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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100726

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100726

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100726
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 21 juin 2021, le 10 décembre 2021 et le 17 mai 2022, Mme E M, M. P C, Mmes K et Virginie N, M. R J, Mme L H épouse S, Mme F D épouse G, Mme O B épouse I, M. A Q et l'association du quartier de la Résidence des Iles et de ses environs, représentés par Me Tomasi, demandent au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 19 avril 2021 par lequel le maire d'Ajaccio a délivré à la SCI CGP Immobilier un permis de construire un immeuble d'habitation de 2 012 m² de surface de plancher sur un terrain cadastré section CI n°s 76 et 77, situé lieudit " Cacalovo " ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune d'Ajaccio et de la SCI CGP Immobilier la somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt à agir ;

- l'autorité de chose jugée ne peut pas leur être opposée ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet en ce qu'il ne comprend pas l'autorisation de défrichement requise par les articles L. 425-6 du code de l'urbanisme ;

- ce dossier ne comprend pas l'attestation de la qualité du pétitionnaire prévue à l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme ;

- la notice architecturale du projet ne satisfait pas aux exigences de l'article R. 431-8 du même code dès lors qu'elle ne décrit pas l'état initial du terrain et de ses abords,

ce qui est modifié ou supprimé dans l'aménagement du terrain, le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain, et les plantations à conserver ou à créer ;

- le plan de masse ne précise pas les modalités de raccordement de l'immeuble projeté aux réseaux publics ;

- le plan de masse n'indique ni l'emplacement ni les caractéristiques de la servitude de passage permettant d'accéder à la voie publique la plus proche ;

- le dossier ne comporte aucun plan de coupe à l'état initial ni de plan de coupe B/B ;

- la notice n'indique pas les matériaux utilisés ni les modalités de leur exécution alors que le projet se situe aux abords d'un monument historique, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'urbanisme ;

- les parcelles d'assiette du projet étant situées en covisibilité avec le rivage, le permis de construire méconnaît les dispositions de l'article L. 121-13 de ce code telles que précisées par le plan d'aménagement et de développement durable de Corse (PADDUC), sans que le plan local d'urbanisme ne justifie ni ne motive l'extension de l'urbanisation ;

- l'arrêté litigieux méconnaît les dispositions de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme dès lors que les parcelles d'assiette du projet se situent dans la partie naturelle du site inscrit du rivage nord du golfe d'Ajaccio et qu'elles s'insèrent dans l'espace remarquable n° 2A23 identifié par le PADDUC, constituant une zone boisée nécessaire au maintien des équilibres biologiques et présentant un grand intérêt écologique ;

- cet arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, eu égard aux risques d'éboulement naturel et de ravinement ;

- cet arrêté méconnaît les prescriptions de l'article UC2 du règlement du plan local d'urbanisme dans sa version en vigueur le 9 août 2018, date du premier arrêté de refus, en ce qu'il ne comporte aucune prescription relative à la prise en compte des risques d'éboulement rocheux et de ravinement ;

- le permis litigieux méconnaît les dispositions des 1 et 2 de l'article UC3 du règlement du plan local d'urbanisme alors applicable, eu égard aux caractéristiques insuffisantes de la voie pour supporter un trafic automobile supplémentaire ;

- la zone de retournement prévue ne satisfait pas aux exigences du 3 de l'article UC3 du règlement du plan local d'urbanisme alors applicable, dès lors que le projet de prolongement de la voie d'accès a été abandonné et que cette insuffisance ne pourrait être corrigée par la délivrance d'un permis modificatif ;

- le permis litigieux méconnaît les dispositions du 2 de l'article UC4 du règlement du plan local d'urbanisme alors applicable, en l'absence de solution de raccordement aux réseaux publics d'assainissement et d'eaux pluviales ;

- les dispositions de l'article UC10 du règlement du plan local d'urbanisme alors applicable sont méconnues dès lors que le bâtiment B excède le nombre maximal de niveaux ainsi que la hauteur absolue des constructions et que le pétitionnaire ne peut pas se prévaloir des dispositions plus favorables du règlement dans sa version issue de la révision du plan local d'urbanisme de novembre 2019 ;

- le projet ne comporte pas l'espace libre collectif répondant aux exigences du 2 de l'article UC13 du règlement du plan local d'urbanisme alors applicable ;

