jeudi 23 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2100826 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP MORELLI-MAUREL & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Susini, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 1er février 2021 par lequel le maire de Pianottoli-Caldarello a refusé de lui délivrer un permis de construire une résidence secondaire sur un terrain cadastré section D n° 802, situé au lieu-dit " Chevanu " ;
2°) d'enjoindre au maire de Pianottoli-Caldarello de lui délivrer le permis sollicité dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Pianottoli-Caldarello la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- l'arrêté litigieux méconnaît l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, en ce que l'intégralité des motifs de refus de sa demande devait être indiquée dès le premier arrêté de refus de permis ;
- la circonstance que la carte communale n'a pas été mise en compatibilité avec le plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) est sans incidence sur sa demande d'autorisation ;
- c'est à tort que le maire de de Pianottoli-Caldarello lui a opposé les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dès lors que celles-ci ne lui sont pas directement opposables, seules celles du PADDUC l'étant en sa qualité de directive territoriale d'aménagement ; subsidiairement, son projet ne constitue pas une extension d'urbanisation au sens du PADDUC qui porte sur un projet emportant un élargissement du périmètre bâti ou le densifiant de manière significative, les opérations d'aménagement ou d'urbanisme en vue de satisfaire à un objectif global de développement du territoire et débouchant sur la réalisation d'un quartier de vie organisé et structuré, en dehors d'un village ou d'une agglomération ;
- cet arrêté méconnaît l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme, son projet, de taille modeste, ne correspondant pas à la définition d'une extension d'urbanisation par le PADDUC pour le même motif que dans le moyen précédent ;
- c'est à tort que le maire de Pianottoli-Caldarello lui a opposé les prescriptions du PADDUC relatives aux espaces ressources pour le pastoralisme et l'arboriculture traditionnelle, lesquelles sont inopposables à une demande d'autorisation d'urbanisme ; la situation d'un terrain dans un site Natura 2000 et faiblement urbanisé n'implique par principe aucune inconstructibilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2022, la commune de Pianottoli-Caldarello, représenté par Me Giovannangeli, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La commune soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Stuart substituant Me Susini, avocat de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 17 décembre 2018, le maire de Pianottoli-Caldarello a refusé de délivrer à M. B un permis de construire pour l'édification d'une construction à usage de résidence secondaire sur un terrain cadastré section D n° 802 au lieu-dit " Chevanu ". Par le jugement n° 1900244 du 7 janvier 2021, le tribunal annulé cet arrêté et enjoint au maire de Pianottoli-Caldarello de se prononcer à nouveau sur la demande de permis de construire présentée par M. B. Par l'arrêté attaqué du 1er février 2021, ledit maire a de nouveau refusé de délivrer le permis sollicité.
2. Aux termes l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables ". Aux termes de l'article L. 600-4-1 du même code : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ".
3. Les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme, introduites par l'article 108 de la loi du 6 août 2015, imposent à l'autorité compétente de faire connaître tous les motifs susceptibles de fonder le rejet de la demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable. Il ressort des travaux parlementaires de cette loi qu'elles ont pour objet de permettre d'accélérer la mise en œuvre de projets conformes aux règles d'urbanisme applicables en faisant obstacle à ce qu'en cas d'annulation par le juge du refus opposé à une demande d'autorisation d'urbanisme ou de l'opposition à la déclaration préalable et, compte tenu de ce que les dispositions de l'article L. 600-2 du même code conduisent à appliquer le droit en vigueur à la date de la décision annulée, l'autorité compétente prenne une nouvelle décision de refus ou d'opposition. Ainsi, lorsque le juge annule un refus d'autorisation après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncé dans sa décision ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, saisi de conclusions en ce sens, enjoindre à l'autorité compétente de délivrer cette autorisation ou prendre une décision de non opposition. L'autorité de chose jugée s'attachant au dispositif d'un jugement, devenu définitif, annulant un refus de permis de construire ainsi qu'aux motifs qui en sont le support nécessaire fait obstacle à ce que, en l'absence de modification de la situation de droit ou de fait, le permis de construire sollicité soit à nouveau refusé par l'autorité administrative ou que le permis accordé soit annulé par le juge administratif, pour un motif identique à celui qui avait été censuré par le tribunal administratif. Il en va, toutefois, différemment lorsque l'annulation prononcée par le juge censure un unique motif de légalité externe tiré de l'absence d'indication par la décision de refus litigieuse des motifs de fait et ou de droit qui la fondent.
