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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100768

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100768

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100768
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP POTIER DE LA VARDE, BUK LAMENT, ROBILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés le 30 juin 2021 et le 1er septembre 2021, Mme C d'Ornano-Roggio, représentée par la SCP Buk Lament-Robillot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 avril 2021 par laquelle le directeur départemental des territoires et de la mer de la Corse-du-Sud n'a pas reconnu l'imputabilité au service de l'accident survenu le 6 septembre 2018 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corse-du-Sud, à titre principal, de reconnaître l'imputabilité au service de cet accident dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- dans l'hypothèse où la cour administrative d'appel annule la décision du 12 octobre 2018 pour une erreur de qualification juridique des faits avant que le tribunal ne statue sur les conclusions de la requête dans le cadre de la présente instance, il y aura lieu de retenir que la décision attaquée du 16 avril 2021 méconnaît l'autorité de la chose jugée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit en ce qu'il n'y avait pas lieu pour l'administration de rechercher l'existence d'un lien direct de l'accident avec le service ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Corse-du-Sud qui n'a pas produit de mémoire, malgré une mise en demeure.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;

- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;

- le décret n° 2019-301 du 21 février 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pauline Muller, conseillère ;

- et les conclusions de M. Hanafi Halil, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme d'Ornano-Roggio, secrétaire administrative de classe supérieure à la direction départementale des territoires de la Corse du Sud, a déposé le 6 septembre 2018 une demande de reconnaissance de l'imputabilité au service d'un accident survenu le même jour. Par une décision du 12 octobre 2018, le directeur départemental des territoires et de la mer de la Corse-du-Sud a refusé de faire droit à cette demande. Par un jugement du 13 février 2020, le tribunal administratif de Bastia a annulé cette décision pour vice de procédure en raison du défaut de saisine de la commission de réforme et a enjoint à la préfète de la Corse-du-Sud de procéder au réexamen de la demande de Mme d'Ornano-Roggio dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement. Par un arrêt du 1er février 2022, la cour administrative d'appel de Marseille a jugé que l'événement survenu le 6 septembre 2018 ne saurait être qualifié d'accident de service et a rejeté la requête de Mme d'Ornano-Roggio tendant à l'annulation du jugement du tribunal administratif de Bastia du 13 février 2020 en tant notamment qu'il n'a pas statué sur sa demande d'injonction de reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident. Par une décision du 16 avril 2021, le directeur départemental des territoires et de la mer de la Corse-du-Sud a de nouveau, refusé de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 6 septembre 2018. Mme d'Ornano-Roggio demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, a par un arrêté du 15 mars 2021 publié au recueil des actes administratifs n° 2A-2022-041 du même jour, donné délégation à M. A B, directeur départemental des territoires et de la mer de la Corse-du-Sud, à l'effet de signer, pour tous les agents, notamment toutes décisions relatives à l'imputabilité au service des accidents de service et des accidents du travail. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.

A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision attaquée refusant de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident subi par Mme d'Ornano-Roggio indique qu'au regard de l'enquête administrative diligentée, l'accident de service n'est pas caractérisé, que l'accident est étranger à l'exercice des fonctions et qu'il n'a pas de lien avec le service duquel il est par conséquent détachable. Il suit de là que cette décision énonce les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde et qu'ainsi le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait doit être écarté.

5. En troisième lieu, l'arrêt n° 20MA03071 de la cour administrative d'appel de Marseille du 1er février 2022 étant postérieur à la décision du 16 avril 2021 dont la requérante demande l'annulation, cette dernière n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident survenu le 6 septembre 2018, la décision attaquée méconnaît l'autorité de la chose jugée résultant de cet arrêt. En tout état de cause, par cet arrêt la cour a jugé que l'événement survenu le 6 septembre 2018 ne saurait être qualifié d'accident de service et a rejeté la requête de Mme d'Ornano-Roggio.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 35. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ; () ".

7. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service () ".

8. L'application des dispositions de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 étant manifestement impossible en l'absence d'un texte réglementaire fixant notamment les conditions de procédure applicables à l'octroi du nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service, ces dispositions ne sont donc entrées en vigueur, en tant qu'elles s'appliquent à la fonction publique de l'Etat, qu'à la date d'entrée en vigueur, le 24 février 2019, du décret n° 2019-301 du 21 février 2019, décret par lequel le pouvoir réglementaire a pris les dispositions réglementaires nécessaires pour cette fonction publique et dont l'intervention était, au demeurant, prévue, sous forme de décret en Conseil d'Etat, par le VI de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 résultant de l'article 10 de l'ordonnance du 19 janvier 2017. Il en résulte que les dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 dans leur rédaction antérieure à celle résultant de l'ordonnance du 19 janvier 2017 sont demeurées applicables jusqu'à l'entrée en vigueur du décret du 21 février 2019.

9. En outre, dès lors que les droits des agents en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont réputés constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie a été diagnostiquée, la situation de Mme d'Ornano-Roggio, était exclusivement régie par les conditions de forme et de fond prévues avant l'entrée en vigueur des dispositions législatives et réglementaires relatives au nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service.

10. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet événement du service, le caractère d'un accident de service. De plus, constitue un accident de service, pour l'application des dispositions précitées de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien, notamment d'évaluation, entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.

11. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, lorsqu'un accident survient sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, l'administration peut faire valoir l'existence d'une faute personnelle ou toute autre circonstance de nature à écarter le lien entre l'accident survenu et le service. Il s'ensuit que l'administration a pu, sans commettre d'erreur de droit, opposer à l'intéressée la circonstance que l'accident ne présente pas de lien avec le service et en est détachable.

12. Il ressort des pièces du dossier que le 6 septembre 2018, Mme d'Ornano-Roggio s'est vu remettre un rapport de rappel à l'ordre par le directeur départemental des territoires et de la mer et que la lecture de l'objet de ce rapport a provoqué chez l'intéressée un état de stress ainsi qu'un malaise entrainant une hospitalisation et un placement en congé de maladie du 6 au 13 septembre 2018. Si dans sa déclaration d'accident, Mme d'Ornano-Roggio fait état de ce que l'accident survenu est constitutif d'une intimidation, de pressions et de menaces, il ne résulte ni des termes de ce rapport ni des propos tenus par son supérieur hiérarchique lors de sa remise, et restitués dans la déclaration d'accident, ni du témoignage de l'un de ses collègues de travail, établi le 12 septembre 2018, que cette expression du pouvoir hiérarchique aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant son exercice normal. Dans ces conditions, la remise en main propre à Mme d'Ornano-Roggio du rappel à l'ordre ne peut être regardée comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'intéressée. Il s'ensuit que Mme d'Ornano-Roggio n'est pas fondée à soutenir que le directeur départemental des territoires et de la mer de la Corse-du-Sud a fait une inexacte application des dispositions de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme d'Ornano-Roggio n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle attaque. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme d'Ornano-Roggio est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C d'Ornano-Roggio et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera transmise au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Vanhullebus, président,

M. Jan Martin, premier conseiller,

Mme Pauline Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

P. MULLER

Le président,

Signé

T. VANHULLEBUS

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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