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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100725

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100725

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100725
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPOLETTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 18 juin 2021, le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 1er mars 2021 par lequel le maire de Lecci a prorogé, pour une durée d'un an, la décision du 23 août 2018 par laquelle il ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de Mme A B en vue de la division à fin de construire de la parcelle cadastrée section C n° 1109, lieudit " Mora dell Onda ".

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, le projet s'implantant au lieudit " Mora dell Onda " qui ne constitue ni une agglomération ni un village, alors que le secteur d'implantation est une vaste zone naturelle et agricole composé uniquement de quelques constructions à l'est du terrain d'assiette de ce projet ;

- cet arrêté méconnaît l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme, le terrain devant accueillir le projet répondant aux critères d'identification des espaces agricoles à forte potentialité du plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) et ne faisant pas partie des dérogations prévues à l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2022, Mme A B, représentée par Me Poletti, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par le préfet ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la commune de Lecci qui n'a pas produit de mémoire en défense, malgré une mise en demeure.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 85-30 du 9 janvier 1985 ;

- la loi n° 86-2 du 3 janvier 1986 ;

- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique,

- et les observations de Me Poletti, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 23 août 2018, le maire de Lecci ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de Mme A B en vue de la division à fin de construire de la parcelle cadastrée section C n° 1109, lieudit " Mora dell Onda ". Suite à la demande de Mme B en date du 24 février 2021, le maire de cette commune a décidé, par l'arrêté du 1er mars 2021, de proroger cette autorisation pour une durée d'un an. Le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 1er mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 424-21 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir ou la décision de non-opposition à une déclaration préalable peut être prorogé deux fois pour une durée d'un an, sur demande de son bénéficiaire si les prescriptions d'urbanisme et les servitudes administratives de tous ordres auxquelles est soumis le projet n'ont pas évolué de façon défavorable à son égard. ". Selon l'article R. 424-22 du même code : " La demande de prorogation est établie en deux exemplaires et adressée par pli recommandé ou déposée à la mairie deux mois au moins avant l'expiration du délai de validité. ". Aux termes de l'article R. 424-23 du code précité : " La prorogation est acquise au bénéficiaire du permis si aucune décision ne lui a été adressée dans le délai de deux mois suivant la date de l'avis de réception postal ou de la décharge de l'autorité compétente pour statuer sur la demande. La prorogation prend effet au terme de la validité de la décision initiale. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants () ". Il résulte de ces dispositions que l'urbanisation peut être autorisée en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction nouvelle ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.

4. Le PADDUC, adopté par la délibération n° 15/235 AC du 2 octobre 2015 de l'Assemblée de Corse, qui précise, en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application des dispositions citées ci-dessus, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'elle constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs, un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. Ces prescriptions du PADDUC apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 3.

5. Le préfet de la Corse-du-Sud soutient que l'arrêté litigieux prorogeant la décision du 23 août 2018 par laquelle le maire de Lecci ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de Mme B méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Toutefois, il ne résulte pas de ces dispositions, telles qu'elles résultent de la loi du 23 novembre 2018 et sont précisées par le PADDUC et n'est d'ailleurs pas allégué par le préfet que celles-ci auraient évolué, entre la décision initiale du 23 août 2018 et l'arrêté litigieux du 1er mars 2021, dans un sens qui serait défavorable à la pétitionnaire, au sens de l'article R. 424-21 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC que le maire de Lecci a décidé de proroger cette autorisation.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 122-10 du code de l'urbanisme : " Les terres nécessaires au maintien et au développement des activités agricoles, pastorales et forestières, en particulier les terres qui se situent dans les fonds de vallée, sont préservées. La nécessité de préserver ces terres s'apprécie au regard de leur rôle et de leur place dans les systèmes d'exploitation locaux. Sont également pris en compte leur situation par rapport au siège de l'exploitation, leur relief, leur pente et leur exposition. "

7. D'abord, et en tout état de cause, il ne résulte pas davantage des dispositions précitées et n'est toujours allégué par le préfet que celles-ci auraient évolué défavorablement pour la pétitionnaire entre 23 août 2018 et l'arrêté litigieux du 1er mars 2021. En outre, si le préfet se prévaut des prescriptions du PADDUC identifiant les terres à forte potentialité agricole, il n'assortit pas ses allégations des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Enfin, le préfet ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme résultant de la loi Littoral pour soutenir que le projet en cause méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 122-10 du même code résultant de la loi Montagne.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Corse-du-Sud n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Lecci du 1er mars 2021.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du préfet de la Corse-du-Sud est rejetée.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Corse-du-Sud, à la commune de Lecci et à Mme A B.

Copie en sera adressée au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Vanhullebus, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Pauline Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

T. VANHULLEBUS

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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