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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101015

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101015

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101015
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFINALTERI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 septembre 2021, Mme B A, représentée par Me Finalteri, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 28 juin 2021 par lequel le maire de la commune de Prunelli-di-Fiumorbo a rejeté sa demande, enregistrée sous le n° PC 02B 251 21 S0048, de permis de construire une maison individuelle sur la parcelle cadastrée section F n° 251, située au lieudit Casamozza ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Prunelli-di-Fiumorbo une somme de 1 600 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation en droit et en fait ;

- son signataire n'avait pas reçu délégation du maire pour ce faire ;

- c'est à tort que le maire lui oppose les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que complétées par le plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) au regard des dispositions introduites par la loi " ELAN " et, notamment, des nouvelles dispositions de l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2022, la commune de Prunelli-di-Fiumorbo, représentée par Me Meneau, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme A à lui verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que :

- à titre principal, les moyens de la requête ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, son refus est également justifié au regard des dispositions de l'article 1AUh du règlement de son plan local d'urbanisme dès lors que la construction d'une maison individuelle n'entre pas dans le champ d'une opération d'aménagement d'ensemble.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Albertini, substituant Me Finalteri, avocat de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a demandé le 27 mai 2021 au maire de la commune de Prunelli-di-Fiumorbo de lui délivrer un permis de construire une maison individuelle sur la parcelle cadastrée section F n° 251, située au lieudit Casamozza. Par un arrêté du 28 juin 2021, le maire de Prunelli-di-Fiumorbo a rejeté cette demande. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 7° Refusent une autorisation ; () ". L'article L. 211-5 du même code dispose que " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, l'arrêté de refus du permis de construire du 28 juin 2021 mentionne les dispositions légales dont il est fait application et indique que les travaux projetés méconnaissent l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme dès lors que " le projet constitue une extension de l'urbanisation dans la mesure où le terrain d'assiette est bordé à l'est et au sud par un vaste espace naturel vide ou presque de toutes constructions, implantées de manière diffuse et éparse au nord et à l'ouest qui ne permet pas de conférer un caractère urbanisé à ce secteur de la commune et que, au surplus, le terrain d'assiette du projet est inclus dans une vaste zone à forte potentialité agricole qu'il convient de préserver ". Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, par arrêté transmis en préfecture le 3 juillet 2020, le maire a délégué sa signature à M. D C, signataire de l'arrêté attaqué, dans le domaine de la délivrance des permis de construire. Par suite, le moyen tiré de l'absence de délégation de signature doit aussi être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants./ Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. / L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Elle est refusée lorsque ces constructions et installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages ". Le III de l'article 42 de la même loi prévoit que : " Jusqu'au 31 décembre 2021, des constructions et installations qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti, peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat, après avis de la commission départementale de la nature des paysages et des sites, dans les secteurs mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction résultant de la présente loi, mais non identifiés par le schéma de cohérence territoriale ou non délimités par le plan local d'urbanisme en l'absence de modification ou de révision de ces documents initiée postérieurement à la publication de la présente loi ". Le V du même article précise que les mots " en continuité avec les agglomérations et villages existants " - qui remplacent les mots : " soit en continuité avec les agglomérations et villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement " s'appliquent " sans préjudice des autorisations d'urbanisme délivrées avant la publication de la présente loi ". Cette modification de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ne s'applique pas " aux demandes d'autorisation d'urbanisme déposées avant le 31 décembre 2021 ni aux révisions, mises en compatibilité ou modifications de documents d'urbanisme approuvées avant cette date ".

6. D'une part, il résulte des dispositions du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme que l'extension de l'urbanisation doit se réaliser, dans les communes littorales, en continuité avec les agglomérations et les villages existants. Constituent des agglomérations ou des villages où l'extension de l'urbanisation est possible, au sens et pour l'application de ces dispositions, les secteurs déjà urbanisés caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions.