- les six emplacements de stationnement extérieur ne sont plantés d'aucun arbre, en méconnaissance des dispositions du 3 de l'article UC13 du règlement du plan local d'urbanisme alors applicable.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 octobre 2021 et le 14 mars 2022, la SCI CGP Immobilier, représentée par Me Recchi, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à l'annulation partielle de l'arrêté litigieux sur le fondement de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme et à ce que la somme de 10 000 euros soit mise à la charge de Mme M et autres au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société pétitionnaire soutient que :

- la requête est irrecevable, les personnes physiques requérantes ne justifiant pas d'un intérêt à agir ;

- l'association n'est pas recevable à agir dès lors qu'elle était en sommeil un an avant la date d'affichage de la demande de permis de construire et que ses statuts n'étaient alors pas à jour ;

- l'autorité de la chose jugée s'oppose à ce que soient accueillis les moyens reprenant les motifs déjà censurés des arrêtés de refus de permis de construire des 21 novembre 2019 et 25 mars 2021

- les moyens soulevés par Mme M et autres ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'environnement ;

- le code forestier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI CGP Immobilier a déposé le 5 avril 2018 en mairie d'Ajaccio une demande de permis de construire un immeuble d'habitation comprenant 27 logements, d'une surface de plancher totale de 2 012 m², sur un terrain cadastré section CI n° 76 et 77, situé lieudit " Cacalovo ". Par l'arrêté du 9 août 2018, le maire de cette commune a refusé de lui délivrer le permis sollicité. Par le jugement n° 1900145 du 21 novembre 2019, devenu définitif, le tribunal a annulé cet arrêté. La pétitionnaire a confirmé sa demande d'autorisation le 26 novembre 2019, qui a été rejetée par un arrêté du 5 mars 2020. Par un jugement n° 2000425 du 25 mars 2021, devenu définitif, le tribunal a annulé cet arrêté et enjoint au maire d'Ajaccio de délivrer un permis de construire à la SCI CGP Immobilier. L'autorisation d'urbanisme a été délivrée par un arrêté du 19 avril 2021. Les requérants demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 avril 2021.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la SCI CGP Immobilier :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 600-1-1 du code de l'urbanisme, alors applicable à la date de dépôt initial de la demande de permis de construire par la SCI CGP Immobilier : " Une association n'est recevable à agir contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation des sols que si le dépôt des statuts de l'association en préfecture est intervenu antérieurement à l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire ".

3. Pour apprécier l'intérêt à agir d'une association, seules les modifications de ses statuts déposées en préfecture avant l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire sont prises en compte par le juge.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'association du quartier de la Résidence des Iles et de ses environs a été créée en 1970 et a vu ses statuts modifiés, pour la dernière fois avant l'affichage en mairie de la demande de permis de la société pétitionnaire, le 8 avril 2003. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une telle modification ait été déposée en préfecture. Au surplus, il ressort desdits statuts modifiés que l'association a pour objet " la défense des intérêts de ses adhérents pour toutes actions et tous moyens légaux y compris ester en justice, de favoriser toute organisation bénéfique au quartier et d'entretenir entre ses habitants un esprit d'entraide et de solidarité ". Dès lors, eu égard à son champ d'intervention trop large, cette association ne justifie pas de l'intérêt lui donnant qualité pour agir.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

6. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous les éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat, justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

7. Il ressort des pièces du dossier, notamment des attestations notariales et des avis de taxe foncière, que Mme M, M. C, Mmes N, M. J, Mme H épouse S, Mme D épouse G, Mme B épouse I et M. Q sont propriétaires de logements dans les immeubles en copropriété " Le Chypre II " ou " Les Hauts des Sanguinaires ", qui sont implantés à proximité immédiate du terrain d'assiette du projet. Ces requérants font état de l'atteinte susceptible d'être portée à la vue et à la jouissance paisible de leurs biens respectifs. Dès lors, eu égard à la nature, à l'importance et à la localisation de l'immeuble projeté, comprenant deux bâtiments de 27 logements d'une surface de plancher totale de 2012 m2, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt leur donnant qualité pour agir doit être écartée.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête est recevable en tant qu'elle émane de Mme M, M. C, Mmes N, M. J, Mme H épouse S, Mme D épouse G, Mme B épouse I et M. Q.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'exception de chose jugée :

9. En premier lieu, l'autorité de la chose jugée d'une décision juridictionnelle s'attache au dispositif de cette décision et aux motifs qui en sont le soutien nécessaire. Elle est subordonnée à la triple identité de parties, d'objet et de cause.

