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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100677

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100677

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100677
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCOSTA SIGRIST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2021, Mme B A épouse C demande au tribunal :

1°) que soit reconnu le délit de favoritisme à l'encontre de la maire de Luri ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir la délibération en date du 9 avril 2021 par laquelle le conseil municipal de Luri a approuvé le plan local d'urbanisme en tant qu'elle déclare constructibles les parcelles cadastrées section ZA n°s 60 et 79.

La requérante soutient que :

- la délibération donne lieu à une extension du périmètre constructible incompatible avec le plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) ;

- elle est entachée de discrimination au regard du traitement réservé aux secteurs de Santa-Severa et de Chjosu-Gavinu ;

- le groupe de maisons rattaché au périmètre de base de Santa-Severa présente la caractéristique d'être partie intégrante du secteur basse plaine de Luri, classé à la fois en zone inondable, en zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) et espace stratégique agricole par le PADDUC ;

- le classement de ces parcelles est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et de détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2021, la commune de Luri, représentée par Me Costa-Sigrist, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A épouse C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que :

- les conclusions tendant à ce que sa maire soit reconnue coupable du délit de favoritisme ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative ;

- les moyens soulevés par Mme A épouse C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Costa-Sigrist, avocate de la commune de Luri.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 9 avril 2021, le conseil municipal de Luri a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune, dont il avait prescrit l'élaboration par une délibération du 29 mai 2015. Mme A épouse C demande l'annulation de la délibération du 9 avril 2021 en tant qu'elle déclare constructibles les parcelles cadastrées section ZA n°s 60 et 79.

Sur l'exception d'incompétence opposée en défense :

2. Si la juridiction administrative est compétente, dans le cadre d'un recours dirigé contre une délibération d'un conseil municipal approuvant un plan local d'urbanisme, pour apprécier si cette décision est entachée d'excès de pouvoir en raison du fait qu'elle aurait favorisé la famille de son maire, il n'appartient pas en revanche à la juridiction administrative de se prononcer sur les conclusions tendant à reconnaître que le maire a, ce faisant, commis un délit. Par suite, les conclusions de la requête tendant à ce que soit reconnu le délit de favoritisme à l'encontre de la maire de Luri doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur le surplus des conclusions :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants ". Il résulte de ces dispositions que les constructions peuvent être autorisées dans les communes littorales en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais que, en revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.

4. Le PADDUC, qui précise les modalités d'application de ces dispositions en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, adopté par la délibération n° 15/235 AC du 2 octobre 2015 de l'Assemblée de Corse alors applicable, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'elle constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs, un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. Ces prescriptions apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral.

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment du plan cadastré produit par la requérante, que la zone constituée par la parcelle cadastrée section ZA n° 60 est bordée, à l'est, au nord par des parcelles déjà construites, situées dans le quadrant sud-ouest du carrefour constituée par l'intersection entre la route faisant le tour du Cap Corse et celle que relie la marine de Santa-Severa à la côte occidentale, que la parcelle cadastrée section ZA n° 79, désormais divisée en trois parcelles cadastrées section ZA n°s 89, 90 et 91, prolonge, avec la parcelle cadastrée section ZA n° 19 immédiatement à l'est, le secteur urbanisé qui s'étend dans le même quadrant le long de la route conduisant à la côte occidentale. Ces deux zones sont situées à l'extrémité ouest de la marine de Santa-Severa, où sont implantés de nombreux commerces y compris dans le quadrant sud-ouest dont s'agit. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le classement de ces parcelles en zone constructible serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme et du PADDUC.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le secteur de Chjosu-Gavinu, constitué d'un habitat diffus de résidences et dénué de commerce, puisse être regardé comme un village ou une agglomération au sens des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC. Par suite, la requérante n'est pas fondée soutenir que la délibération attaquée est entachée de discrimination au regard du traitement réservé aux secteurs de Santa-Severa et de Chjosu-Gavinu.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 4424-9 du code général des collectivités territoriales : " III. Les schémas de cohérence territoriale et, en l'absence de schéma de cohérence territoriale, les plans locaux d'urbanisme, les schémas de secteur, les cartes communales ou les documents en tenant lieu doivent être compatibles avec le plan d'aménagement et de développement durable de Corse, notamment dans la délimitation à laquelle ils procèdent des zones situées sur leur territoire et dans l'affectation qu'ils décident de leur donner, compte tenu respectivement de la localisation indiquée par la carte de destination générale des différentes parties du territoire de l'île et de la vocation qui leur est assignée par le plan ".

8. Il résulte des dispositions précitées que les plans locaux d'urbanisme sont soumis à une simple obligation de compatibilité avec les orientations et objectifs fixés par le PADDUC. Pour apprécier la compatibilité d'un plan local d'urbanisme avec le PADDUC, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle de l'ensemble du territoire couvert en prenant en compte l'ensemble des prescriptions du document supérieur, si le plan ne contrarie pas les objectifs qu'il impose, compte tenu des orientations adoptées et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque disposition ou objectif particulier.

9. Le PADDUC alors en vigueur fixe comme objectif de protéger et maintenir un minimum de 105 000 hectares de terres cultivables et à potentialité agropastorale, ainsi que les terres cultivables équipées d'un équipement public d'irrigation ou en projet d'équipement, au titre des espaces stratégiques, et donne, à titre indicatif, les surfaces concernées par commune, mentionnant, pour la commune de Luri, une surface de 147 hectares.

10. En se bornant à soutenir que les parcelles en cause sont classées par le PADDUC au sein des espaces stratégiques agricoles, la requérante n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, un tel argument étant inopérant dès lors qu'il ne permet pas de déterminer si, à l'échelle du territoire communal, l'objectif de préservation des espaces stratégiques agricoles n'aurait pas été respecté par les auteurs du plan local d'urbanisme.

11. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que les parcelles en cause serait implantées au sein d'une ZNIEFF. Par suite, le moyen tiré de ce que les parcelles font partie d'une ZNIEFF, au demeurant non assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté comme manquant en fait.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

13. S'il ressort des pièces du dossier que les parcelles en cause sont localisées dans le lit moyen du ruisseau Luri par l'atlas des zones inondables, cette circonstance n'est pas suffisante pour caractériser l'existence d'un risque pour la sécurité au sens de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

14. En sixième et dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

Sur les frais liés au litige :

15. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A épouse C la somme de 1 500 euros que la commune de Luri demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. D'autre part, les dispositions du même article font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à ce titre à la charge de la commune de Luri, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A épouse C est rejetée.

Article 2 : Mme A épouse C versera à la commune de Luri une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et à la commune de Luri.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Corse.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

M. Hanafi Halil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 2 mai 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

J. MARTINLa greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

H. MANNONI

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