vendredi 18 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2100479 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MOUSNY PANTALACCI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 mai 2021 et le 31 juillet 2021, la SARL Maisons prestige et tradition, représentée par Me Mousny-Pantalacci, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 2 mars 2021 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud a retiré la décision de non-opposition à sa déclaration préalable en vue de la division parcellaire en deux lots à fin de construire, sur les parcelles cadastrées section A n°s 187 et 2135, situées au lieudit " Tortajallo ", sur la commune de Peri, et s'est opposé à cette déclaration ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de non-opposition à sa déclaration préalable, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société requérante soutient que :
- l'arrêté litigieux retirant une décision de non-opposition à sa déclaration préalable intervenue tacitement le 9 décembre 2020, ne lui a pas été notifié dans le délai de 3 mois prévu par les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme ;
- cet arrêté méconnaît l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme, son projet étant connecté aux voies et réseaux, situé dans un hameau existant et pourvu d'équipements publics ;
- cet arrêté méconnaît l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme, la cartographie des espaces stratégiques agricoles du plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) n'ayant pas de caractère réglementaire et le préfet n'établissant pas que son terrain aurait un rôle et une place particuliers dans les systèmes d'exploitation locaux ;
- c'est à tort que le préfet lui a opposé la cartographie du PADDUC relative aux espaces stratégiques agricoles, celle-ci n'ayant pas de caractère réglementaire et le classement de ses parcelles dans lesdits espaces étant entaché d'erreurs de fait et d'appréciation dès lors que la pente y est supérieure à 15 %, que ces parcelles, qui sont de petites tailles, ne présentent aucun intérêt agricole, se situent dans un espace urbanisé et que les normes phytosanitaires font obstacle à un tel classement.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 juin 2021 et le 24 août 2021, le préfet de la Corse-du-Sud conclut au rejet de la requête. Le préfet soutient que les moyens soulevés par la SARL Maisons prestige et tradition ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Bleines-Ferrari, substituant Me Mousny-Pantalacci, avocat de la SARL Maisons prestige et tradition.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Maisons prestige et tradition a déposé le 9 novembre 2020 en mairie de Peri une déclaration préalable en vue de la division parcellaire en deux lots à fin de construire, sur les parcelles cadastrées section A n°s 187 et 2135, lieu-dit " Tortajallo ". Le 9 décembre 2020, faute de décision expresse intervenue dans le délai d'instruction d'un mois fixé par l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme, une décision tacite de non-opposition à déclaration préalable est intervenue. Par l'arrêté du 2 mars 2021, le préfet de la Corse-du-Sud a retiré ladite décision tacite et s'est opposé à cette déclaration. La SARL Maisons prestige et tradition demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme dispose : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ".
3. Compte tenu de l'objectif de sécurité juridique poursuivi par le législateur, qui ressort des travaux préparatoires de la loi n° 2006-872 du 13 juillet 2006 dont ces dispositions sont issues, l'autorité compétente ne peut rapporter un permis de construire, d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, que si la décision de retrait est notifiée au bénéficiaire du permis avant l'expiration du délai de trois mois suivant la date à laquelle ce permis a été accordé.
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'avis de réception produit par le préfet de la Corse-du-Sud, que le pli contenant l'arrêté litigieux a été " présenté/avisé " à la SARL Maisons prestige et tradition le 4 mars 2021. Dans ces conditions, alors même que cet avis de réception comporte la signature du destinataire en date du 12 mars 2021, la notification de la décision de retrait du permis tacite né le 9 décembre 2020 est intervenue dans le délai de trois mois à compter de cette dernière date, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme. Des lors, nonobstant la circonstance que la société requérante produit un avis de passage du facteur en date du 12 mars 2021, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées ".
6. Il résulte des dispositions citées ci-dessus que l'urbanisation en zone de montagne, sans être autorisée en zone d'urbanisation diffuse, peut être réalisée non seulement en continuité avec les bourgs, villages et hameaux existants, mais également en continuité avec les " groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants " et qu'est ainsi possible l'édification de constructions nouvelles en continuité d'un groupe de constructions traditionnelles ou d'un groupe d'habitations qui, ne s'inscrivant pas dans les traditions locales, ne pourrait être regardé comme un hameau. L'existence d'un tel groupe suppose plusieurs constructions qui, eu égard notamment à leurs caractéristiques, à leur implantation les unes par rapport aux autres et à l'existence de voies et de réseaux, peuvent être perçues comme appartenant à un même ensemble. Pour déterminer si un projet de construction réalise une urbanisation en continuité par rapport à un tel groupe, il convient de rechercher si, par les modalités de son implantation, notamment en termes de distance par rapport aux constructions existantes, ce projet sera perçu comme s'insérant dans l'ensemble existant.
7. Le PADDUC, qui peut préciser les modalités d'application de ces dispositions en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, adopté par la délibération n° 15/235 AC du 2 octobre 2015 de l'assemblée de Corse, prévoit qu'un bourg est un gros village présentant certains caractères urbains, qu'un village est plus important qu'un hameau et comprend ou a compris des équipements ou lieux collectifs administratifs, culturels ou commerciaux, et qu'un hameau est caractérisé par sa taille, le regroupement des constructions, la structuration de sa trame urbaine, la présence d'espaces publics, la destination des constructions et l'existence de voies et équipements structurants. Ces prescriptions apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières à la montagne. En revanche, le PADDUC se borne à rappeler les critères mentionnés ci-dessus et permettant d'identifier un groupe de constructions traditionnelles ou d'habitations existants et d'apprécier si une construction est située en continuité des bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants.