10. Si la SCI CGP Immobilier se prévaut de l'autorité de la chose jugée résultant du jugement n° 1900145 du 21 novembre 2019, devenu définitif, par lequel le tribunal a annulé le refus de permis du maire d'Ajaccio du 9 août 2018, en tout état de cause, ce litige ne concernait pas les mêmes parties et n'a pas le même objet que la présente requête.

11. En second lieu, si, par son jugement n° 2000425 du 25 mars 2021, devenu définitif, le tribunal a annulé le second refus du maire d'Ajaccio du 5 mars 2020 et enjoint audit maire de délivrer un permis de construire à la SCI CGP Immobilier, il a également rappelé que l'autorisation d'occuper ou utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes de son jugement.

12. Il résulte de ce qui précède que la SCI CGP Immobilier n'est pas fondée à soutenir que les jugements précités font obstacle à ce que les requérants reprennent des moyens à l'encontre de l'arrêté litigieux qui auraient déjà été écartés, implicitement ou expressément, par le tribunal.

En ce qui concerne le caractère incomplet du dossier de demande de permis :

13. En premier, aux termes de l'article L. 425-6 du code de l'urbanisme : " Conformément à l'article L. 341-7 du nouveau code forestier, lorsque le projet porte sur une opération ou des travaux soumis à l'autorisation de défrichement prévue aux articles L. 341-1 et L. 341-3 du même code, celle-ci doit être obtenue préalablement à la délivrance du permis ". Selon les dispositions de l'article R. 431-19 du même code : " Lorsque les travaux projetés nécessitent une autorisation de défrichement en application des articles L. 341-1, L. 341-3 ou L. 214-13 du code forestier, la demande de permis de construire est complétée par la copie de la lettre par laquelle le préfet fait connaître au demandeur que son dossier de demande d'autorisation de défrichement est complet, si le défrichement est ou non soumis à reconnaissance de la situation et de l'état des terrains et si la demande doit ou non faire l'objet d'une enquête publique ". Aux termes de l'article L. 341-1 du code forestier : " Est un défrichement toute opération volontaire ayant pour effet de détruire l'état boisé d'un terrain et de mettre fin à sa destination forestière () ". Aux termes de l'article L. 341-3 de ce code : " Nul ne peut user du droit de défricher ses bois et forêts sans avoir préalablement obtenu une autorisation () ". Enfin, aux termes de l'article L. 111-2 du même code : " Sont considérés comme des bois et forêts au titre du présent code les plantations d'essences forestières et les reboisements ainsi que les terrains à boiser du fait d'une obligation légale ou conventionnelle. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 342-1 dudit code : " Sont exemptés des dispositions de l'article L. 341-3 les défrichements envisagés dans les cas suivant : 1° Dans les bois et forêts de superficie inférieure à un seuil compris entre 0,5 et 4 hectares, fixé par département ou partie de département par le représentant de l'Etat, sauf s'ils font partie d'un autre bois dont la superficie, ajoutée à la leur, atteint ou dépasse ce seuil ; () ". Il résulte de l'arrêté du préfet de la Corse-du-Sud du 26 septembre 2003, pris pour l'application des dispositions de l'article L. 342-1, que seul le défrichement d'un ensemble boisé dont la superficie est supérieure à 2,25 hectares est soumis à autorisation.

14. Il résulte de l'application combinée de ces dispositions que lorsque le projet nécessite une autorisation de défrichement, elle doit être obtenue préalablement à la délivrance du permis de construire.

15. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment des vues aériennes et des photographies, que le terrain d'assiette du projet est couvert par un boisement dense qui se prolonge vers un vaste espace boisé classé situé au nord-est dont la superficie est supérieure à 2,25 hectares. Dès lors, l'immeuble projeté, ainsi que ses voies de dessertes et espaces de stationnement étaient soumis à une autorisation de défrichement. Ainsi, en s'abstenant de demander à la société pétitionnaire de compléter son dossier de demande de permis de construire par les documents requis à l'article R. 431-19 du code de l'urbanisme, le maire d'Ajaccio a entaché l'arrêté litigieux d'illégalité.

