mardi 24 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2100803 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP ROMANI-CLADA -MAROSELLI- ARMANI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 juillet 2021 et le 17 février 2022, M. A B, représenté par Me Armani, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 30 mars 2021 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison sur les parcelles cadastrées section n°s 25 et 33, lieudit " A Macina ", dans la commune d'Albitreccia, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux présenté le 26 mai 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il bénéficie d'un permis tacite né de l'absence de notification d'une décision de l'administration dans les deux mois suivant le dépôt de la demande ;
- l'arrêté litigieux méconnaît l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il justifie d'une activité agricole d'exploitation animale et d'exploitation végétale nécessitant sa présence constante, conformément aux articles L. 122-10 et L. 122-11 de ce code ;
- cet arrêté méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, la nature de son activité agricole et sa présence sur les lieux lui permettant de se prémunir contre le risque d'incendie ;
- cet arrêté méconnaît l'article R. 111-13 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il prendra à sa charge les frais estimatifs d'étude et de travaux relatifs au raccordement électrique de son projet.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 janvier 2022, le préfet de la Corse-du-Sud conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller,
- et les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 11 décembre 2020, M. B, a déposé en mairie d'Albitreccia une demande de permis de construire une maison sur les parcelles cadastrées section F n°s 25 et 33, lieudit " A Macina ". Par l'arrêté du 30 mars 2021, le préfet de la Corse-du-Sud a refusé de lui délivrer le permis sollicité. Par une lettre notifiée au préfet le 26 mai 2021, l'intéressé a formé un recours gracieux contre cet arrêté, auquel l'administration n'a pas répondu. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 mars 2021 et la décision implicite, née le 26 juillet 2021, de rejet de son recours gracieux.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction ". Selon l'article R. 423-19 de ce code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : () b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; / c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager ". Aux termes de l'article R. 424-1 dudit code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : () b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite () ". L'article R. 423-22 de ce code dispose : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". Aux termes de l'article R. 423-38 du même code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Enfin aux termes de l'article R. 423-39 dudit code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : () c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ".
3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du dépôt par M. B, le 11 décembre 2020, de sa demande de permis de construire, le service instructeur a demandé à l'intéressé, le 7 janvier 2021, de produire trois pièces manquantes. Le pétitionnaire a communiqué lesdites pièces le 8 février suivant. Dès lors, en application du b) de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme, le délai d'instruction s'est achevé le 8 avril 2021. Il s'ensuit que l'arrêté litigieux de refus de permis ayant été notifié à M. B le 3 avril 2021, ce dernier n'est pas fondé à se prévaloir d'un permis tacite, dont au demeurant il ne tire aucune conséquence.
4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées ". Selon l'article L. 122-10 de ce code : " Les terres nécessaires au maintien et au développement des activités agricoles, pastorales et forestières, en particulier les terres qui se situent dans les fonds de vallée, sont préservées. La nécessité de préserver ces terres s'apprécie au regard de leur rôle et de leur place dans les systèmes d'exploitation locaux. Sont également pris en compte leur situation par rapport au siège de l'exploitation, leur relief, leur pente et leur exposition. ". L'article L. 122-11 du même code dispose : " Peuvent être autorisés dans les espaces définis à l'article L. 122-10 : 1° Les constructions nécessaires aux activités agricoles, pastorales et forestières ; () ".
5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des vues aériennes, que le projet de M. B s'implante sur les parcelles cadastrées section n°s 25 et 33, dans un vaste espace naturel dépourvu de construction, au sein de la commune d'Albitreccia. Ce dernier fait valoir qu'il exerce une activité agricole en sa double qualité de cultivateur d'arbres fruitiers et d'éleveur d'ovins, pour laquelle sa présence permanente est requise. Néanmoins, s'il ressort du procès-verbal de constat d'huissier produit par le requérant que ces arbres fruitiers sont situés à proximité de son projet, de même qu'un troupeau de brebis, il est constant que ces cultures et ces animaux se trouvent également à proximité des parcelles cadastrées section F n° 133 à 135 sur lesquelles s'implantent plusieurs constructions pour lesquelles il a obtenu un permis de construire le 27 février 2015. Contrairement à ce que l'intéressé soutient, il ressort du dossier de demande de permis de construire qu'il a déposé le 22 décembre 2014 à cette fin, que ces constructions se composent notamment d'un logement de 82 m2 de surface de plancher. Dès lors, M. B ne saurait sérieusement soutenir que les constructions figurant sur ces parcelles seraient uniquement consacrées à ses activités agricoles et à l'organisation d'évènements et non pas à l'habitation. Dans ces conditions, à supposer même que la présence constante du requérant à proximité des lieux d'exercice desdites activités soit nécessaire, celui-ci n'est pas fondé à se prévaloir de la dérogation à la règle de constructibilité limitée prévue à l'article L. 122-11 du code de l'urbanisme pour soutenir qu'en refusant de lui délivrer un permis de construire, le préfet de la Corse-du-Sud aurait fait une inexacte application de ces dispositions.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".
7. Pour refuser de délivrer le permis sollicité par M. B, le préfet de la Corse-du-Sud s'est uniquement fondé sur la carte des aléas de feu de forêt annexée à un projet de plan de prévention des risques d'incendie de forêt élaboré en 2009, qui situerait le terrain d'assiette du projet en zone d'aléa " moyen fort ". Dès lors, en l'absence de précision apportée par le préfet sur la probabilité de réalisation d'un tel risque pour la sécurité publique au regard du projet d'installation du requérant dans le cadre d'une activité agricole, le requérant est fondé à soutenir que le préfet a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 312-15 du code de l'urbanisme : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité, les réseaux de télécommunication, l'évacuation et le traitement des eaux et matières usées, l'éclairage, les aires de stationnement, les espaces collectifs, les aires de jeux et les espaces plantés. Les obligations imposées par l'alinéa ci-dessus s'étendent au branchement des équipements propres à l'opération sur les équipements publics qui existent au droit du terrain sur lequel ils sont implantés et notamment aux opérations réalisées à cet effet en empruntant des voies privées ou en usant de servitudes. () L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures. ". L'article R. 111-13 du même code dispose : " Le projet peut être refusé si, par sa situation ou son importance, il impose, soit la réalisation par la commune d'équipements publics nouveaux hors de proportion avec ses ressources actuelles, soit un surcroît important des dépenses de fonctionnement des services publics. ".
9. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'avis défavorable du syndicat d'énergie de la Corse-du-Sud du 15 mars 2021 et des indications figurant dans le plan de masse du projet de M. B, que des travaux d'extension du réseau électrique sont nécessaires à la réalisation de ce projet. Dès lors, le requérant se bornant à soutenir qu'il pourra prendre en charge la réalisation des travaux de raccordement au réseau électrique et ne contestant pas que ce raccordement excèdera 100 mètres, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a inexactement appliqué les dispositions précitées de l'article R. 111-13 du code de l'urbanisme.
10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 et 9 que seuls sont fondés les motifs de la décision litigieuse tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 122-11 et R. 111-13 du code de l'urbanisme. Il résulte de l'instruction que le préfet de la Corse-du-Sud aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ces motifs. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du 30 mars 2021 ni de la décision implicite, née le 26 juillet 2021, de rejet de son recours gracieux. Par voie de conséquence, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Thierry Vanhullebus, président ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
Mme Pauline Muller, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
Le président,
Signé
T. VANHULLEBUS
La greffière,
Signé
H. MANNONI
La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026