dans le département. () / L'arrêté ou la délibération produit ses effets juridiques dès l'exécution de l'ensemble des formalités prévues au premier alinéa, la date à prendre en compte pour l'affichage étant celle du premier jour où il est effectué ". Il résulte des dispositions précitées que le délai de recours contentieux court, quelle que soit la date à laquelle le plan local d'urbanisme devient exécutoire, à compter de la plus tardive des deux dates correspondant, l'une au premier jour d'une période d'affichage en mairie d'une durée d'un mois, l'autre à la seconde des deux insertions effectuées dans la presse locale ou régionale.

3. Il ressort des pièces du dossier que la délibération du 25 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal d'Ajaccio a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune, a fait l'objet, d'une part, d'une publication dans deux quotidiens de la presse locale le 13 décembre 2019 au plus tard et, d'autre part, d'un affichage en mairie le 25 novembre 2019. Dès lors, le délai de recours contentieux a commencé à courir à compter de la date la plus tardive de ces formalités. Il s'ensuit que la requête n'ayant été enregistrée que le 13 avril 2021 au greffe du tribunal, soit après l'expiration du délai de recours de deux mois, la fin de non-recevoir tirée de ce que les conclusions à fin d'annulation partielle dudit plan local d'urbanisme sont tardives ne peut qu'être accueillie.

4. En second lieu, lorsqu'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'un acte réglementaire, le juge de l'excès de pouvoir apprécie la légalité de cet acte à la date de son édiction. S'il le juge illégal, il en prononce l'annulation. Ainsi saisi de conclusions à fin d'annulation recevables, le juge peut également l'être, à titre subsidiaire, de conclusions tendant à ce qu'il prononce l'abrogation du même acte.

5. Ainsi qu'il a été dit au point 3, les conclusions à fin d'annulation partielle du plan local d'urbanisme d'Ajaccio sont irrecevables. Par voie de conséquence, les conclusions subsidiaires à fin d'abrogation partielle dudit plan le sont également.

Sur les conclusions dirigées contre le refus d'abroger le plan local d'urbanisme :

6. Lorsqu'il est saisi de conclusions aux fins d'annulation du refus d'abroger un acte réglementaire, le juge de l'excès de pouvoir est conduit à apprécier la légalité de l'acte réglementaire dont l'abrogation a été demandée au regard des règles applicables à la date de sa décision.

7. Le plan local d'urbanisme d'Ajaccio classe les parcelles cadastrées section BN n°s 1, 2, 73, 82, 84, 86 et 88, situées au lieudit " La Carosaccia " en zone non constructible, en ce qu'elles sont comprises dans les espaces stratégiques agricoles au titre des prescriptions du règlement du PADDUC. Ces prescriptions résultent de la délibération n° 15/235 AC de l'Assemblée de Corse du 2 octobre 2015, qui ont été remises en vigueur à la suite de l'annulation prononcée par le tribunal, le 29 avril 2022, de la délibération n° 20/149 de ladite Assemblée en date du 5 novembre 2020. Il s'ensuit que les espaces stratégiques agricoles sont identifiés comme des terres cultivables et à potentialité agropastorale ou des terres cultivables équipées d'un équipement public d'irrigation ou en projet d'équipement, le caractère cultivable du terrain étant dans les deux cas déterminé par le fait que la pente du terrain considéré est inférieure ou égale à 15 %. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les parcelles en cause présentent une pente moyenne supérieure à 15 %. Dès lors, les requérants sont fondés à soutenir que le classement de leurs parcelles en zone non constructible du plan local d'urbanisme est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que les consorts B sont fondés à demander l'annulation de la décision implicite, intervenue le 20 mars 2021, par laquelle le maire d'Ajaccio a refusé de saisir le conseil municipal afin d'abroger le plan local d'urbanisme en tant qu'il classe les parcelles cadastrées section BN n°s 1, 2, 73, 82, 84, 86 et 88, situées au lieudit " La Carosaccia ", en zone non constructible au titre des espaces stratégiques agricoles du PADDUC.

9. Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens invoqués par les requérants ne sont pas susceptibles, en l'état du dossier, de fonder l'annulation prononcée.

Sur les frais liés au litige :

10. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune d'Ajaccio une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les consorts B et non compris dans les dépens. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les consorts B, qui ne sont pas la partie perdante, versent à la commune d'Ajaccio une quelconque somme au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite, intervenue le 20 mars 2021, par laquelle le maire d'Ajaccio a refusé de saisir le conseil municipal afin d'abroger le plan local d'urbanisme en tant qu'il classe les parcelles cadastrées section BN n°s 1, 2, 73, 82, 84, 86 et 88 en zone non constructible au titre des espaces stratégiques agricoles du PADDUC est annulée.

Article 2 : La commune d'Ajaccio versera aux consorts B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme C B et à la commune d'Ajaccio.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

M. Hanafi Halil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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