16. En second lieu, aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural () indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement ".

17. Il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de masse du projet joint à la demande de permis, que ce plan indique contradictoirement, d'une part, que l'assainissement et les eaux de pluie sont en attente et, d'autre part, que l'assainissement et les eaux de pluie seront raccordés au réseau public, sans toutefois en préciser les modalités et l'emplacement exact. Dans ces conditions, alors que la société pétitionnaire se borne à se prévaloir de l'avis favorable émis par la communauté d'agglomération du pays ajaccien, gestionnaire de ces réseaux, le moyen tiré du caractère incomplet du dossier de demande de permis au regard des dispositions précitées de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme doit être accueilli.

En ce qui concerne les dispositions de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme :

18. Aux termes de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme : " Les documents et décisions relatifs à la vocation des zones ou à l'occupation et à l'utilisation des sols préservent les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral, et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques. / Un décret fixe la liste des espaces et milieux à préserver, comportant notamment, en fonction de l'intérêt écologique qu'ils présentent, les dunes et les landes côtières, les plages et lidos, les forêts et zones boisées côtières, les îlots inhabités, les parties naturelles des estuaires, des rias ou abers et des caps, les marais, les vasières, les zones humides et milieux temporairement immergés ainsi que les zones de repos, de nidification et de gagnage de l'avifaune désignée par la directive 79/409 CEE du 2 avril 1979 concernant la conservation des oiseaux sauvages. ". Aux termes de l'article R. 121-4 du même code : " En application de l'article L. 121-23, sont préservés, dès lors qu'ils constituent un site ou un paysage remarquable ou caractéristique du patrimoine naturel et culturel du littoral et sont nécessaires au maintien des équilibres biologiques ou présentent un intérêt écologique : / () 7° Les parties naturelles des sites inscrits ou classés en application des articles L. 341-1 et L. 341-2 du code de l'environnement, des parcs nationaux créés en application de l'article L. 331-1 du code de l'environnement et des réserves naturelles instituées en application de l'article L. 332-1 du code de l'environnement () ". Si ces dispositions tendent à préserver les parties naturelles des sites inscrits ou classés qui doivent être présumées constituer un paysage remarquable ou caractéristique eu égard à l'objet des procédures de classement et d'inscription prévues par la loi du 2 mai 1930 désormais codifiée aux articles L. 341-1 du code de l'environnement, elles ne font pas obstacle à ce qu'un permis de construire soit accordé sur un terrain déjà urbanisé ou déjà altéré par l'activité humaine situé dans un site inscrit ou classé.

19. Il ressort des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas contesté en défense que le projet de la SCI CGP Immobilier, comprenant deux bâtiments de 27 logements d'une surface de plancher totale de 2012 m2, ainsi que des voies d'accès et de stationnement de véhicules en extérieur, est inclus dans le périmètre du site inscrit de la rive nord du golfe d'Ajaccio, institué par arrêté ministériel du 28 décembre 1951, en application de la loi du 2 mai 1930. Si, ainsi que la société pétitionnaire le soutient, le terrain devant accueillir le projet borde un secteur urbanisé situé au sud et à l'ouest, il fait partie d'un vaste secteur naturel, dépourvu de constructions, qui s'étend vers le nord-est, alors que ce terrain est en grande partie arboré. Dès lors, le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme doit être accueilli.

En ce qui concerne les prescriptions du règlement du plan local d'urbanisme d'Ajaccio, alors applicable :

20. En premier lieu, selon le 3. de l'article UC3 du règlement du plan local d'urbanisme d'Ajaccio, applicable au litige, en application de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme, à la date du premier refus de permis de construire opposé le 9 août 2018 par le maire d'Ajaccio : " Les voies en impasse doivent être aménagées de telle sorte que les véhicules puissent faire demi-tour sur une aire de manœuvre de caractéristiques satisfaisantes ".

21. Il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de masse du projet, que l'accès à la partie sud de l'immeuble projeté empruntera une impasse dont les caractéristiques de la zone de retournement ne permettront pas aux véhicules, en l'absence d'aménagement suffisant, de faire demi-tour de manière satisfaisante. Si la société pétitionnaire fait valoir que cette voie emprunte un emplacement réservé par le plan local d'urbanisme pour voirie et équipement, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un tel projet ait été mis en œuvre à la date de l'arrêté litigieux, alors que ni ledit plan de masse ni la notice descriptive du projet n'indique une telle perspective. Dès lors, le moyen tiré de l'inexacte application des prescriptions précitées du règlement du plan local d'urbanisme doit être accueilli.

