jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2100621 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | VALERY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 mai 2021, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 26 août 2020 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de pension pour première instance s'agissant de l'infirmité de " séquelles de rupture du tendon du long biceps brachial droit chez un droitier : flexion du coude à 150° (170° à gauche), déformation du biceps droit, force musculaire diminuée " et la décision du 14 avril 2021 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 22 décembre 2020.
Il soutient que :
- il s'est blessé le 12 novembre 2018 au cours d'un stage effectué au sein du centre national d'entrainement commando de Mont-Louis et sa blessure au biceps a été constatée lors d'une visite médicale à son retour au régiment à Calvi ;
- le médecin expert qui l'a examiné à la demande de l'administration a retenu un taux d'invalidité de 15% et le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité de la sous-direction des pensions a retenu un taux d'invalidité de 10 %.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2022, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- c'est à juste titre que la commission de recours de l'invalidité a pu confirmer un taux d'invalidité de 10% dès lors que le médecin chargé des pensions militaires d'invalidité a relevé que la présence d'une hernie musculaire du biceps accompagnée d'une perte de force musculaire et d'une légère raideur du coude était sans conséquences sur l'aptitude au service et que c'est au regard des séquelles décrites par les experts que la commission de recours de l'invalidité a confirmé un taux d'invalidité de 10% conformément aux indications du guide-barème des invalidités et dès lors que le retentissement esthétique de la rupture du long biceps brachial droit ne saurait être pris en compte dans l'évaluation de l'infirmité ;
- le lien entre l'accident survenu le 12 novembre 2018 et la pathologie du requérant n'est pas suffisamment établi notamment au regard du fait que le rapport circonstancié a été établi le 14 février 2019 mais aussi en raison de l'absence de constatation médicale contemporaine de l'accident et dès lors que toutes les visites annuelles de l'intéressé démontrent son aptitude ;
- l'intéressé ne remplit pas les conditions exigées pour l'application de la présomption d'imputabilité prévue par les articles L. 121-2 et L. 121-3 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thierry Vanhullebus, rapporteur,
- et les conclusions de M. Hanafi Halil, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a sollicité le 21 octobre 2019 le bénéfice d'une pension militaire d'invalidité en raison de séquelles de rupture du tendon long du biceps brachial droit. La ministre des armées a, par une décision du 26 août 2020, rejeté cette demande. L'intéressé a alors formé, le 22 décembre 2020, un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, lequel a été rejeté par une décision de la commission de recours de l'invalidité du 14 avril 2021. M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 26 août 2020 et la décision du 14 avril 2021.
Sur l'objet du litige :
2. Aux termes de l'article L. 711-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Les recours contentieux contre les décisions individuelles prises en application du livre Ier et des titres Ier à III du livre II sont précédés d'un recours administratif préalable exercé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 711-1 du même code : " Tout recours contentieux formé à l'encontre des décisions individuelles prises en application des dispositions du livre Ier et des titres Ier à III du livre II du présent code est précédé, à peine d'irrecevabilité, d'un recours administratif préalable obligatoire examiné par la commission de recours de l'invalidité, placée conjointement auprès du ministre de la défense et du ministre chargé du budget () ".
3. L'institution par les dispositions ci-dessus rappelées d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours se substitue en principe à la décision initiale et qu'elle est seule susceptible d'être déférée au juge. Toutefois, s'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant indique, de sa propre initiative ou le cas échéant à la demande du juge, avoir exercé ce recours et, le cas échéant après que le juge l'y ait invité, produit la preuve de l'exercice de ce recours ainsi que, s'il en a été prise une, la décision à laquelle il a donné lieu, le juge doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.
4. Ainsi que cela a été dit au point 1, le recours formé par l'intéressé a été expressément rejeté par une décision du 14 avril 2021 de la commission de recours de l'invalidité. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre la décision initiale du 26 août 2020 de la ministre des armées doivent être regardées comme dirigées exclusivement contre cette décision du 14 avril 2021 qui s'y est substituée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. En premier lieu, si M. B a sollicité dans la requête le bénéfice de l'aide juridictionnelle, le requérant n'a pas donné suite à la lettre du 1er juin 2021 du greffier en chef du tribunal, reçue le lendemain, l'invitant à compléter et à renvoyer au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bastia le formulaire de demande d'aide juridictionnelle qui était joint à cette lettre. En l'absence de dépôt d'une telle demande, la requête est en l'état d'être jugée.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit se placer à la date de la demande de l'intéressé pour évaluer ses droits à révision de sa pension militaire d'invalidité, soit en l'espèce, à la date du 21 octobre 2019.
7. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; () ". Aux termes de l'article L. 121-2 : " Est présumée imputable au service : / 1° Toute blessure constatée par suite d'un accident, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service () ".
8. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'une pension, s'il ne peut prétendre au bénéfice de la présomption légale d'imputabilité au service, doit rapporter la preuve de l'existence d'un fait précis ou de circonstances particulières de service à l'origine de l'affection qu'il invoque. Cette preuve ne saurait résulter de la seule circonstance que l'infirmité soit apparue durant le service, ni d'une hypothèse médicale, ni d'une vraisemblance, ni d'une probabilité, aussi forte soit-elle, ni des conditions générales de service partagées par l'ensemble des militaires servant dans la même unité et soumis de ce fait à des contraintes et des sujétions identiques.
9. Si l'extrait du registre des constatations des blessures, infirmités et maladies survenues pendant le service relatif à l'année 2019 fait état de ce qu'un certificat médical constatant un traumatisme au bras droit avec rupture du long biceps brachial a été établi le 12 novembre 2018, jour de l'accident au cours duquel M. B a chuté, par un médecin du centre national d'entrainement commando de Mont-Louis, le requérant soutient que ce n'est qu'à son retour à son régiment à Calvi qu'il a consulté un médecin du service de santé des armées le 14 février 2019. Le rapport circonstancié établi le 18 février 2019 indique également qu'en raison de la persistance de la douleur de la blessure, M. B a consulté un médecin au centre médical des armées du régiment. Dans ces conditions, si l'intéressé ne peut prétendre au bénéfice de la présomption légale d'imputabilité au service, il résulte toutefois de l'instruction que le rapport circonstancié du 18 février 2019 fait état de ce que M. B a chuté le 12 novembre 2018 au cours d'un stage suivi au sein du centre national d'entrainement commando de Mont-Louis et a ressenti une vive douleur au bras droit le conduisant à consulter un médecin au centre médical des armées du régiment. Le certificat médical établi par le médecin du service de santé des armées le 14 février 2019 à la suite d'une échographie du biceps brachial droit et le livret médical mentionnent, quant à eux, que la rupture du tendon proximal du chef long du biceps brachial droit est consécutive à cette chute. La circonstance selon laquelle le rapport circonstancié a été établi trois mois après l'accident n'est pas, par elle-même, de nature à exclure l'existence d'un lien entre l'événement survenu le 12 novembre 2018 et l'infirmité de l'intéressé au même titre que celle selon laquelle M. B a indiqué, à tort, dans sa demande de pension que sa blessure était survenue au camp Raffalli à Calvi et non pas au centre national d'entrainement commando de Mont-Louis. Le requérant doit dès lors être regardé comme apportant la preuve de l'existence d'un fait précis à l'origine de l'affection qu'il invoque.
10. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 121-4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3. / Aucune pension n'est concédée en deçà d'un taux d'invalidité de 10 % ". Aux termes de l'article L. 121-5 de ce code : " La pension est concédée : / 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse 10 % ".
11. Il résulte de l'instruction que le médecin généraliste qui a examiné M. B le 7 juillet 2020, à la demande de l'administration, dans le cadre de la demande de pension militaire d'invalidité en cause, a précisé dans son rapport, que l'intéressé, dont l'état ne révèle pas, au niveau du bras droit, de cicatrice, ni de déficits sensitivomoteurs objectivés et de troubles trophiques, mais une déformation du biceps, présente des séquelles de rupture du long biceps droit avec séquelles à type de perte de force et de retentissement esthétique et a retenu un taux d'invalidité de 15 %. La médecin chargée des pensions militaires d'invalidité de la sous-direction des pensions, par son avis du 4 août 2020, a, quant à elle, retenu un taux d'invalidité de 10 % aux motifs que si M. B présente une hernie musculaire du biceps avec perte de la force musculaire du bras, la raideur du coude est légère et reste dans le secteur fonctionnel utile et que M. B a retrouvé la totalité de ses aptitudes. Au regard de ces éléments et en particulier des séquelles fonctionnelles que présente l'intéressé, il y a lieu de retenir ce taux de 10% conforme au guide-barème des invalidités et au demeurant non contesté par le requérant, qui ouvre droit à pension conformément aux dispositions de l'article L. 121-4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre.
12. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision qu'il attaque et que lui soit reconnu un taux d'invalidité de 10 % au titre de l'infirmité dont il est atteint.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 14 avril 2021 de la commission de recours de l'invalidité est annulée.
Article 2 : Il est reconnu un taux d'invalidité de 10 % à M. B s'agissant de l'infirmité " séquelles de rupture du tendon du long biceps brachial droit chez un droitier : flexion du coude à 150° (170° à gauche), déformation du biceps droit, force musculaire diminuée " à compter du 21 octobre 2019.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Thierry Vanhullebus, président,
Mme Christine Castany, première conseillère,
M. Jan Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
Le rapporteur,
Signé
T. VANHULLEBUS
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
signé
C. CASTANY
La greffière,
Signé
H. MANNONI
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI 1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026