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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100465

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100465

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBLEINES-FERRARI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2021, M. D C, représenté par Me Bleines-Ferrari, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 19 novembre 2020 par lequel le maire de Sollacaro a délivré à M. B A un permis de construire en vue de la réduction de la surface de la terrasse en façade sud et de l'aménagement de 3 chambres à l'étage d'une construction existante, sur la parcelle cadastrée section D n°1078, située au lieudit " Cigala ", ensemble la décision implicite, née le 19 mars 2021, de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Sollacaro la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- l'arrêté litigieux ne vise aucun avis obligatoire qui aurait été sollicité durant l'instruction de la demande de permis ; le projet étant situé à proximité du site préhistorique de Filitosa aurait dû justifier l'avis de la direction régionale des affaires culturelles ;

- cet arrêté est entaché d'illégalité en ce que le permis délivré initialement le 16 septembre 2008 est devenu caduc ;

- le projet consistant à augmenter la surface de plancher existante de 50 m2 aurait dû faire l'objet d'une demande d'un nouveau permis de construire ;

- l'arrêté litigieux ne vise pas l'aménagement de trois chambres à l'étage ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article R. 421-3 du code de l'urbanisme en ce que la demande de permis ne cite pas l'autorisation du propriétaire de la parcelle cadastrée section D n°1190 où se situe le projet ainsi que celles de l'article R. 111-17 de ce code dès lors que le projet se situe au-delà de la limite parcellaire.

Un mémoire de M. C a été enregistré le 7 avril 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, fixée au 25 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Une note en délibéré de M. C a été enregistrée le 11 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a déposé le 14 septembre 2020 en mairie de Sollacaro une demande de permis de construire en vue de la réduction de la surface de la terrasse en façade sud et de l'aménagement de trois chambres à l'étage d'une construction existante, sur la parcelle cadastrée section D n°1078, située au lieudit " Cigala ". Par un arrêté du 19 novembre 2020, le maire de cette commune lui a délivré le permis sollicité. Par une lettre notifiée à cette commune le 19 janvier 2021, M. C a présenté un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté que le maire a implicitement rejeté par une décision intervenue le 19 mars 2021. M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 novembre 2020 et la décision du 19 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, M. C soutient que le permis litigieux ne vise aucun avis obligatoire, alors qu'en s'implantant à proximité du site préhistorique de Filitosa, il nécessitait la consultation préalable de la direction régionale des affaires culturelles. Toutefois, en s'abstenant de citer les dispositions qui auraient nécessité une telles consultation, ce moyen est dépourvu des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le formulaire joint à la demande de permis déposée le 14 septembre 2020 par M. A porte sur la modification d'un permis délivré en cours de validité. Or, ainsi qu'il ressort d'un procès-verbal d'audition du pétitionnaire par la gendarmerie nationale du 15 septembre 2017, les travaux de construction de cette maison, dont certains l'ont été sans autorisation, sont achevés depuis 2010. Dans ces conditions, les travaux projetés, qui visent notamment à créer 50 m2 de surface de plancher, doivent être regardés comme portant sur une construction nouvelle au sens de l'article R. 421-1 du code de l'urbanisme. Dès lors, le requérant ne saurait utilement soutenir que la péremption du permis initialement délivré en 2008 faisait obstacle à la délivrance d'un permis modificatif. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'utilisation d'un formulaire erroné ait pu être de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable. Par suite, le moyen tiré de ce que cette demande de permis aurait été irrégulièrement déposée ne saurait être accueilli.

4. En troisième lieu, la circonstance que l'arrêté litigieux ne vise pas l'aménagement de trois chambres à l'étage projeté par le pétitionnaire à l'appui de sa demande de permis de construire est sans incidence sur la légalité de ce permis.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées () : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux () ". En vertu de l'article R. 431-5 du même code ; la demande de permis de construire comporte " l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis ".

6. Il résulte de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 cité ci-dessus. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Il résulte de ce qui précède que les tiers ne sauraient utilement invoquer, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, la circonstance que l'administration n'en aurait pas vérifié l'exactitude. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif.

7. D'une part, il ressort du formulaire de demande de permis en cause que M. A a signé l'attestation selon laquelle il a qualité pour présenter une telle demande et, d'autre part, il n'est ni établi ni même allégué que cette attestation présenterait un caractère frauduleux. Dès lors, en tout état de cause, le moyen tiré du caractère irrégulier de cette attestation doit être écarté.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme : " A moins que le bâtiment à construire ne jouxte la limite parcellaire, la distance comptée horizontalement de tout point de ce bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans pouvoir être inférieure à trois mètres ".

9. Il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de bornage et de reconnaissance des limites produit à l'appui de la demande de permis de construire en cause, que le mur de soutènement de la terrasse en façade sud projetée par M. A sera implanté au-delà de la limite parcellaire. Dès lors, le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions de l'article R. 111-17 du code de l'urbanisme ne peut qu'être accueilli.

10. Il résulte de ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 novembre 2020 et de la décision du 19 mars 2021 de rejet de son recours gracieux en tant qu'ils portent sur le mur de soutènement de la terrasse en façade sud.

Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :

11. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ".

12. Le vice mentionné au point 9 du présent jugement, qui n'affecte qu'une partie du projet au sens des dispositions précitées, est susceptible d'être régularisé par la délivrance d'un permis au vu d'un projet modifié. Il y a lieu, en l'espèce, de fixer à trois mois le délai dans lequel le pétitionnaire pourra demander la régularisation du permis de construire.

Sur les frais liés au litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Sollacaro une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 novembre 2020 et la décision née le 19 mars 2021 sont annulés en tant qu'ils portent sur le mur de soutènement de la terrasse en façade sud.

Article 2 : Le délai dans lequel M. A pourra demander la régularisation du permis de construire délivré le 19 novembre 2020 est fixé à trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Sollacaro versera à M. C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à la commune de Sollacaro et à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud et au procureur de la République auprès du tribunal judiciaire d'Ajaccio.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

M. Hanafi Halil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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