jeudi 1 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2100405 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GIANSILY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 avril 2021, M. A B, représenté par Me Giansily, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision du 18 septembre 2019 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Bastia a prolongé son placement en congés de maladie ordinaire pour la période du 26 octobre 2019 au 25 avril 2020 et a refusé son placement en congés de longue maladie ainsi que la décision du 17 février 2021 rejetant une seconde fois sa demande de placement en congés de longue maladie, pour la même période, après réexamen de sa situation ;
2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Bastia de lui octroyer un congé de longue maladie de six mois pour la période allant du 26 octobre 2019 au 25 avril 2020 et de procéder à la rectification de sa situation administrative, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise confiée à un expert ayant pour mission de dire s'il doit bénéficier d'un congé de longue maladie de six mois pour la période allant du 26 octobre 2019 au 25 avril 2020 ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Bastia la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
- il appartient à l'administration de justifier que le médecin du travail attaché à l'établissement a été informé de la réunion et de l'objet du comité médical ou de la commission départementale de réforme conformément aux dispositions de l'article 9 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;
- il appartient à l'administration de justifier que M. B a été informé de la date à laquelle le comité médical a examiné son dossier, de ses droits relatifs à la communication de son dossier et à la possibilité de faire entendre le médecin de son choix et des voies de recours possibles devant le comité médical supérieur conformément aux dispositions de l'article 7 du même décret ;
- les décisions attaquées sont entachées d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2022, le centre hospitalier de Bastia, représenté par Me Peres, conclut au rejet des conclusions à fin d'injonction.
Il soutient que :
- les moyens de légalité externe soulevés par le requérant ne permettent pas de fonder l'injonction sollicitée ;
- les conclusions des expertises dont se prévaut le requérant sont contredites par celles du médecin psychiatre qui a émis son avis lors des séances du 10 septembre 2019 et du 2 juin 2020 du comité médical départemental.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête en raison de leur tardiveté.
Par un mémoire, enregistré le 5 mai 2023, M. B a produit des observations en réponse à cette mesure d'information.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;
- l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pauline Muller, conseillère ;
- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, préparateur en pharmacie au sein du centre hospitalier de Bastia, a sollicité l'octroi d'un congé de longue maladie pour la période du 26 octobre 2019 au 25 avril 2020. Par une décision du 18 septembre 2019, le directeur du centre hospitalier de Bastia a, après avis défavorable du comité médical départemental sur la demande de l'intéressé, refusé de faire droit à cette demande et a prolongé le placement en congés de maladie ordinaire de M. B du 26 octobre 2019 au 25 avril 2020. Par un recours gracieux reçu le 21 octobre 2019, M. B a sollicité auprès de la directrice des ressources humaines de centre hospitalier de Bastia un nouvel examen de son dossier. Par une décision du 17 février 2021, après un nouvel avis défavorable du 2 juin 2020 du comité médical départemental sur la demande de congés de longue maladie de M. B, le directeur du centre hospitalier de Bastia a rejeté une seconde fois la demande de l'intéressé. M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 18 septembre 2019 ainsi que celle du 17 février 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 18 septembre 2019 :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / Le délai prévu au premier alinéa n'est pas applicable à la contestation des mesures prises pour l'exécution d'un contrat ".
3. Aux termes de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les dispositions de la présente sous-section ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents ". Aux termes de l'article L. 112-6 de ce code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. / Le défaut de délivrance d'un accusé de réception n'emporte pas l'inopposabilité des délais de recours à l'encontre de l'auteur de la demande lorsqu'une décision expresse lui a été régulièrement notifiée avant l'expiration du délai au terme duquel est susceptible de naître une décision implicite ".
4. Enfin, aux termes de l'article L. 231-4 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet : () 5° Dans les relations entre l'administration et ses agents ".
5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir.
6. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée, qui comporte la mention des voies et délais de recours, a fait l'objet d'un recours gracieux par un courrier reçu le 21 octobre 2019 par le centre hospitalier de Bastia. Une décision implicite de rejet est née le 21 décembre 2019 du silence gardé par le directeur du centre hospitalier de Bastia sur ce recours gracieux. M. B disposait pour contester ce rejet implicite, d'un délai de recours contentieux de deux mois à compter de la naissance de cette décision. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 18 septembre 2019, enregistrées au greffe du tribunal le 14 avril 2021, sont tardives et, dès lors, irrecevables.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 17 février 2021 :
7. Aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence () ". Aux termes de l'article 18 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable au litige : " Pour l'application de l'article 41 (3°) de la loi du 9 janvier 1986 susvisée, le ministre chargé de la santé établit par arrêté, après avis du comité médical supérieur, une liste indicative de maladies qui, si elles répondent en outre aux critères définis par ces dispositions législatives, peuvent ouvrir droit à congé de longue maladie après avis du comité médical. / Toutefois le bénéfice d'un congé de longue maladie demandé pour une affection qui n'est pas inscrite sur la liste prévue à l'alinéa précédent peut être accordé après l'avis du comité médical compétent ". Aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 14 mars 1986 relatif à la liste des maladies donnant droit à l'octroi de congés de longue maladie : " Les affections suivantes peuvent donner droit à un congé de longue maladie () : / () - maladies mentales () ".
8. Il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement du rapport d'expertise du psychiatre qui a examiné M. B le 11 juin 2019 à la demande du centre hospitalier, que l'intéressé est suivi par un psychiatre depuis le 20 août 2018 et bénéficie d'un traitement médicamenteux psychotrope dès lors qu'il souffre d'un affaiblissement de l'humeur de base, d'une anxiété de fond, d'un vécu d'injustice avec des éléments de persécution, un ralentissement psychomoteur, une tendance à l'anhédonie et à l'apragmatisme avec des troubles du caractère et du sommeil. L'expert qui a examiné M. B le 11 juin 2019 indique que ce dernier souffre d'un état dépressif, d'une anxiété et labilité émotionnelle avec vécu sensitif d'injustice et de souffrance au travail sans dissociation ni inhibition psycho-motrice, ni état délirant clinique observable, conclut à la présence de troubles anxio-dépressif dans un contexte de bipolarité ayant nécessité en avril 2019 une hospitalisation psychiatrique et considère qu'un congé de longue maladie de six mois est justifié à compter du 3 mai 2019. Le second expert qui a examiné M. B le 24 mars 2020 à la demande du comité médical, fait état de ce que le requérant bénéficie d'un traitement psychotrope et indique qu'il souffre d'un épisode dépressif majeur caractérisé en lien probable avec un surmenage professionnel et que son état de santé justifie un placement en congé de longue maladie pour une durée de douze mois à compter du 3 mai 2019. Il résulte de ces conclusions médicales que l'état dépressif dont souffre M. B, qui constitue une maladie mentale au sens de l'article 2 de l'arrêté du 14 mars 1986, au regard des symptômes mis en évidence, met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. L'état de santé de M. B nécessite par ailleurs un traitement et des soins prolongés. Il s'ensuit que M. B est fondé à soutenir que, malgré la circonstance que le comité médical départemental ait émis le 10 septembre 2019 un avis défavorable à l'octroi d'un congé de longue maladie pour une durée de douze mois à compter du 3 mai 2019 puis le 2 juin 2020 un second avis défavorable à l'octroi d'un congé de longue maladie pour une durée de douze mois à compter du 26 avril 2019, en refusant de faire droit à sa demande de congés de longue maladie le directeur du centre hospitalier de Bastia a fait une inexacte application des dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986.
9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ni d'ordonner l'expertise sollicitée, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision qu'il attaque.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".
11. Le motif d'annulation de la décision du 17 février 2021 implique nécessairement qu'il soit enjoint au directeur du centre hospitalier de Bastia de placer M. B en congés de longue maladie pour la période du 26 octobre 2019 au 25 avril 2020. Il y a lieu d'enjoindre au directeur du centre hospitalier de Bastia de procéder à ce placement en congés de longue maladie dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Bastia une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 17 février 2021 du directeur du centre hospitalier de Bastia est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au directeur du centre hospitalier de Bastia de placer M. B en congés de longue maladie pour la période du 26 octobre 2019 au 25 avril 2020.
Article 3 : Le centre hospitalier de Bastia versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier de Bastia.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Thierry Vanhullebus, président,
M. Jan Martin, premier conseiller,
Mme Pauline Muller, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.
La rapporteure,
signé
P. MULLER
Le président,
signé
T. VANHULLEBUS
Le greffier,
signé
A. AUDOUIN
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
A. AUDOUIN
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026