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les parcelles devant accueillir le projet de division parcellaire litigieux se situent dans un espace d'habitat diffus dont les constructions, par leur implantation les unes par rapport aux autres, ne sauraient être regardées comme formant un espace urbanisé structuré au sens des dispositions précitées de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme et du PADDUC. Dès lors, nonobstant la présence dans ce secteur d'établissements publics et commerciaux et l'existence de voies et d'équipements structurants, c'est sans faire une inexacte application de ces dispositions que le préfet de la Corse-du-Sud s'est opposé à la déclaration préalable de la SARL Maisons prestige et tradition.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme : " Les terres nécessaires au maintien et au développement des activités agricoles, pastorales et forestières, en particulier les terres qui se situent dans les fonds de vallée, sont préservées. La nécessité de préserver ces terres s'apprécie au regard de leur rôle et de leur place dans les systèmes d'exploitation locaux. Sont également pris en compte leur situation par rapport au siège de l'exploitation, leur relief, leur pente et leur exposition ".
10. Les orientations réglementaires du livret IV du PADDUC prescrivent la protection des terres agricoles qui ne remplissent pas les critères d'identification des espaces stratégiques agricoles, en application des dispositions de l'article L. 122-10 de ce code et selon un rapport de compatibilité entre les documents locaux d'urbanisme et ces dispositions. Elles désignent, d'une part, les espaces ressources pour le pastoralisme et l'arboriculture traditionnelle, identifiés comme les espaces à vocation pastorale reconnus d'intérêt agronomique pour les systèmes de production traditionnels et, d'autre part, les espaces naturels, sylvicoles et pastoraux, identifiés comme les espaces naturels, forestiers, arborés, agro-pastoraux ou en friche. En outre, elles prévoient que la continuité fonctionnelle de ces espaces doit être assurée et que l'absence d'exploitation ou l'existence d'une friche ne peut justifier à elle seule l'extension de l'urbanisation. Ces prescriptions apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions précitées du code de l'urbanisme particulières à la montagne.
11. L'arrêté litigieux indique que le projet de division de la SARL Maisons prestige et tradition méconnaît les dispositions citées au point précédent en ce que le terrain d'assiette du projet présente une forte potentialité agricole. Toutefois, cette circonstance, à la supposer établie, ne suffit pas à justifier que la protection de ce terrain, eu égard à son importance, serait nécessaire au maintien ou au développement des activités agricoles, pastorales et forestières de la commune. Dès lors, le moyen tiré de l'inexacte application de ces dispositions doit être accueilli.
12. En quatrième et dernier lieu, aux termes du II de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales : " Le plan d'aménagement et de développement durable de Corse peut, compte tenu du caractère stratégique au regard des enjeux de préservation ou de développement présentés par certains espaces géographiques limités, définir leur périmètre, fixer leur vocation et comporter des dispositions relatives à l'occupation du sol propres auxdits espaces, assorties, le cas échéant, de documents cartographiques dont l'objet et l'échelle sont déterminés par délibération de l'Assemblée de Corse. En l'absence de schéma de cohérence territoriale, de plan local d'urbanisme, de schéma de secteur, de carte communale ou de document en tenant lieu, les dispositions du plan relatives à ces espaces sont opposables aux tiers dans le cadre des procédures de déclaration et de demande d'autorisation prévues au code de l'urbanisme ". Le livret IV relatif aux orientations réglementaires du PADDUC précise que : " Les espace stratégiques agricoles sont préservés. Ils sont régis par un principe général d'inconstructibilité () ".
13. Le livret IV du PADDUC fixe des critères d'éligibilité des espaces stratégiques agricoles, à savoir soit le caractère cultivable et le potentiel agronomique d'un terrain, soit son caractère cultivable et l'existence d'infrastructures d'irrigation ou d'un projet d'équipement structurant d'irrigation, le caractère cultivable du terrain étant dans les deux cas déterminé par le fait que la pente du terrain considéré est inférieure ou égale à 15 %.
14. Il ressort des pièces du dossier et du site officiel Géoportail accessible au juge comme aux parties que le terrain devant accueillir la division parcellaire projetée présente une pente supérieure à 15 %. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la SARL Maisons prestige et tradition soutient qu'en se fondant sur les prescriptions du PADDUC relatives aux espaces stratégiques agricoles, le préfet de la Corse-du-Sud a commis une erreur d'appréciation.
15. Il résulte de ce qui précède qu'est seulement fondé le motif de la décision litigieuse tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Corse-du-Sud aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ce motif. Il s'ensuit que la SARL Maisons prestige et tradition n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 2 mars 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Maisons prestige et tradition est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Maisons prestige et tradition et au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales.
Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Pierre Monnier, président ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
M. Hanafi Hallil, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
Le président,
Signé
P. MONNIER
La greffière,
Signé
H. NICAISE
La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
H. NICAISE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026