vendredi 7 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2100530 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | POLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 14 mai 2021 et le 13 avril 2023, La SCI Anghjulina, représentée par Me Poli, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 4 mars 2021 par laquelle le maire de Biguglia a statué sur sa demande de certificat d'urbanisme n° CU 02B 037 20 N 0099 portant sur un terrain situé dans le lotissement Bevinco (lot n° 208), sur la parcelle cadastrée section D n° 1133 ;
2°) d'enjoindre à la commune de Biguglia, dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement :
- de lui délivrer un certificat d'urbanisme opérationnel mentionnant que la réalisation d'une maison individuelle est possible sur sa parcelle ;
- à défaut, de procéder à une nouvelle instruction de sa demande de certificat d'urbanisme ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Biguglia une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société requérante soutient que :
- le signataire n'avait pas reçu délégation du maire pour ce faire ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit en ce qu'elle considère qu'aucune construction n'est possible sur sa parcelle ;
- elle est en droit d'exciper de l'illégalité du plan de prévention du risque incendies de forêt en ce qu'il classe sa parcelle dans la zone B0.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2023, la commune de Biguglia, représentée par Me Peres, conclut au rejet de la requête. La commune soutient que le moyen d'illégalité externe de la requête n'est pas fondé.
Un mémoire du préfet de la Haute-Corse a été enregistré le 19 juin 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, fixée au 2 mai 2023 par ordonnance du 27 mars 2023.
En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de soulever l'incompétence du maire de Biguglia pour prendre la décision attaquée " au nom de la commune ".
La commune de Biguglia a répondu par un mémoire, enregistré le 7 mars 2023.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle ont été entendus :
- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;
- les conclusions de M. Hanafi Halil, rapporteur public ;
- et les observations de Me Santoni, substituant Me Peres, avocat de la commune de Biguglia.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Anghjulina a déposé le 20 novembre 2020 en mairie de Biguglia une demande de certificat d'urbanisme opérationnel, enregistrée sous le n° CU 02B 037 20 N 0099, pour un terrain situé dans le lotissement Bevinco (lot n° 208) sur la parcelle cadastrée section D n° 1133. Par la décision attaquée, en date du 4 mars 2021, le maire a émis un certificat d'urbanisme stipulant, notamment, que le terrain étant situé en zone B0 du plan de prévention du risque incendies de forêt, toute nouvelle construction à usage d'habitation y était interdite.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 422-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision est prise au nom de l'Etat, elle émane du maire, sauf dans les cas mentionnés à l'article R. 422-2 où elle émane du préfet ". Enfin, l'article R. 422-2 de ce code prévoit que : " Le préfet est compétent pour délivrer le permis de construire () dans les communes visées au b de l'article L. 422-1 et dans les cas prévus par l'article L. 422-2 dans les hypothèses suivantes : () e) En cas de désaccord entre le maire et le responsable du service de l'Etat dans le département chargé de l'instruction mentionné à l'article R. 423-16 () ".
3. Les communes visées au b) de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme sont celles qui sont dépourvues de document local d'urbanisme. Il est constant que la commune de Biguglia est dépourvue de document local d'urbanisme. Ainsi, en application des dispositions précitées, les certificats d'urbanisme y sont en principe délivrés par le maire au nom de l'Etat, sauf en cas de désaccord entre le maire et le responsable du service de l'Etat dans le département chargé de l'urbanisme. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Corse aurait rendu un avis défavorable. Dans ces conditions, le maire était compétent pour prendre la décision attaquée même si, contrairement à ce qui est indiqué par cette dernière, il a rendu son certificat au nom de l'Etat et non au nom de la commune.
4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que la parcelle en cause est implantée en zone bleue " B0 ", correspondant à un aléa sévère d'incendie. Il résulte de l'article 2 du titre 4 du règlement du plan de prévention du risque incendies de forêt (PPRIF) de la commune de Biguglia que, s'agissant des projets nouveaux, toutes les dispositions réglementaires de la zone rouge s'appliquent à la zone " B0 " tant que les ouvrages de protection collective ne sont pas réalisés. Ce n'est qu'après agrément préfectoral suite à la réalisation de travaux afférents à une zone de protection collective rapprochée, que sont applicables à la zone " B0 " afférente à ces travaux, les règles énoncées à la zone B1, au sein de laquelle, en vertu de l'article 3.2 du règlement du PPRIF, peut être autorisée la construction de tout type de bâtiments. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un agrément préfectoral aurait été pris pour le lotissement Bevinco. Toutefois, la SCI Anghjulina excipe de l'illégalité du PPRIF en ce qu'il classe sa parcelle dans la zone B0.
5. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est du reste pas contesté par la commune de Biguglia, que le lot n° 208 situé dans le lotissement Bevinco, sis sur la parcelle cadastrée section D n° 1133 appartenant à la SCI Anghjulina, est entouré par au moins deux rangées de constructions dont cinq d'entre elles sont dotées de piscines, et que l'ensemble du lotissement est desservi par des voies de circulations permettant l'arrivée rapide des véhicules d'incendie depuis la route territoriale n° 11 à deux fois deux voies dont la parcelle est distante de moins d'un kilomètre. Compte tenu des caractéristiques de la parcelle, laquelle est défendable contre l'incendie au même titre que les constructions environnantes, de son éloignement des zones naturelles qui entourent le lotissement au nord, au sud, et, surtout, du massif montagneux situé à l'ouest dont la parcelle est séparé par près de 200 mètres d'urbanisation continue, la SCI Anghjulina est fondée à soutenir que le classement de sa parcelle en secteur B0 à risque sévère d'incendie est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et que le maire n'a pu légalement se fonder sur ces dispositions pour déclarer son opération de construction non réalisable.
6. Il résulte de ce qui précède que la décision du 4 mars 2021 doit être annulée.
7. Enfin, aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Aucun autre moyen de la requête n'est susceptible, en l'état du dossier soumis au tribunal, de fonder l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".
9. Compte tenu du motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au maire de Biguglia de délivrer à la SCI Anghjulina un certificat d'urbanisme opérationnel positif dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Ainsi qu'il a été dit au point 3, la décision annulée a été prise au nom de l'Etat. Par suite, les conclusions de la SCI Anghjulina tendant à la condamnation de la commune de Biguglia au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ne sauraient être accueillies.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 4 mars 2021 du maire de Biguglia est annulée.
Article 2 : Le maire de Biguglia délivrera à la SCI Anghjulina un certificat d'urbanisme opérationnel dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Les conclusions de la SCI Anghjulina au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Anghjulina, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la commune de Biguglia.
Copie en sera transmise au préfet de la Haute-Corse.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pierre Monnier, président ;
Mme Christine Castany, première conseillère ;
Mme Pauline Muller, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.
Le président-rapporteur,
Signé
P. MONNIER
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
signé
C. CASTANY
La greffière,
Signé
H. MANNONI
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
La greffière,
H. MANNONI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026