7. D'autre part, le deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique, ouvre la possibilité, dans les autres secteurs urbanisés qui sont identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, à seule fin de permettre l'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et l'implantation de services publics, de densifier l'urbanisation, à l'exclusion de toute extension du périmètre bâti et sous réserve que ce dernier ne soit pas significativement modifié. En revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les espaces d'urbanisation diffuse éloignés de ces agglomérations et villages. Il ressort des dispositions de ce 2èmee alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme que les secteurs déjà urbanisés qu'elles mentionnent se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. Par ailleurs, le III de l'article 42 de la loi du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique autorise, par anticipation, jusqu'au 31 décembre 2021 et sous réserve de l'accord de l'Etat, les constructions qui n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre du bâti existant, ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti dans les secteurs déjà urbanisés non encore identifiés par le schéma de cohérence territoriale ou non délimités par le plan local d'urbanisme.

8. Le PADDUC, qui précise les modalités d'application de ces dispositions en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'il constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune, ces critères s'appliquant de façon cumulative. Le PADDUC prévoit par ailleurs la possibilité de permettre le renforcement et la structuration, sans extension de l'urbanisation, des espaces urbanisés qui ne constituent ni une agglomération ni un village, sous réserve qu'ils soient identifiés et délimités dans les documents d'urbanisme locaux. Enfin, il prescrit que l'extension de l'urbanisation sous forme de hameau nouveau intégré à l'environnement est exceptionnelle, précisément motivée dans le plan local d'urbanisme et répond soit à un impératif social ou économique soit à un impératif environnemental, technique ou légal. Ces prescriptions apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral.

9. Alors même que la commune de Prunelli-di-Fiumorbo est dotée d'un plan local d'urbanisme, il appartient à l'autorité administrative chargée de se prononcer sur une demande d'autorisation d'occupation du sol de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la conformité du projet aux dispositions du code de l'urbanisme particulières au littoral, au regard de ces prescriptions du PADDUC.

10. D'abord, il ressort des pièces du dossier et du site Géoportail, accessible tant au juge qu'aux parties, que le terrain d'assiette du projet est éloigné de près de quatre kilomètres du village de Prunelli-di-Fiumorbu. Par ailleurs, si, à l'ouest du terrain d'assiette du projet, le long de la route territoriale n° 10 reliant Ghisonaccia à Solenzara, ont été construites quelques habitations, le secteur, bien que disposant des réseaux et équipements publics, ne comporte aucun lieu public et se caractérise par un habitat diffus constitué de quelques maisons et bâtiments agricoles, qui ne saurait être assimilé à une agglomération ou un village au sens du 1er alinéa des dispositions précitées de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC.

11. Ensuite, si la requérante soutient que le terrain d'assiette du projet doit être regardé comme constitutif d'un secteur déjà urbanisé au sens des dispositions du 2ème alinéa de l'article L. 121-8 précité, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce secteur, dont il résulte du reste de ce qui a été dit précédemment qu'il ne saurait être regardé comme urbanisé, fasse l'objet d'une délimitation par le PADDUC et le plan local d'urbanisme.

12. Enfin, l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme dispose : " Par dérogation à l'article L. 121-8, les constructions ou installations nécessaires aux activités agricoles ou forestières ou aux cultures marines peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat, après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites et de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers () ".

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la construction de la maison individuelle de Mme A soit nécessaire à des activités agricoles, forestières ou de cultures marines. Par suite, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir des dispositions de l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme citées au point précédent.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le maire de Prunelli-di-Fiumorbo a opposé les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme à son projet.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2021 du maire de Prunelli-di-Fiumorbo.

Sur les frais liés au litige :

16. D'une part, Mme A succombant à l'instance, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Prunelli-di-Fiumorbo et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera à la commune de Prunelli-di-Fiumorbo une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Prunelli-di-Fiumorbo au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Prunelli-di-Fiumorbo.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

J. MARTIN La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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