22. En deuxième lieu, il résulte des prescriptions de l'article UC4 du règlement du plan local d'urbanisme, alors applicable, les eaux pluviales seront canalisées vers des ouvrages susceptibles de les recevoir (caniveau, égout pluvial public, ) et que le raccordement à l'égout public des eaux usées est obligatoire.

23. Ainsi qu'il a été dit au point 17, le dossier de demande de permis déposé par la SCI CGP Immobilier est incomplet en ce qu'il ne précise pas les modalités de raccordement de l'immeuble projeté aux réseaux d'eaux pluviales et d'assainissement. Dès lors, sans que la société pétitionnaire puisse utilement se prévaloir de l'avis favorable émis par la communauté d'agglomération du pays ajaccien, gestionnaire de ces réseaux ni de ce que ces modalités seront déterminées par le gestionnaire lors de l'exécution du projet, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être accueilli.

24. En troisième lieu, l'article UC10 du règlement du plan local d'urbanisme, alors applicable, relatif à la hauteur maximale des constructions, prescrit 5 niveaux dans le secteur UCa.

25. Il ressort des pièces du dossier, notamment des plans de coupe du projet de la SCI CGP Immobilier, que les deux bâtiments projetés comportent chacun au moins 7 niveaux, sans que la société pétitionnaire puisse sérieusement soutenir que le nombre de niveau se limite à 5 compte tenu de ce qu'il doit être mesuré par rapport au sol naturel. Il suit de là que l'arrêté litigieux a fait une inexacte application des prescriptions citées au point précédent.

26. En quatrième et dernier lieu, le 2. de l'article UC13 du règlement du plan local d'urbanisme, alors applicable prescrit : " Pour toute opération comportant plus de 10 logements, il devra être réalisé un espace libre collectif, indépendant des aires de stationnement et de circulation. Les constructions seront organisées préférentiellement autour de cet espace, dont la surface ne sera pas inférieure à 10 % de la surface du terrain ".

27. Si la SCI CGP Immobilier fait valoir que la moitié de la surface du terrain devant accueillir le bâtiment projeté est laissée libre, il ne ressort pas des pièces du dossier de demande de permis de construire que la réalisation d'un espace libre collectif soit prévue sur les parties de ce terrain qui ne sont pas couvertes par les constructions et les aménagements projetés, sur une surface d'au moins 10 % de ce terrain.

28. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du maire d'Ajaccio du 19 avril 2021 est entaché d'excès de pouvoir et doit être annulé.

29. Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens de la requête ne sont pas susceptibles, en l'état du dossier, de fonder l'annulation prononcée.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :

30. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé par un permis modificatif, peut limiter à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixer le délai dans lequel le titulaire du permis pourra en demander la régularisation ".

31. L'illégalité visée au point 19 du présent jugement vicie le permis en son entier. Il ne peut par suite être fait application des dispositions de l'article L. 600-5 précitées.

Sur les frais liés au litige :

32. D'abord, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire de la commune d'Ajaccio et de la SCI CGP Immobilier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants autres que l'association du quartier de la Résidence des Iles et de ses environs. Ensuite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de rejeter les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de la société pétitionnaire en tant qu'elles sont dirigées contre l'association du quartier de la Résidence des Iles et de ses environs. Enfin, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme M, M. C, Mmes N, M. J, Mme H épouse S, Mme D épouse G, Mme B épouse I et M. Q, qui ne succombent pas à l'instance, versent à la SCI CGP Immobilier une quelconque somme au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens. Pour les mêmes raisons les conclusions de l'association du quartier de la Résidence des Iles et de ses environs présentées sur le même fondement ne sauraient être accueillies.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire d'Ajaccio du 19 avril 2021 est annulé.

Article 2 : La commune d'Ajaccio et de la SCI CGP Immobilier verseront solidairement à Mme M, M. C, Mmes N, M. J, Mme H épouse S, Mme D épouse G, Mme B épouse I et M. Q une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E M en qualité de représentante unique des requérants, à la commune d'Ajaccio et à la SCI CGP Immobilier.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud et au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Ajaccio.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Pauline Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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