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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2100771

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2100771

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2100771
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPOLETTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 juin 2021, le 3 octobre 2022 et le 24 novembre 2022, la SCI Corsicams 55, représentée par Me Poletti, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 2 mars 2021 par lequel le maire de Porto-Vecchio ne s'est pas opposé à la déclaration préalable qu'elle avait effectuée en vue de la construction d'une piscine sur la parcelle cadastrée section AL n° 104, située au lieudit Marina-di-Fiori, en tant que cet arrêté prescrit la réalisation d'un périmètre de la piscine matérialisé par un balisage permanent visible en cas d'inondation d'une hauteur minimale de 2 mètres et l'implantation de cette piscine à 4 mètres minimum de la limite séparative ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Porto-Vecchio la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- la prescription relative au périmètre de la piscine n'est motivée ni en droit ni en fait ;

- les prescriptions litigieuses sont illégales en ce qu'elles n'ont pas été opposées dans la décision initiale d'opposition à sa déclaration préalable annulée par le tribunal ;

- l'affirmation selon laquelle le terrain dont s'agit serait situé dans

l'emprise hydro géo morphologique d'un cours d'eau, zone dans laquelle toute nouvelle construction serait interdite ou soumise à des prescriptions particulières ne résulte d'aucune document réglementaire ; une piscine ne présente aucun risque majoré pour ses usagers dans un espace éventuellement inondable ;

- la commune n'établit pas que le règlement du lotissement de Marina-di-Fiori lui serait opposable.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 février 2022 et le 3 novembre 2022, la commune de Porto-Vecchio, représentée par la SCP d'avocats Coulombie, Gras, Cretin, Becquevort, Rosier, Soland, Gilliocq, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la SCI Corsicams 55 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La commune soutient que les moyens soulevés par la SCI Corsicams 55 ne sont pas fondés.

Par un courrier du 15 mars 2023, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Les observations en réponse de la commune de Porto-Vecchio ont été enregistrées le 20 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 10 janvier 2019, le maire de Porto-Vecchio s'est opposé à la déclaration préalable de la SCI Corsicams 55 en vue de la construction d'une piscine sur la parcelle cadastrée section AL n° 104, au lieudit Marina-di-Fiori. Par le jugement n° 1900376 du 26 janvier 2021, devenu définitif, le tribunal a annulé cet arrêté. A la suite de ce jugement, par l'arrêté du 2 mars 2021, ledit maire ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de la SCI Corsicams 55 et a prescrit, à l'article 2, la réalisation d'un périmètre de la piscine matérialisé par un balisage permanent visible en cas d'inondation d'une hauteur minimale de 2 mètres et, à l'article 3, notamment l'implantation de cette piscine à 4 mètres minimum de la limite séparative. La SCI Corsicams 55 demande au tribunal d'annuler ce dernier arrêté en tant qu'il comporte ces deux prescriptions.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. () Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables ". L'article R. 424-5 du même code précise que : " Si la décision comporte rejet de la demande, si elle est assortie de prescriptions ou s'il s'agit d'un sursis à statuer, elle doit être motivée. Il en est de même lorsqu'une dérogation ou une adaptation mineure est accordée ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'une décision de non-opposition à une déclaration préalable assortie de prescriptions spéciales n'est pas au nombre des décisions administratives défavorables qui doivent être motivées au sens des dispositions du code des relations entre le public et l'administration. Si une telle décision doit être motivée en vertu des dispositions précitées de l'article R. 424-5 du code de l'urbanisme, la motivation exigée par ces dispositions peut résulter directement du contenu même des prescriptions qu'elle contient.

4. En l'espèce, l'arrêté litigieux, dont l'article 2 prescrit la réalisation d'un périmètre de la piscine matérialisé par un balisage permanent visible en cas d'inondation d'une hauteur minimale de 2 mètres, ne comporte pas les considérations de droit sur lequel une telle prescription est fondée. Il suit de là que le moyen tiré du vice de forme doit être accueilli.

5. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucune disposition d'urbanisme qu'un refus d'autorisation d'urbanisme puisse être assorti de prescriptions. Ainsi, contrairement à ce que la société requérante soutient, l'annulation par le tribunal de l'arrêté du 10 janvier 2019 par lequel le maire de Porto-Vecchio s'est opposé à sa déclaration préalable en vue de la construction d'une piscine ne faisait pas obstacle à ce que ledit maire lui délivre ensuite une autorisation assortie de prescriptions. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet de piscine se situe dans le lit majeur du cours d'eau " Laguniellu ". En outre, il résulte de l'avis favorable émis le 16 janvier 2019 par la direction départementale des territoires et de la mer de la Corse-du-Sud qu'un périmètre de la piscine matérialisé par un balisage permanent visible en cas d'inondation d'une hauteur minimale de 2 mètres doit être réalisé dès lors qu'en cas d'inondation, les piscines, comme les bassins enterrés, ne sont plus visibles en raison de la turbidité de l'eau, présentant un risque pour les usagers et sauveteurs qui peuvent s'y noyer. Dès lors, nonobstant l'absence de document réglementaire comportant des prescriptions particulières pour des piscines situées dans un tel espace, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commune de Porto-Vecchio s'est fondée sur l'avis précité des services de l'Etat pour émettre une telle prescription.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 442-9 du code de l'urbanisme, en vigueur à la date d'approbation du plan local d'urbanisme de Porto-Vecchio, le 30 juillet 2009 : " Les règles d'urbanisme contenues dans les documents approuvés d'un lotissement deviennent caduques au terme de dix années à compter de la délivrance de l'autorisation de lotir si, à cette date, le lotissement est couvert par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu. Toutefois, lorsqu'une majorité de colotis, calculée comme il est dit à l'article L. 442-10, a demandé le maintien de ces règles, elles ne cessent de s'appliquer qu'après décision expresse de l'autorité compétente prise après enquête publique () ". Une fois intervenue du fait de l'approbation d'un plan local d'urbanisme, la caducité qu'elles prévoient des règles d'urbanisme d'un règlement de lotissement n'est pas remise en cause par l'annulation pour excès de pouvoir de la délibération portant approbation de ce plan d'occupation des sols ou du document en tenant lieu.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le cahier des charges du lotissement de Marina-di-Fiori, dans la commune de Porto-Vecchio, transmis à la préfecture de la Corse-du-Sud le 5 juillet 1968, ait fait l'objet d'une demande de maintien de la part des colotis, à la suite de l'approbation du plan local d'urbanisme par la délibération du conseil municipal de Porto-Vecchio le 30 juillet 2009. Dès lors, nonobstant la circonstance que le tribunal a annulé cette délibération par un jugement du 20 mai 2011 devenu définitif, la SCI Corsicams 55 est fondée à soutenir qu'en prescrivant, sur le fondement du règlement du lotissement de Marina-di-Fiori, l'implantation de sa piscine à 4 mètres de la limite séparative, l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de droit.

9. Il résulte de ce qui précède que la SCI Corsicams 55 est fondée à demander l'annulation de l'article 3 de l'arrêté du maire de Porto-Vecchio du 2 mars 2021.

10. En revanche, s'agissant de l'article 2 de l'arrêté litigieux, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, le vice relevé au point 4 du présent jugement peut être régularisé sans entraîner un bouleversement du projet tel qu'il en changerait la nature même. Par suite, il y a lieu de surseoir à statuer sur les conclusions de la SCI Corsicams 55 à fin d'annulation de cet article et de fixer à la commune de Porto-Vecchio un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement aux fins de produire la mesure de régularisation nécessaire.

D E C I D E :

Article 1er : L'article 3 de l'arrêté du maire de Porto-Vecchio du 2 mars 2021 est annulé.

Article 2 : Il est sursis à statuer sur la requête de la SCI Corsicams 55 jusqu'à l'expiration du délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, imparti à la commune de Porto-Vecchio pour notifier au tribunal une mesure de régularisation de l'article 2 de l'arrêté du 2 mars 2021.

Article 3 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Corsicams 55, à la commune de Porto-Vecchio et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

M. Hanafi Halil, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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