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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2101035

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2101035

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2101035
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPOLETTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 septembre 2021 et le 20 février 2023, M. A B, représenté par Me Poletti, demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 11 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Brando a fait opposition à sa déclaration préalable, présentée le 14 avril 2021, pour édifier un abri de jardin sur une parcelle cadastrée section B n° 1146 située au lieudit Causerdu, ensemble la décision en date du 31 août 2021 par laquelle le maire de Brando a rejeté son recours gracieux du 30 juin 2021.

Le requérant soutient que :

- il est titulaire d'une autorisation tacite dès lors que le maire ne justifie pas que la décision du 11 mai 2021 lui a été notifiée avant le 14 mai 2021 ;

- les décisions attaquées ne peuvent légalement se fonder sur le règlement d'un plan local d'urbanisme (PLU), devenu caduc faute d'avoir été mis en compatibilité avec le plan d'aménagement et de développement durable de Corse (PADDUC) ;

- il peut se prévaloir des dispositions du PLU, notamment de l'article 2-4-1 dès lors que la configuration des lieux ne permettait pas d'envisager d'autres solutions.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 novembre 2021 et le 9 mars 2023, la commune de Brando, représentée par Me Muscatelli, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de M. B à lui verser la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La commune soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Poletti, avocat de M. B, ainsi que celles de Me Silvestri, substituant Me Muscatelli, avocat de la commune de Brando.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été invité, par courrier en date du 29 mars 2011 émanant des services de la préfecture de la Haute-Corse, à régulariser sa situation après que ces derniers avaient dressé à son encontre un procès-verbal d'infraction pour avoir construit sans autorisation " un bâtiment en bois de type chalet d'atelier dépôt d'une surface de 19,33 mètres carrés " sur la parcelle cadastrée section C n° 1146, située au lieudit Causerdu. Il a déposé le 14 avril 2021 une déclaration préalable de travaux à la mairie de Brando pour la régularisation de cette construction. Par un arrêté du 11 mai 2021, le maire de Brando a fait opposition à cette déclaration préalable. Par un courrier du 30 juin 2021, M. B a exercé un recours gracieux que le maire a rejeté par une décision du 31 août 2021. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 mai 2021 ainsi que la décision du 31 août 2021.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ". Aux termes de l'article R. 423-19 de ce code : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Enfin, aux termes de l'article R. 423-23 de ce code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : a) Un mois pour les déclarations préalables () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a adressé à la mairie de Brando le 14 avril 2021 son dossier complet de déclaration préalable de travaux. L'arrêté attaqué, qui fait opposition à cette déclaration, lui a été notifié le 12 mai 2021, soit avant l'expiration du délai d'un mois prévu par les dispositions du a) de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme citées au point précédent. M. B n'est donc pas fondé à soutenir qu'il est titulaire d'une décision tacite de non-opposition à sa déclaration préalable enregistrée le 14 avril 2021.

4. En deuxième lieu, si M. B soutient que " conformément aux dispositions du code de l'urbanisme et du PADDUC que, à défaut pour la commune de Brando d'avoir mis en compatibilité les dispositions de son PLU avec le PADDUC valant schéma d'aménagement, le règlement du PLU ne saurait être opposé à l'occasion de l'instruction d'une autorisation d'urbanisme, de telle sorte que la commune est désormais soumise au règlement national d'urbanisme ", il n'assortit pas son moyen de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, il ne résulte d'aucune disposition législative et réglementaire, fussent celles de l'article L. 131-7 du code de l'urbanisme, que le défaut de mise en compatibilité du PLU de la commune de Brando approuvé le 11 mai 2011 et modifié le 18 octobre 2013 aurait pour effet de rendre ce PLU inopposable aux tiers dans le cadre de l'instruction d'une demande d'autorisation d'urbanisme. Dès lors, contrairement à ce que M. B soutient, c'est à bon droit que le maire de Brando lui a opposé le règlement du PLU de sa commune.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article Ud 11 du règlement du PLU de Brando, applicable à la zone Uda au sein de laquelle est implantée la parcelle cadastrée section C n° 1146 : " Tout projet devra garantir : / La préservation de l'environnement, celle du caractère, de l'intérêt et de l'harmonie des lieux environnant () / La recherche d'une certaine unité de style, de forme, de volume, de proportions, de matériaux, il est interdit tout pastiche d'architecture étranger à la région. / On se reportera aux prescriptions architecturales données en annexe () ". Selon le point 2.4.1 de cette annexe intitulé " Constructions annexes " : " Les dépendances reconnues nécessaires et les garages seront obligatoirement incorporés, accolés, reliés au bâtiment principal, de telle façon que leur volume s'intègre harmonieusement dans la composition d'ensemble. Cependant, quand la configuration du terrain l'oblige et notamment le dénivellement entre la route d'accès et la construction d'habitation est trop important, les garages pourront être isolés. Les constructions annexes devront répondre aux mêmes règles que les bâtiments principaux, matériaux des façades, couvertures identiques () ".

6. Le requérant ne critique pas le motif de l'arrêté attaqué selon lequel le projet contrevient aux dispositions précitées du règlement du PLU dès lors que l'abri de jardin en bois fixé sur une ossature métallique et posé sur des plots en brique n'est pas incorporé, accolé ou relié à un bâtiment principal, de telle façon que leur volume s'intègre harmonieusement dans la composition d'ensemble. S'il soutient que la configuration des lieux ne permettait pas d'envisager d'autres solutions, cette allégation est démentie par les pièces du dossier. En outre l'exception liée à la configuration du terrain, qui est prévue pour les garages, ne saurait s'appliquer à un abri de jardin. Ce dernier moyen doit donc être écarté comme manquant en fait et en droit.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 mai 2021 et de la décision du 31 août 2021.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme de 1 500 euros que la commune de Brando demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Brando une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Brando.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

J. MARTIN La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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