4. En l'espèce, pour annuler l'arrêté du maire de Pianottoli-Caldarello du 17 décembre 2018 cité au point 1, le tribunal, dans son jugement du 7 janvier 2021 devenu définitif, s'est fondé sur le seul motif tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté. Saisi, à nouveau, de l'instruction de ce projet, le maire de Pianottoli-Caldarello pouvait donc, sans méconnaitre les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme précitées, opposer un nouveau refus indiquant les motifs de fait et de droit qui le fondent. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté.
5. En deuxième lieu, si l'arrêté litigieux indique que la carte communale de Pianottoli-Caldarello n'a pas été mise en compatibilité avec le PADDUC, le maire de cette commune ne saurait être regardé comme ayant opposé un tel motif à la demande de permis de M. B.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants () ". Il résulte de ces dispositions que l'urbanisation peut être autorisée en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction nouvelle ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.
7. Le PADDUC, qui précise, en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application des dispositions citées ci-dessus, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'elle constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs, un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. Ces prescriptions du PADDUC apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 6.
8. D'une part, la circonstance que le PADDUC précise, en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme n'a pas pour objet ni pour effet de rendre opposables les seules prescriptions du PADDUC à une demande d'autorisation d'urbanisme. D'autre part, contrairement à ce que le requérant soutient, aucune disposition du PADDUC ne prévoit que, pour l'application de l'article L. 121-8 et lorsqu'est en jeu la délivrance d'une autorisation individuelle, l'extension de l'urbanisation au sens de ces dispositions devrait s'entendre comme pouvant seulement résulter d'opérations d'aménagement ou d'urbanisme en vue de satisfaire à un objectif global de développement du territoire et débouchant sur la réalisation d'un quartier de vie organisé et structuré, en dehors d'un village ou d'une agglomération et emportant un élargissement du périmètre bâti ou le densifiant de manière significative. Il s'ensuit que c'est sans commettre d'erreur de droit que le maire de Pianottoli-Caldarello s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme pour refuser de délivrer à M. B le permis sollicité.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage ou des rives des plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau () ".
10. Le PADDUC qui précise, en vertu du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application des dispositions citées ci-dessus, prévoit que les espaces proches du rivage sont identifiés en mobilisant des critères liés à la distance par rapport au rivage de la mer, la configuration des lieux, en particulier la covisibilité avec la mer, la géomorphologie des lieux et les caractéristiques des espaces séparant les terrains considérés de la mer, ainsi qu'au lien paysager et environnemental entre ces terrains et l'écosystème littoral. En outre, le PADDUC prévoit que le caractère limité de l'extension doit être déterminé en mobilisant des critères liés à l'importance du projet par rapport à l'urbanisation environnante, à son implantation par rapport à cette urbanisation et au rivage ainsi qu'aux caractéristiques et fonctions du bâti et son intégration dans les sites et paysages. Ces prescriptions du PADDUC apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 9.
11. Aucune disposition du PADDUC ne prévoit que, pour l'application de l'article L. 121-13 et lorsqu'est en jeu la délivrance d'une autorisation individuelle, l'extension de l'urbanisation au sens de ces dispositions devrait s'entendre comme pouvant seulement résulter d'opérations d'aménagement ou d'urbanisme en vue de satisfaire à un objectif global de développement du territoire et débouchant sur la réalisation d'un quartier de vie organisé et structuré, en dehors d'un village ou d'une agglomération et emportant un élargissement du périmètre bâti ou le densifiant de manière significative. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
12. En cinquième et dernier lieu, il résulte des prescriptions définies au point I. E. 1. 2. du livret IV du PADDUC que les espaces ressources pour le pastoralisme et l'arboriculture traditionnelle, identifiés sur une cartographie au 1/100 000ème, s'inscrivent dans un rapport de compatibilité avec les documents locaux d'urbanisme mais ne sont pas directement opposables aux demandes d'autorisations de construire. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir qu'en lui opposant les prescriptions du PADDUC relatives auxdits espaces, le maire de Pianottoli-Caldarello a commis une erreur de droit.
13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 et 11 que sont fondés les motifs de la décision litigieuse tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 121-8 et L. 121-13 code de l'urbanisme. Il résulte de l'instruction que le maire de Pianottoli-Caldarello aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ces motifs ou un seul d'entre eux. Il s'ensuit que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er février 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Pianottoli-Caldarello et non compris dans les dépens. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Pianottoli-Caldarello, qui n'est pas la partie perdante, verse à M. B une quelconque somme au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera à la commune de Pianottoli-Caldarello une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Pianottoli-Caldarello.
Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Pierre Monnier président ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
Mme Pauline Muller, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
Le président,
Signé
P. MONNIER
La greffière,
Signé
H. MANNONI
La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026